Jacques



cette ombre

claire

au bord de l’étang

je ne distingue

ni son visage

ni sa voix

elle marche

à mon pas

respire à ma cadence

peut-être

sommes-nous

une seule ignorance

dans l’eau basse

quelque chose de difficile

à nommer

Eugène Atget

Véronique


le jardin

revient

à hauteur de poitrine

l’air s’y tient

comme une promesse

silencieuse

avec quelques oiseaux

insoucieux

et des fleurs –

non leur visage

mais ce léger

balancement

où elles penchent

sans tomber

Mikiya Takimoto

Alejandra



nos ombres

passent

l’une dans l’autre

sans se voir

leur commerce est muet

sans règle

comme si le noir savait

mieux que nous

comment tenir ensemble

nos yeux

par dehors

les regardent se mouvoir

ils savent que l’espace

tout entier

ne saurait contenir

l’attente

Muse / 12


la nuit

se déplie

et rend l’œil

à sa propre lumière

je n’ai rien

à vouloir de plus

je suis

le lent détour

du rêve

un visage me regarde –

c’est le tien

Jonathan Bertin

Muse / 11


dans le repli

du jour

entre deux gestes

là où les choses

parfois

s’égarent

le ciel se tait

le bleu est indifférent

nos mains se trouvent –

soudain

tout est vrai

Sophie Alyz

Muse – 10



tes yeux

ouvrent une forêt

dans la nuit

je m’y guide

lové

dans le pli de ta voix

c’est un frisson

un feu discret

presque rien –

qu’à jamais

ainsi la lumière

ne la retienne

Lou Tsatas

Muse / 9


peut-être

n’es-tu

qu’une ombre passante

sans dû

ni promesse

un court instant

posé

sur un rêve d’eau

peut-être –

sans même le savoir

es-tu déjà

rendue

au jour qui attend

de renaitre

Francesca Woodman

Muse / 8



imagine

que l’oiseau

revienne

et s’élève au-dessus

de nos têtes

imagine que le ciel

lentement

se reforme autour

de l’oiseau

et que toi

tu marches

au bord du vent

ta main

dans la sienne

Alex Fleming

Muse / 7



rien

ne sépare plus

la terre du vent

le souffle

de la source

tout se confond

désormais

dans la lumière

du matin

et nous –

de nous-même éperdus

marchons

hors de nos murs

innocents

Sophie Mabille

Muse / 6



un souffle

traverse

le silence de la terre

la lumière hésite

glisse

derrière les sommets blancs

c’est étrange – dis-tu

on dirait

que l’hiver se souvient

de nous

NC