au sortir
de l’orage
le ciel s’ouvre plus haut
plus vaste
la lumière touche les arbres
quelques oiseaux
incertains
osent à nouveau le ciel
je les suis du regard
où peuvent-ils donc aller

Caroline Dufour
morceau d’une chose qui a été déchirée
–
pourquoi
faut-il
encore
que le matin
t’appartienne
comme si le jour
n’était jamais
qu’un jour de plus
comme si dans l’air
toujours
j’entendais
le bruit
de tes pas

un chemin
désert
dans l’à-vif du soir
des pierres ont poussé
çà et là
je marche
sans savoir vers quoi
chaque pas déplace
un peu plus le soir
je tends l’oreille –
quelque chose remue
sous l’écorce
on dirait
que la terre sait parler

Paxti Laskarai
des lumières lointaines
et l’écho d’une foule
en fête
par la fenêtre
j’en vois quelques-uns
en bas qui se dépêchent
le ciel s’est ouvert
la rue est en fête
je pourrais
moi aussi descendre
me mêler aux voix
une chanson me vient
« la mort est bleue
les femmes s’enfuient
avec la lune »
je ne le fais pas

Will Hooper
(de) * Extraits du corps – Bernard Noêl
continuer
le rêve
jusqu’aux lueurs
en sortir
avec un peu de nuit
sur soi
entre ce qui doit
et ce qui dort encore
comme si
le jour ne pouvait là
nous reprendre

.
Charlie Bobo
comme
la plaie qui se ferme
le jour s’en va
l’ombre
submerge les arbres
les allées se vident
je regarde ce qui me reste
la lenteur
à l’intérieur qui insiste
ce que le soir
ne parvient jamais
à emporter

Peter Hutchinson
si longtemps
que la langue bouge
la somme reste la même –
le corps est dans la tête
il y souffle le feu
et dans le débord
de flammes qui s’allongent
jusqu’à toucher l’âme
à son insu
sa voix porte peu

Massimo Léardini
sachant
que la mort n’existe pas
laissons nos portes
ouvertes
et dans un même souffle
brûlons tout ce qui vit
à portée
il serait dommage
de ne pas en profiter

Anonyme
le soir
doucement
jusqu’à sentir
ta main dans la mienne
la nuit entre peu à peu
je ferme les yeux
j’ai peur
que tu disparaisses
un peu de fraicheur
par la fenêtre
je reste là
sans savoir où nait
le rêve
je me dis tout bas –
mille fois la rivière
mille fois la rivière
mille fois la rivière
je souris
tu es là

Caroline Dufour
dans le lacis désert
une voix sourde
s’attache à mon pas
je me retourne
çà et là
des fenêtres noires
et des portes clauses
des carcasses de voitures
désœuvrées
des chats –
comme ce roux
dans l’épaisseur d’un buisson
rien vraiment
qui puisse me parler

Yiannis Hadjiaslanis