Sainte Catherine

 

Pise lointaine, sirocco

bohémien de la plaine

et l’onde au pont

et les feuilles et les troncs

vifs

Tous ces jardins que nous ne connaissions pas

et qui nous reconnaissent, ces arbres obscurs

et si grands qui se rapprochent, se laissent

toucher, comme si il était possible

de toucher la terre, le temps, la vie

 

Roberto Veracini

Hugo Pratt

 

(de) la mémoire des branchies

 

rabâcher

le poème qu’en est-il

de l’image

quand elle nage

toute

trempée

se gonfle

noie

épuisé

isolé mot

après mot

introuvable

privé

de couleur

 

Eva-Maria Berg

 Luis Garvan

Tu me demandes

 

ce que je veux

je ne le sais pas

 

je sais seulement que je rêve

que le rêve me fait vie

et que je plane dans un nuage

 

je sais seulement que j’aime

humains montagnes jardins la mer

je sais seulement

que beaucoup de morts habitent en moi

je bois mes instants

je sais

seulement

que c’est le jeu du temps

haut et bas

derrière tous les mots le silence

qui bat

 

Rose Ausländer

 Marta Bevacqua

 

 

 

Médieuse

 

La rosée la pluie la vague la barque

La reine servante

Médieuse

 

La perle la terre

Perle refusée terre consentante

 

Le départ entre deux feux

Le voyage sans chemin

D’un oui à un autre oui

Le retour entre les mains

De la plus fine des reines

Que même le froid mûrit

 

Paul Eluard

Łukasz Spychała

Coquillage

 

Rien, rien du tout

est né,

meurt, le coquillage dit encore

et encore

depuis la profondeur des creux de rocher.

Son corps

balayé par la saison – donc quoi ?

Il dort

dans le sable, séchant à la lumière du soleil,

se baignant

à la clarté lunaire. Rien à faire

avec la mer

ou quelque chose d’autre. Dessus

et dessus

 

Shinkichi Takahashi

(de) Au présent des veines

 

alors j’ai pensé au mot destruction

et à tout ce qu’il faudrait rassembler

(été, jazz, corps à corps et tango,

immensité, jardin, rivage et quelques

insectes)

pour éviter de voir

son propre corps à très grande vitesse

recomposer croisant les certitudes

la nuit puis chaque nuit encore la nuit

 

Nicolas Brossard

 Loreal Prystaj

Après

 

Partir pour

l’endroit

du silence,

pour le soleil

qui aujourd’hui

délaisse le bruit,

la vieille vantardise.

Trouver,

finir maintenant par trouver

où ils sont partis en courant,

ceux qui étaient ici

calmes et intrépides,

dans quels chorus, quels mirages

il est vain de les chercher.

 

Ilse Aichinger

Barbara Diener

Le corridor

 

j’entrouvre le rideau

dans le ventre céleste
où nos sangs d’humains se mêlent

je marche vers la cuisine

toujours ce même rêve
d’embrasser l’insatiable sans y perdre le vent

et je pense à la mer

étendue et ouverte
sauvage et pleine d’ombre

 

Caroline Dufour

(texte et image)

(de) Un privé à Tanger

 

Le trait

le pli

est toujours plus sombre

que la couleur

la plus sombre.

Dans ma  maison

La couleur et la voix

ne se touchent pas

plus que le regard ne touche

la lumière

L’obscurité n’est pas une limite.

 

Emmanuel Hocquard

shoji Ueda

 

Sans titre

 

Si pure

la lumière

éclabousse le monde

M’y fondre

serait vivre

enfin

dans la beauté du rien.

 

Colette GIBELIN

Alejandra Laviada