Le rocher aux aigles

 

Derrière le verre

du terrarium

des reptiles

étrangement inertes.

 

Une femme accroche son linge

dans le silence

la mort est à l’abri du vent.

 

Mon âme glisse

dans les profondeurs su sol

aussi paisible qu’une comte.

 

Thomas Transtromer

  Damien Maloney

Poème d’amour

 

A pierre fendre
mon amour

à tracer sur le sable
les contours d’une pierre

à graver dans la pierre
le repos de la mer

à pierre fendre
mon amour

 

Alain NAUD

Caster Sejersen

Cueillette d’anges

 

… Parfois

Un bruit sourd

Comme pour la chute

D’un fruit dans l’herbe.

Comment passe le temps !

Les anges

Sont mûrs et se sont mis à tomber :

L’automne est enfin arrivé au ciel…

 

Ana blandina

Jill Wilcott

 

 

(de) Noce de Kmar Bendana

 

Donne moi ce murmure

ce chemin en écho

où commence ce dire

Mon cœur incendié remue une cendre noire

Rumeur rêche d’une corne d’or

Chimère de mercure et de chrome

 

Une déchirure inconnue de douceur

Mienne, comme mon émoi-même

 

Georges PEREC

image-e1448366370628 Cédric Van Turtelboom

 

(de) Agenda

 

Incertitude. Où la voix

dira le mot, la vie

recommencera. Pour l’instant

rien qu’une attente. Un désir

qui n’ose s’avouer

désir. Une aube

oublieuse de la nuit

mais qui doute du jour.

Tout pourrait rester ainsi

entre rêve et sang,

souffle et pierre.

N’avoir qu’une conscience,

l’angoisse. N’être qu’un remous

de néant. Mais, la parole

enfin gorgée de silence,

voici que sur le fond

blême du matin se lève

un soleil sur de sa fin.

 

Louis Guillaume

Jacopo Rufo

Fontaines du temps

 

Ici près des fontaines

je revivrai ma vie

Ici près des fontaines

on partira dès l’aube

comme les ouvriers

La maison sera belle

Et le pont chantera

sous les vieux tramways

On entendra les foulques

On entendra l’eau douce

nous parler du bonheur

dont tous avaient rêvé

mais que nul n’a connu

Et seul subsistera

le carillon des heures

sur les quais détrempés

et sur les jardins nus

 

Georges Haldas

Conrad Felixmuller

 

 

 

 

(de) Préludes

 

Le soir d’hiver choit dans les ruelles

Parmi des relents de grillade.

Il est six heures.

Les mégots de jours enfumés.

Voici que l’averse en bourrasque

A nos pieds plaque

Des bribes de feuilles souillées

Et de vieux journaux arrachés

Aux terrains vagues ;

Contre les jalousies brisées

Et les tuiles des cheminées

L’averse bat ;

Un cheval de fiacre esseulé

Au coin de la rue piaffe et fume.

Puis les réverbères s’allument.

 

Thomas Stearns Eliot

William Turner

 

 

de (A prix d’ombre)

 

Tombés plus bas que la nuit, mais un seul non

pour eux deux ; et le souffle du vent sur la terre

dure où s’est enfoncée leur maison.

Tout ce qui chante est entré dans leur sang, en

arracha la nuit et cette nuit d’outre noir a fait

monde qui les éloigne,

et les unit avec la mémoire d’un cœur qui se ferme

dans l’amour.

 

Joe Bousquet

 Gylian Hyland

Chemin de village

 

En automne se moquent les étourneaux

et parfois j’entends les portes

cogner deux fois,

dont une fois en rêve.

Qui nous a donné les images,

les pommes rouges,

dans le jardin du charbonnier,

absurdement, mais disposé

à se perdre avec nous.

 

Isle Aichinger

Jelka Von Langen

Depuis le rivage

 

Depuis le rivage

semant ses bienfaits un nuage vole

puis un aigle, messager.

Seules les îles gémissent vers le rivage à leur départ,

quand le vent sous le gel se fige, pleurant sur leur sort.

Et la mort du nuage

et la fin de l’aigle

et le dernier cri

sont une suffisante genèse.

Les lueurs de l’Est ne dorent pas les eaux du rivage,

et les lumières de l’Ouest ne recouvrent pas l’homme qui

regarde.

Seul jusqu’au destin du rivage résonne le chant de ceux

qui s’en vont :

adieu, étranger aux visages enfouis.

 

Pentti Holappa

image-e1448366370628 Dimitris Michakis