Delphine



un petit chemin

de terre et des pierres

qui tordent le pas


tu es là

je te vois

je crois te voir


je me souviens

soudain


la dernière fois

tu disais –

le verbe change

la nature de la lumière


je ne comprenais pas


pour moi

la lumière tenait là

Dirk Wüstenhagen

Elise



dans la fraîcheur

du courant

les algues lentes

suivent

leur mouvement invisible


l’air profond fraichit


je fais un pas

un visage dans l’eau

vacille


un instant

j’ai cru

que c’était toi

David Armstrong

Muse / 17



ce long fil

invisible –


pas

le visage

pas la voix


plutôt

la façon d’être là


suffit

pour que tu restes encore

un peu avec moi

Julian Slagman

Tomas




ces fleurs

sur le rebord –



la lumière

les traverse

comme si le matin

leur appartenait


je reste

un long moment

à les dévisager


quelque chose en moi

se desserre


je respire

sans trop y penser

Bertrand Delais

Muse / 16



dans l’air

tremblé

le jour s’éloigne sans

se retourner


je vous imagine

longeant la rive

le vent derrière vous


la lumière baisse

les arbres reprennent

leur ombre


je suis

ce chien allongé

au moindre bruit

qui lève la tête


j’attends

Jack Davison

Hélène



un cri dehors


comme une lame qui traverse

la nuit

sans rien toucher


je suis là

j’écoute


une voix

quelque part

va peut-être répondre


mais

le silence à nouveau


le vent dans les arbres

la ville qui reprend

son souffle

Jean Fautrier

Muse / 15



un court instant

la main reste

au-dessus des nuages


puis elle descend

vers le lieu qui tremble


elle y pose

nerveuse

ces quelques mots –


tu es

ce qui reste

quand je ne pense plus

à toi

Jack Davison

Muse / 14


je veille

dans la paume du jour


l’air y est plus près

plus plus vaste


rien ne presse

rien ne réclame


tu es là sans

être là


ta lumière me traverse

Pooya Abbasian

Guy



au soir

les objets retrouvent

le silence


la lumière change

de nom


la chaise

le livre encore ouvert

la tasse oubliée – rien ne bouge


dans l’air immobile

une voix

pourtant souffle à mon oreille –


le jour

vient de passer

Eikoh Hosoe

Muse / 13



séparés


le feu de la cendre

du ciel nos paupières

la rivière de ton reflet


pourtant

à voix basse

la nuit

je t’appelle


comme si

tu pouvais venir

jusqu’à moi

Caroline Dufour