Au début

.

non même une pierre
ne vole pas
de retour dans la main
elle flotte et
les yeux s’immergent
dans l’eau
ils y trouvent le souffle
mémoire des branchies
ainsi personne ne se noie
quand le poème finit
peut-être le lecteur commence-t-il
à glaner mot pour mot
à chercher une force d’appui
par sa propre voix
au-delà du texte
au-delà d’un rivage

.

Eva Maria Berg

Nulle part

 

L’endroit où ils étaient couchés, il a

un nom – il n’en a

pas. Ils n’étaient pas couchés là. Mais il y  avait quelque

chose

de couché entre eux. Eux

ne voyaient pas à travers.

.

Ne voyaient pas, non,

parlaient de

mots. Aucun d’eux

ne s’est réveillé, le

sommeil est venu sur eux.

.

Paul Celan

Zhu Lanqing

 

(de) habertstrass

.

Jeunes vieux

passants que la nuit traverse

la mer et ses feux.

 

les uns rient plus haut que les toits

et parfois trébuchent

comme si leur ombre même

brulait à l’intérieur.

 

Guy Goffette

Daniel Soares

 

On voit

.

Par le monde on voit

chambres rouges

avenues à flambeaux

femmes aux orteils posés

sur des terres chaudes

invitations à mourir

faites la nuit comme le jour

parfois près de l’usine atomique

des glaneuses penchées

jusqu’au soir.

.

Jean Follain

Ole Marius Joergensen

.

 

 

Oiseaux

.

séraphiques

en costumes luisants, les yeux noirs,

ils observent nos membres sans plume

mais jamais ne nous recherchent

car nous sommes des corps :

le lieu de l’exil dans le monde.

.

Torild Wardenaer

Loca Lee

 

 

Sa maison

 

Elle pensait peut-être que jamais

ce ne pourrait être une vraie catastrophe

si tout était propre et bien rangé

.

Elle pensait peut-être en entrant

dans une autre maison que ce pourrait

être la sienne car l’odeur lui était familière

.

Elle pensait peut-être que rien ne dure

pas même les murs de la maison

sans l’intervention d’un mensonge apaisant.

.

Hanne Bramness

Stéphane Guillaume

 

 

 

(de) Matière solaire

.

Le mur est blanc

et brusquement

sur le blanc du mur tombe la nuit.

Il y a un cheval proche du silence,

une pierre froide sur la bouche,

pierre aveuglée de sommeil.

Je t’aimerais si tu venais maintenant,

si tu penchais

ton visage sur le mien tellement pure

et tellement perdu.

O vie.

.

Eugénio de Andrade

Image Jean-Christophe Philippi – Trinité février 2003

Descente

.

Amère ma rosée

Sur les bouches tendues

N’abandonne pas

.

Ces lumières tremblantes

Ni cette densité

où germent la soif

La faim

.

Peut-être que dans les poitrines

Une rose

Veille à la stricte monotonie des astres

.

Peut-être un chien

Un buisson de fenêtres

Peut-être

Une femme buste lumineux

.

Peut-être une mort

Et la descente douce vers l’eau

De ceux qui savent.

.

Gérald Neveu

Anonyme

D’ailleurs

.

Savoir si quelque chose

N’est pas dans ce coin justement là

Où il n’y a jamais rien

.

Tu lis

Comme si tu désespérais

Comme si un presse-papier

Eût écrasé les violettes

Comme si dans ce coin

Brûlait

Une lumière d’ailleurs

.

Jiri Olic

Ejiro Miyama

Là qu’est la terre

.

La

vie. L’indécision. Le doute. Le

vague à l’âme. Le désir

.

de repartir

avec

autant

de colère, de trancher le nœud

.

gordien et de faire voile

contre

le vent, si c’est là

qu’est la terre.

.

Jan Erik Vold

Helen Levitt

 .