(de) Préludes

 

Le soir d’hiver choit dans les ruelles

Parmi des relents de grillade.

Il est six heures.

Les mégots de jours enfumés.

Voici que l’averse en bourrasque

A nos pieds plaque

Des bribes de feuilles souillées

Et de vieux journaux arrachés

Aux terrains vagues ;

Contre les jalousies brisées

Et les tuiles des cheminées

L’averse bat ;

Un cheval de fiacre esseulé

Au coin de la rue piaffe et fume.

Puis les réverbères s’allument.

 

Thomas Stearns Eliot

William Turner

 

 

de (A prix d’ombre)

 

Tombés plus bas que la nuit, mais un seul non

pour eux deux ; et le souffle du vent sur la terre

dure où s’est enfoncée leur maison.

Tout ce qui chante est entré dans leur sang, en

arracha la nuit et cette nuit d’outre noir a fait

monde qui les éloigne,

et les unit avec la mémoire d’un cœur qui se ferme

dans l’amour.

 

Joe Bousquet

 Gylian Hyland

Chemin de village

 

En automne se moquent les étourneaux

et parfois j’entends les portes

cogner deux fois,

dont une fois en rêve.

Qui nous a donné les images,

les pommes rouges,

dans le jardin du charbonnier,

absurdement, mais disposé

à se perdre avec nous.

 

Isle Aichinger

Jelka Von Langen

Depuis le rivage

 

Depuis le rivage

semant ses bienfaits un nuage vole

puis un aigle, messager.

Seules les îles gémissent vers le rivage à leur départ,

quand le vent sous le gel se fige, pleurant sur leur sort.

Et la mort du nuage

et la fin de l’aigle

et le dernier cri

sont une suffisante genèse.

Les lueurs de l’Est ne dorent pas les eaux du rivage,

et les lumières de l’Ouest ne recouvrent pas l’homme qui

regarde.

Seul jusqu’au destin du rivage résonne le chant de ceux

qui s’en vont :

adieu, étranger aux visages enfouis.

 

Pentti Holappa

image-e1448366370628 Dimitris Michakis

L’icône Espérance

 

Il y a le bleu des brèches et des horizons pâles

Il y a que je pense à un figuier comme

A la perfection du sommeil

Il y a que le ciel penche au-dedans de nous

Et se relève : il y a la jeunesse des eaux.

Il y a une icône au fond d’un temple

Et le temps qui s’inscrit tout entier en toi

Il y a ce poème qui te ressemble

Une rose à jamais pure

Rose noire la rose de ta voix.

Il y a une arche au-dessus du froid

Quelque chose qui respire tout près d’ici

Je t’écoute est-ce toi est-ce moi

Il y a une source qui ne finit pas.

 

Lionel Ray

 Tania Franco Klein

L’inaltérable

 

Tu diras la vie qui t’a rejoint

dans le silence de l’aube et le fouillis

des choses entassées et des échecs,

amoureux soudain du souvenir des plages

et du soleil dans les pins, de l’inaltérable

jeunesse des instants où les bras

et la mer se comprennent

 

Paul de Roux

Jeanne Menetrier

(de) dédale et le vent

 

S’il est vrai

que « lorsque tout autour

est sombre, les yeux

commencent à voir »

alors je vois

très bien.

J’écoute ce vent

qui me ramène à toi,

cette tempête

de cris

au travers des murs de la nuit,

des portes,

des branches, des feuilles mortes,

des pas,

solitaires, j’écoute

cet hiver

sans firmament,

ce cortège de songes

jetés en plein vol…

 

Roberto Veracini

  Jean Dubuffet

 

Ombres roses ombres

 

Sous un ciel étranger

ombres roses

ombres

sur une terre étrangère

entre roses et ombres

dans une eau étrangère

mon ombre.

 

Ingeborg Bachmann

 

 

 

 

(de) L’absente

 

Dans une barque éteinte

Je dors à petit feu

La vie me porte

et je la porte Une voix tremble

La maison se recueille

Le jour n’a pas de nom

 

Georges Haldas

 Karla Leyva

 

 

(de) Face à la nuit

 

Il y a terreur, mais

aujourd’hui,  je peux marcher :

bien travaillé, aplani les jours et

les coups, je me souviens, la voix

de l’autre coté : tu n’as rien vu et

terreur, encore, a frappé, mais

les cris, ce jour, se sont éloignés et

là-bas, comme elle se resserre,

je marche, elle crie

je marche dans l’écho,

jusqu’au bout de sa parole.

 

Alain Veinsten

Mauricio Alejo