Poème réversible



ce visage

à grands traits

qui revient

le soir

c’est juste

un souffle

une ombre

un aplat à peine

éclairé

et si je tends la main

pour toucher

sa fragile matière

il s’efface

avant que je puisse

l’appeler

Joseph Hofer

.

Mise en abyme


à saigner

la langue

jusqu’à l’os

aiguiser sans relâche

les douleurs d’entrailles

à ne célébrer

que la distance

dans l’essai du matin

il advient

que l’oiseau et la proie

fassent un

Laura Letinski

Servitude



ces larmes

sans nom

on ne sait plus

à qui elles appartiennent

ni ce qu’elles

traversent

elles tombent

sans mémoire

comme si le corps

qui ne sait plus

dire je

avait perdu

jusqu’à son bord

Maria-Luisa Imperiali

Volée d’anges



jaunes

rouges et bleus

infatigables

cris et pistolets

éclats filant de coins sombres

en buissons creux

et ces ailes

douces et blanches

que je déployais

à leur âge

pour traverser le vide de

la chambre

Minnie Evans

Attaché à l’attachement



dans le récit

de l’avant –

ô fatigue des mots

quand ils se répètent

y ai-je encore

ma place

ou ne suis-je

déjà que l’usure

d’une trace

je parle

mais c’est déjà

trop tard

le sens est parti

il reste

ce peu de voix

qui hésite à vivre

encore

Angelo di Genova

Effusion


et dans ce rien

si dense

quelque chose veille –

un fil

de la gorge au ventre

pas même une pensée

juste un poids

sans nom

qui boit la nuit

Caroline Dufour

L’arche


assis

sur le pont arrière

nous attendons

que le bateau consente

à bouger

nous ?

des gens seuls

des couples usés

ces familles

dont la place

semble comptée

aussi

un chien

la tête hors d’un sac


avec cette femme

de mon âge

qui parle au vent

André Lichtenberg

Lettre à M.



entre nous

ce fil

tendu au-dessus

d’un océan


tu dis

un tout

et des presque rien


à l’autre bout

je retiens

mon souffle

j’écoute


tu me manques

j’imagine

que tu vas bien

Elene Shengelia

Rue a disparu


sur le sentier

qui monte

aux arbres

le jour se retire


le cœur battant

l’œil grand ouvert

je vous cherche

je tends l’oreille


je murmure

votre nom

je vous suis

dans l’effacement

Mark Power

Drôle de vie tout de même



ça

vient toujours

après


après la bouche

après les mots

après le silence

qu’on a vu tomber


c’est ce reste

de voix

qui veille

dans l’ombre

sans pouvoir

s’échapper

Caroline Dufour