(de) L’Émotion l’Émeute

 

Toujours la même foule de miroirs

au-dessus des terrasses

la parole parlante

sauvagement présente

la beauté seule

les livres par milliers

c’est beaucoup de choses

l’émotion l’émeute

le mauve accentué autour du tilleul

ne rien dire

dire oui.

 

Pascal Boulanger

Jean-Paul Lefret

 

La dame blanche

 

herbe dure

épines et silex

le jardin redevient

un désert

aurait-il fait beau

le jour d’avant

serions-nous ici

venus plus souvent

qui sait

 

de

leurs yeux gris

et fatigués, l’ombre de celle

qui nous observe

et le silence autour

qui protège

  Graciela Iturbe

Voyage

 

Nous finîmes par sortir

de la brume de la nuit.

A présent, personne ne reconnaissait personne.

Le sens, nous l’avions perdu en chemin.

Personne ne demanda non plus avec insistance :

Qui es-tu ?

 

Répondre, nous ne le pouvions pas.

Nous avions perdu

nos noms.

 

Loin de là, le tonnerre

venu d’un cœur qui ne cède pas

déjà à l’œuvre.

Nous écoutions sans comprendre.

Nous étions arrivés au plus lointain des lointains.

 

Tarjei Vesaas

Marco Arguello

Plus tard

 

Le temps passé dans une chambre où tout est noir reviendra plus tard. Alors j’apporterai une petite lampe et je vous éclairerai. Les gestes confus se préciseront. Je pourrai donner un sens aux mots qui n’en avaient pas, et contempler l’enfant qui dort en souriant.

Est-il possible que ce soit nous-mêmes en vieillissant ? Il y a quelques morceaux de ruines qui tombent. Ceux-là ne se relèveront plus. Il y a aussi quelques fenêtres qui s’éclairent. Et devant la porte un homme solide et doux qui connaît sa force et qui attend. Il ne reconnaîtrait pas lui-même son visage.

 

Pierre Reverdy

Loreal Prystaj

(de) Si nous allions vers les plages

Ce soir

La nuit est bleue

 

Avec un parfum de girofle

Sous la pierre lente et chaude

 

Tu vas et viens

De ton cœur

Au jardin

 

Et le pouls des planètes

Pourrait cesser de battre

 

Sans que la peur

Ne soit nommée

Dans la douceur des choses.

 

Hélène Cadou

 Miguel Hernandez

 

La vie est ailleurs

 

dans le salon

chaud du songe où

tu vis

les hôtes attendent

en silence

 

assis

dans de gros fauteuils

rouges

une tasse à la main

l’éternité leur est promise

l’un d’eux parfois se dresse

à la fenêtre pour voir

la mer s’éloigner

ou reprendre le récit

d’une vie passée

  Maria Svarbova

Homme et nature morte

 

La nature morte

ferme encore

plus profond les paupières

quand quelqu’un au mur

accroche la mer

pour s’absorber

dans la nage

 

Ooka Makoto

Julia Filipovscaia

 

Labyrinthe

 

Il n’y a pas de porte. Tu y es

Et le château embrasse l’univers.

Il ne contient ni avers ni revers

Ni mur extérieur ni centre secret.

N’attends pas de la rigueur du chemin

Qui, obstiné, bifurque vers un autre,

Qu’il ait une fin. De fer est ton destin

Comme ton juge. N’attends pas l’assaut

Du taureau qui est homme et dont, plurielle,

L’étrange forme est l’horreur du réseau

D’interminable pierre qui s’emmêle.

Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette

Bête au noir crépuscule qui te guette.

 

Jorge Luis Borges

 Paul Klee

 

Il tombe de la neige

 

Les panneaux indicateurs sont

de plus en plus nombreux

lorsqu’on approche de la ville

 

Le regard de milliers d’hommes

au pays des longues ombres.

 

Un pont se construit

lentement

droit dans l’espace

 

Tomas Tranströmer

  Christopher Jacrot