« Über allen Gipfeln ist Ruh »

 

La lune s’envase

jusqu’aux yeux

elle est à peine visible

 

je veux la guetter

écorcher son ventre blanc

et la préparer

 

sa viande a la saveur

du poisson de mer

 

Anise Koltz

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Mais rien

 

Un même pan ferme le coin

Où l’air libre s’étend

Autour la corde glisse

Et l’eau monte

La pluie descend

Un homme tombe de fatigue

C’est le même qui tend sa main

On saute le mur du jardin

Le ciel est plus bas

Le jour baisse

La route court

Et le vent cesse

On pourrait croire qu’il est arrivé quelque chose

Mais rien

 

Pierre Reverdy (de Pierres blanches)

Max Pinckers

 

 

 

(de) Nature morte

 

Choses et gens nous

entourent. Et les deux

déchirent l’œil.

 

Je suis assis sur un banc

du parc et je suis des yeux

une famille qui passe.

La lumière me répugne.

 

C’est janvier. L’hiver.

Selon le calendrier.

Quand le noir me répugnera,

alors je parlerai.

 

Joseph Brodsky

Cécile Hesse & Gael Romie

Soleil

 

Carrare là où la campagne donne le marbre

Là où j’ai passé un été

Les alouettes il n’y en avait pas et les serpents ne sortaient pas

Le soleil simplement d’un tapis de prunes bleues est sorti

Puis vers le tapis de prunes bleues s’est incliné

Et l’adolescent dans la rivière attrapa un dauphin

 

Junzaburō Nishiwaki

 

 

(de) Croix et délice

 

A l’égal d’une silhouette connue,

ou mieux inconnue, sans égal

parmi les autres animaux, terre unique

combien j’aimais ton visage fortuit.

 

Sandro Penna

Carlos Ayesta et Guillaume Bression

étoile d’amour

 

tes yeux attendent devant ma vie

comme nuits, qui se tendent vers les jours,

et le rêve lourd repose sur elles incréé.

des étoiles étranges regardent fixement vers la terre,

couleur métal avec l’errance de la nostalgie,

avec des bras brûlants qui cherchent l’amour

et dans la fraîcheur n’agrippent que de l’air.

 

Else Lasker-Schüler

Manjari Sharma

Le proche et le lointain

 

Toi

qui tour à tour me regarde,

regarde les nuages,

 

je te sens,

quand tu me regardes, si lointain,

quand tu regardes les nuages, si proche.

 

Gu Cheng

Yolanda del Amo

 

Rêve froid

 

A l’ombre du jardin

Sur la chaise longue

Pendant la sieste

Les vrilles du volubilis ont poussé

Les vrilles ont poussé puis

Ont enlacé ses jambes

Ont rampé sur son cœur

D’un cœur amoureux

Pénétré son nez

Son crane

Y font scintiller mille fleurs

Comme un feu d’artifice

Et alors dans son jardin

Au mois d’août

Une neige fine mais indiscutable

Est tombée

 

Tsesuo Shimizu

Alexis Hobs

 

(de) Pavoi du bleu

 

Plus tard, la poussière

assombrira chambres et jardins.

Un seul navire sera debout.

Une seule maison contiendra

la ville et ses ténèbres.

Toupies et bras d’enfants

seront les seuls repères.

 

Jacques Izoard

 Matéo Gomez

 

Un instant

 

Pour aucune vérité du monde
Mais si vous préférez,
pour un petit morceau de silence.
Il y a un moment qui partage en deux la terre.
Quelque temps d’humilité,
quand quelqu’un souffle sur nous.

 

Jan Skacel

 Alex Veledzimovich