(de) Conférence sur un paysage

 

Comme quand le paysage glisse

sous la

peau. Comme quand l’hiver s’installe

dans un

 

puits. Celui qui s’en va

regarder

dedans

y trouve le ciel, qui se change en

 

nuit.

Et une étoile

qui scintille

dans le ciel véritable.

 

Jan Erik Vold

Robert Darch

 

(de) Poésie verticale

 

Être.

Et rien de plus.

Jusqu’à ce que se forme un puits en dessous.

 

Ne pas être.

Et rien de plus.

Jusqu’à ce que se forme un puits au-dessus.

 

Ensuite,

entre ces deux puits,

le vent s’arrêtera un instant.

 

Roberto Juarroz

Melissa Schriek

 

(de) Neige

 

Sait-elle

qu’elle existe

la corneille sur le fil

de fer ?           Car la nuit vient.

De leur passage en terre

inconnue, rien n’est resté.

 

Les os

trop lourds, les crânes

disproportionnés appuyés au mur

de béton

Lui monte

à la porte

du dépositoire la garde…

 

Gérard Bayo

 Pierre Soulages

(de) La terre vaine

 

Pas de rocaille

S’il y avait de la rocaille

Ainsi que de l’eau

Et de l’eau

Une source

Un étang parmi la rocaille

S’il y avait ne serait-ce que le bruit de l’eau

Pas la cigale

Et le chant de l’herbe sèche

Mais le bruit de l’eau sur la rocaille

Là où la grive-ermite chante parmi les pins

Plic ploc plic ploc ploc ploc ploc

Mais il n’y a pas d’eau

 

Thomas Stearns Eliot

Clement Chapillon

(de) Rencontre

 

Sur ma terrasse en Virginie, 

Loin des vols d’étourneaux, 

Quand le soleil 

Dévore un blanc cadastre,

J’ai ravi le poignet du silence, 

L’ai serré contre moi :

Tout était ocre et bleu

Et le sentier sur mon épaule, 

Tel un grain d’orge, s’est posé. 

 

Ô floraison !

 

Gérard Engelbach

 Dan Wetmore

 

 

(de) Aria

 

Met en rang ses souvenirs

ils crient qu’ils n’ont jamais existé.

Met en rang les noms

ils battent ensemble comme des cuillers de bois.

Met en rang les visages et eux par bandes se délitent

mélangeant les ongles et les sons.

Parle avec l’air.

« Tu ne blesses pas » dit-elle,

mais l’air brûle et fauche – à ras – le passé.

 

Antonella Anedda

Carla Piacenza

 

 

 

 

Approche

 

D’intense oubli

Aux pupilles closes

Ce lent ferment,

Cette variation,

Le jeûne de la vallée

Elle irradie

Nul soleil ne l’illustre

À portée de main,

En silence,

Tel le somnambule

 

François Muir

Olivia Arthur

(de) La retenue

 

au temps

au regard

à la lumière

 

au jour déjà commencé,

qui devra prendre date

aux mots écrits pour ce jour-là.

 

à la lumière

 

soustraire au sens du fleuve,

au temps,

ce qu’il charrie,

ne pas le regarder couler

s’enfouir sous le vert gazon

qui borde ses rêves.

 

soustraire au cours ma propre voix

le monde à mes yeux

 

ce matin

au temps

au regard

à la lumière.

 

Lucie Taieb

Margherita Premuroso

(de) Quel est ce visage ?

 

à chaque nom

il manque d’être

le nom

chacun fut un début

qui rêva de fonder

le commencement

 

chacun dans ce rêve

s’est couvert d’un visage

floraison du bref

que sa propre brièveté

efface

 

Bernard Noël

Klavdia Balampanidou

(de) Le poids de l’ombre

 

Tu peux m’appeler cygne, ombre

dévoilée. Tu peux m’appeler

draps tissé d’eaux lancinantes,

corne nuptiale.

Je ne suis rien sinon sur ton corps

un éclat

de soleil, de sang ou de sel.

Eugénio de Andrade

Tim Engle