Imaginer autre chose

 

Entre le vrai et le faux

Nous devons mille fois traverser cette ruche en fleurs

 

On les entend s’épanouir

Et les mots fabriqués s’effondrent

 

A cet instant

Où la lumière est encore évoquée

 

Un vol d’oiseaux

Devient l’ordre du néant

 

Immobiles au firmament

Tous les oiseaux sont blancs

 

Comme dans la douleur

Une épine sanglante

Qui feinte

 

Huang Guang Dao

 Oleg Oprisco

Au loin

 

Mutité à nouveau, spacieuse, une maison – :

Viens, tu dois habiter.

 

Heures, qui s’échelonnent, belles comme malédiction : atteignable

est l’asile.

 

Plus mordant que jamais l’air qui reste : tu dois respirer,

respirer et être toi.

 

Paul Celan

Jeff Wall

 

 

Un morceau de lumière

 

J’écris des dates

le temps qui les traverse

ne laisse qu’un peu de poudre humide

parfois les feuilles remuent

le ciel n’est pas le ciel

le jour est un reste de regard

 

Jacques Ancet

 Cristina Coral

 

 

 

Armure du matin

 

Je ne sors plus

de moi. Je traverse

mes lèvres

sans voir que le soleil

déchire l’air

des murs

J’invente des couloirs

où le froid s’accumule

courbe

jusqu’à ce cri.

 

Claude Esteban

 Amy Colebrook

(de) S’il descend vers un monde

 

entouré de mystères ce qui file

au tréfonds de lui-même ce sont des ces rêves que sans doute

il ne pourra réaliser

ces passions sans fondement auxquelles sa faim aspire

un amour sur le point d’être effacé

et lui qui a connu la honte de ce qui s’écrit sur la page blanche

lui s’embarquera dans le futur

 

Yoshimoto Takaaki

Émilie Keener

 

 

Voie morte

 

Adieu, dit-elle. Rendant close la ville.

Hier même, par son extrême absence,

ma chérie, la poupée d’argile,

sans autre avertissement s’est jetée dans le vide.

La bibliothèque s’effeuille. Les tableaux

se réduisent à de simples taches çà et là.

 

J’entends de tous côtés le grillon de la Lune.

 

Je descends, le cœur sur la main, par la voie morte

d’un mauvais rêve dont on ne peut plus se réveiller.

 

Roberto Sosa

 Aimée Hoving

« Über allen Gipfeln ist Ruh »

 

La lune s’envase

jusqu’aux yeux

elle est à peine visible

 

je veux la guetter

écorcher son ventre blanc

et la préparer

 

sa viande a la saveur

du poisson de mer

 

Anise Koltz

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Mais rien

 

Un même pan ferme le coin

Où l’air libre s’étend

Autour la corde glisse

Et l’eau monte

La pluie descend

Un homme tombe de fatigue

C’est le même qui tend sa main

On saute le mur du jardin

Le ciel est plus bas

Le jour baisse

La route court

Et le vent cesse

On pourrait croire qu’il est arrivé quelque chose

Mais rien

 

Pierre Reverdy (de Pierres blanches)

Max Pinckers

 

 

 

(de) Nature morte

 

Choses et gens nous

entourent. Et les deux

déchirent l’œil.

 

Je suis assis sur un banc

du parc et je suis des yeux

une famille qui passe.

La lumière me répugne.

 

C’est janvier. L’hiver.

Selon le calendrier.

Quand le noir me répugnera,

alors je parlerai.

 

Joseph Brodsky

Cécile Hesse & Gael Romie

Soleil

 

Carrare là où la campagne donne le marbre

Là où j’ai passé un été

Les alouettes il n’y en avait pas et les serpents ne sortaient pas

Le soleil simplement d’un tapis de prunes bleues est sorti

Puis vers le tapis de prunes bleues s’est incliné

Et l’adolescent dans la rivière attrapa un dauphin

 

Junzaburō Nishiwaki