(de) Beaupré

.

je ne sais pas

ce qui m’aurait vraiment aidée

assise (et toujours je t’attends) on s’est dit

ces choses

qu’on oublie

ce n’est déjà plus rien

et moi seule au jardin

qui n’ai fait que t’attendre

.

Eric Sautou

Sarah Jarrett

(de) L’apprenti dans le soleil

.

la sensation désagréable

que vos oreilles

fonctionnaient de temps à autre

à l’envers

.

qu’elles ne percevaient plus

que ce qui se passait en vous

.

l’envie folle

que les songes fussent

presque tous étourdissants

.

les moments qui glissaient

.

à peine

.

manquaient même

de tomber

.

mais ce n’était pas une raison

pour les rejeter

.

Franck André Jamme

Damien Malonney

Entendrais-tu

 

Et si tu écrivais la chambre des ombres

entendrais-tu

 

la voix que menace

son propre écho, un murmure dressé

contre le silence

s’engouffre dans la nuit

et s’étonne du vent qui écorche

la fenêtre, entendrais-tu

 

tes mots au bout de l’aube

si tu écrivais

ce qui brûle en toi ?

 

La voix halète, étouffe presque

la parole sans écho, l’amour

sans amour, le désordre

planté dans le temps

qui s’obstine jusqu’à demain.

 

Hélène Dorion

Carlo

 

(de) L’écart qui existe

Perce un bruit de métal,

des volets qu’on tire.

Vent faible, ciel blanc démantelé.

J’aperçois la cour par les fentes,

le sapin encore haut contre le mur friable,

la pénombre, l’herbe rase.

Quelque chose encore

s’éloigne de ce que l’on sait.

Les nuée s’éventent lentement, les branches lisses.

Olivier Vossot

Olivier Debré

Après son départ

 

Doux nuages, douces collines et doux lac

 

mais toi, visage

pour ta beauté n’ont suffi l’harmonie

la clarté

et l’accord qu’entre elles

ont ces choses déjà

 

Humain regard

Qui s’est posé

et sans vouloir

et ne sais taire

 

Regarde où tous, nous,

sommes cachés – et dis son nom ;

autre est ta beauté :

 

et ainsi

sans savoir à l’instant  nous rendras

la mémoire où s’assemblent d’eux-mêmes

les instants

de douceur qui ne donnent en vain

 

Gérard Bayo

Jesse Boyd-Reid

Fin d’hiver

 

Peu de chose, rien qui chasse

l’effroi de perdre l’espace

est laissé à l’âme errante

 

Mais peut-être, plus légère

incertaine qu’elle dure,

est-elle celle qui chante

avec la voix la plus pure

les distances de la terre

 

Philippe Jacotet

Robert Ballen

 

du monde

 

tu penches la tête et passes la porte : au-delà du seuil, le monde respire

de visions, une onde impatiente qui charrie les odeurs des maisons,

humidité, rouille, cendre, essence, âges qui tournent au brun

les yeux survolent les têtes penchées sur les tables, la main sur le téléphone

on s’arrête au bar dans la matinée, le froid chante, la peau

reflète l’absence de geste

des caillots de lumière deviennent formes d’un doux sourire

enfoui

 

Maria Luisa Vezzali

Une chambre à Milan

 

Peut-être je n’existe pas.

Je n’ai pas à remplir ma vie

d’objets, de trajets.

Je me souviens d’un autre à peine.

Ici il pleura, face contre terre,

ici, où je suis heure par heure,

un léger sifflement entre les balcons

et, derrière, la ville.

 

Léonardo Sinisgalli

Inge Morath & Saul Steinberg

(de) Eternité à coudre

 

Un écho       un

roman que trace

la roue   embruns

d’une lune

partage des étangs

et des chaumes.

Vous aurez été le

cœur de ce qui

n’a pas cru

je lavais votre

bouche

vous inquiétais

d’océans et

de rumeurs.

 

Esther Tellermann

Luis Tudela