Là-haut

.

une volute

la-haut

dans le bleu du ciel


elle ne bouge pas

pas l’ombre d’un souffle

mais


sans doute

attend-elle

que le vent revienne

Perrine Lievens

Tard



à l’endroit

même où était

la maison

il ne reste presque

rien


j’ai laissé la fenêtre

ouverte

le vent est entré

j’ai laissé faire


les murs se sont envolés

le toit

la lumière


il ne reste

que le fauteuil et la table

où j’écris

Chase Middelton

Par quel côté


la rue

mêle l’ombre à la lumière


ne sachant plus

par quel côté commence

le ciel


je marche

au hasard des rues


jusqu’à ne plus savoir

si le jour me conduit

ou me perd

Jean Dubuffet

La faille


des nuages

crachant l’ombre

passent au-dessus

de nos tête


le jour

commence à fondre

les silhouettes se détachent

la rue rétrécit


et dans cette lumière

qui se contrarie


je ne sais plus

ce qui demeure du monde

ni ce qui en moi

lui répond

Stéphan Vanfletren

Dans la nuit

dans le fatras

obscur –


es-tu

seulement couchée ?


veille l’oiseau de proie


je prends ce silence

pour le mien –

dit l’oiseau


cherchons alors

ce qui manque

entre deux respirations

Marie Bouttier

Poème réversible



un visage

à peine tracé

à qui je prête

des yeux

une bouche

et ce qui semble être

un souffle


je reste là

à regarder la lumière

ombrer les traits


quelque chose s’approche –

est-ce lui qui appelle


depuis le début

peut-être

le visage attendait

dans le papier


mon regard ne faisait

que l’y chercher

Joseph Hofer

.

Mise en abyme


l’oiseau

au-dessus de la proie

dans l’espace du matin


un instant

leurs regards se croisent


ils sont seuls

autour

rien ne bouge


quelque chose est

déjà tombé

Laura Letinski

Le gout du sel

il reste

encore sur ma joue

un gout de sel


je touche

mon visage


la peau semble fêlée


pourtant

rien n’apparait


peut-être

que le miroir ne sait pas

où regarder

Maria-Luisa Imperiali

Volée d’anges

jaunes

rouges

bleus

ils vont

infatigables

de coins sombres en

fourrés creux

avec les ailes

lumineuses

que le jour a fait

pousser

Minnie Evans

Attaché à l’attachement



dans le récit

de l’avant

les mots bouclent

toujours au même endroit


quelque chose empêche

le passage


et face

à ce qui ne cède pas


acharné


j’y retourne

le soir

pour encore pleurer

sur moi

Angelo di Genova