Tomas




ces fleurs

sur le rebord –



la lumière

les traverse

comme si le matin

leur appartenait


je reste

un long moment

à les dévisager


quelque chose en moi

se desserre


je respire

sans trop y penser

Bertrand Delais

Muse / 16



dans l’air

tremblé

le jour s’éloigne sans

se retourner


je vous imagine

longeant la rive

le vent derrière vous


la lumière baisse

les arbres reprennent

leur ombre


je suis

ce chien allongé

qui au moindre bruit

qui lève la tête


j’attends

Jack Davison

Hélène



un cri dehors


comme une lame qui traverse

la nuit

sans rien toucher


je suis là

j’écoute


une voix

quelque part

va peut-être répondre


mais

le silence à nouveau


le vent dans les arbres

la ville qui reprend

son souffle

Jean Fautrier

Muse / 15



un court instant

la main reste

au-dessus des nuages


puis elle descend

vers le lieu qui tremble


elle y pose

nerveuse

ces quelques mots –


tu es

ce qui reste

quand je ne pense plus

à toi

Jack Davison

Muse / 14


je veille

dans la paume du jour


l’air y est plus près

plus plus vaste


rien ne presse

rien ne réclame


tu es là sans

être là


ta lumière me traverse

Pooya Abbasian

Guy



au soir

les objets retrouvent

le silence


la lumière change

de nom


la chaise

le livre encore ouvert

la tasse oubliée – rien ne bouge


dans l’air immobile

une voix

pourtant souffle à mon oreille –


le jour

vient de passer

Eikoh Hosoe

Muse / 13



séparés


le feu de la cendre

du ciel nos paupières

la rivière de ton reflet


pourtant

à voix basse

la nuit

je t’appelle


comme si

tu pouvais venir

jusqu’à moi

Caroline Dufour

André


un peu de ciel

entre les branches

une odeur

de terre mouillée –


le jour qui vient

déjà baigne

dans sa propre clarté


une grive

s’envole

de derrière un bosquet

une autre suit


le cœur en oublie presque

de réclamer

Georges Kamelakis

Marguerite



il arrive

parfois

que le vent renonce

avant la voile


alors la mer

recueille

en silence

ce qui n’a pas lieu


et rien

dis-tu

ne s’en plaint

(L’hôtel des roches noires)

Bei


sur le clavier

des heures

une note

demeure à mon insu

elle éclaire

un endroit que le cœur

n’atteint pas

dehors

un merle appelle le jour

je vis –

sais-tu

comme si rien

ne manquait

Hajime Kimura