(de) Un thé dans la toundra


J’ai grandi avec l’espace

Les voix sont simples

Parfois j’emprunterais

Les mots des poètes

Tu es là

Je suis là

C’est chez toi

Que tu me fais

Entendre la terre


Joséphine Bacon

Jean Paul Riopelle

(de) Géographies de steppes et de lisières



Comment quitter le lac ?

Comment trouver un élément plus ferme

auquel s’accorder ?

On avait travaillé une route au cœur des nuits

froides. On avait élu domicile aux antipodes.

Le moteur tournait, mais la voiture ne quittait

jamais le lieu, des sapins avaient poussé dans

l’habitacle. Le lac persistait derrière la vitre,

avec son charme de premier abri.


Anna Milani

Yves Lacroix

(de) Somnambule du jour



Sans me regarder

ma mère me voit

tel un paysage

où elle n’aurait pas grandi


« Tu es l’image

de ton père

dit-elle

en me lavant

comme un mort »


Mes os

radeaux de sauvetage

glissaient dans le sang


Anise Kolz

Kylet Thomson

Sans titre


Je regarde les oiseaux

Tracer leurs lettres d’argent

C’est toujours l’heureux

Toujours une cloche qui sonne


Et quelque fois

Quand le soleil l’emporte

Je m’assieds dans ce livre

Comme dans une maison


Véronique Wautier

Chiarra Benzi

VERS QUI


Vers qui suis-je partie ?

Je n’entends plus l’appel

d’un nom ou d’un visage.


Il me suffit ici

d’une saison sans roses,

d’un beau temps de péril,


d’une pénurie grande,

d’un désir si brûlant

que l’espace y prend feu.


Anne-Marie Kegels

Valérie Belin

De midi



En quelle nuit

de mon sommeil as-tu


bu jusqu’à l’ivresse à la source


qui jamais ne tarit, en quelle

nuit où je dormais ?

Ô sombre, sombre ta livrée

Plus noire que la nuit.


Notre douleur est ta tendresse,

et maladroit ton chant

emplit la rue, ô matinale

soulé. En quelle nuit de mon sommeil

emplit notre destin

l’oraison ivre de celui-

là qui sans avoir précède


oiseau de midi pour la seconde mort


Gérard Bayo

Andoni Beristain

Un chemin



Un chemin qui est un chemin

sans être un chemin

porte ce qui passe

et aussi ce qui ne passe pas


Ce qui passe est déjà passé

au moment où je le dis

Ce qui passera

je ne l’attends plus je ne l’atteins pas


Je tremble de nommer les choses

car chacune prend vie

et meurt à l’instant même

où je l’écris.


Moi-même je m’efface

comme les choses que je dis

dans un fort tumulte

de bruits, de cris.


Jean Tardieu

Erwin Olaf

Amour de Chichen-Itza



Mosaïque des champs de maïs

les épis poussent dorés par la lumière


Dans l’escalier

ses pas réveillent les flamboyants


Cœur de feu,

pétales couchés par le soleil


Le sang monte des talons

jusqu’à la fleur des cheveux


Alberto Blanco

François Baron Renouard

(de) Sombre ménagerie



Je me souviens

de poèmes sauvages

peu nombreux

telles des plantes nouées

qui naissent

sous la véranda

je les récite

sans bouger les lèvres

sous l’eau

ma peau a changé

je ne crois pas aux baisers



Elise Turcotte

Caroline Dufour

(de) Selon les sources


Il y a longtemps

nous fumes

avec la chevelure

et le serpent.

Nous avions inventé

des fables

superposé

les promesses

célébré l’alliance

voulu peindre

l’encre et le rose


Esther Tellerman

Dominique Cahier