A l’enfant


nos langues

se croisent

sans jamais

se toucher

la mienne

usée

s’empourpre

sous l’effort

la tienne

plus parente

court

sur les côtés

et dans le frôlement

des années ainsi nommées

quelque chose

comme un souffle

garde le lien

Miguel Hernandez

La page blanche


ma main

creuse le délié

où les mots

lourdement s’engluent

le soir tombe

ils restent

collés à ma paume

et le poème

dépité

se dit que jamais

le soleil ne voudra

se lever

Massimo Léardini

Poésie de l’absurde


si la mort

n’existait pas

les peupliers iraient

jusqu’au ciel

le soir pourrait pleurer

dans les branches

et nous – humains de nature

nous brûlerions

d’un seul souffle

tout ce qui est à

notre portée

Anonyme

Ce qui tient


il y a ces mots

que je dis

à voix basse –


je me méfie

de moi-même


à l’instant même

où la bouche

les forme


comme si dire

était trahir


ce qui tenait

dans le silence

avant moi

Can Dagarslani

Ne pas savoir est Bouddha



au soir

jusqu’à ressentir

ta main

lentement

caresser ma nuque

la lampe s’éteint –

la lumière

ne peut décider de tout

et voilà

que reprenant

le mantra qui a nourri

l’hiver –


mille fois la rivière

mille fois la rivière


mille fois la rivière


je souris

comme sourirait

un enfant

Caroline Dufour

Podcast


çà et là

dans la buissaie

pavillonnaire

des chats

aux yeux dilatés

quelques épines sauvages

et l’acier brut des monstres

qui attendent la fin

du repas

Yiannis Hadjiaslanis

Là-haut

.

cette volute

dans l’azur immobile –

un ange

peut-être

du bout des lèvres

ou quelques cristaux

jetés là

pour meubler l’éther

Perrine Lievens

Tard



de ce que

l’hier savait –

les saisons

les murs

la lumière qui fige

au fond de la pièce

il ne reste

que le fauteuil

et la table

d’où je t’écris

et dans ce silence

qui a tout vu

je vois

ton absence

comme une voix

jamais

qui ne se tait

Chase Middelton

La joie du mot



l’aurai-je

inventé

ce rivage

au feu du couchant


cet oiseau

à l’encre noire

qui danse

seul

dans les nuages


ou est-ce

un pli de lumière

ouvert

aux quatre vents


Stéphan Vanfletren

Au feutre


dans le fatras obscur 

des images – es-tu

seulement couchée ?

au loin

coraille un oiseau

de proie  

quelque chose imbibe la nuit

la distance

ou peut-être le silence – buvard d’un cri

teint à froid

la lumière faiblit

le destin entre

dans la chambre

silencieux

il s’assoit

Marie Bouttier