Le beau lac

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à l’envers, la dent du chat

qui frémit sur les eaux grises.

Quand du ciel de mars

un rai timide qui vient

cultiver la saison en devenir.

Le train oblique sur sa gauche

: d’une roselière

le nez d’un canot engourdi

les roches muettes

et sous ce taillis

la maison du poète qui ne pissait

que l’eau claire

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©  tv

Andy Denzler

Le voyage d’hiver

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Surgissant sans prévenir devant moi dans un jardin enneigé

Cette fleur d’un bleu tempête dont j’ignore le nom

Il suffit de me pencher pour qu’elle réapparaisse

.

Allongée de tout mon long sur la steppe

Dans le bleu du ciel

Le monde, lui et moi, nous deux

Nous sommes très jeunes, encore plus jeunes

Notre sourire

A un goût d’école buissonnière

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Est-ce le retour, un rêve ou avons-nous vieilli

Cette fleur bleu tempête placée entre nous

Nous deux, le monde et moi

Ne cessons de revenir.

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Gullen Akin

Image Antonio Silverini

(de) Épiphanie de l’ange

 

Cette brume aussi passera,

cet hiver sans pluie,

les hirondelles reviendront et toutes

les formes vivantes

vivront

avec les algues et les rêves

que je reconnaitrai.

 

Robert Veracini

 Pierre Alain Emmi

Une maison là-bas

 

Une maison là-bas

avec sa porte ouverte

et ses deux tourterelles

récitant inlassablement le nom de l’absent

Une maison là-bas

avec son puits profond

et sa terrasse aussi blanche

que le sel des constellations

Une maison là-bas

pour que l’errant se dise

j’ai lieu d’errer

tant qu’il y aura une maison

là-bas

 

Abdellatif Laabi

Image Nicolas de Stael

 

 

 

Léonard

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naître la seconde fois

au cœur de l’hiver

sans pleurs ni douleurs inutiles

juste goûter la main pudique

du petit jour, se défaire de soi

et au creux de l’oreille

entendre la voix sombre

chanter : Hineni,

Hineni.

©  tv

Louis Soutter

Georges Emmanuel Clancier

« Entendre la poésie comme un salut. Sauver sa vie là où se devinent des frontières : l’une tendant à la nuit, l’autre à quelque matin où le temps se fait cristal – ce sont deux faces d’un même feuillage.

Sauver sa vie. Et ce salut par la poésie serait-il signe ou accueil pour mes inconnus?

Des visages viennent d’abord. Le souvenir amène toute chose à la dignité du visage. »

Georges Emmanuel Clancier

Au soir

 

Ronde et bleue

cette larme allongée

sur ton cil. Puis une autre

encore plus épaisse

que tu essuies

d’un revers de main.

Par-dessus ton épaule

la pointe d’un pinceau tendre

mais de partout

le chiendent de l’hiver

et la voix de l’enfant qui sort

de sa chambre.

 

©  tv

Image Vanessa Vercel

 

 

(de) Nuits

Écris la parole

éteins la pensée

et va ! tombe !

sans haut ni bas

aspiré, foulé

dans les failles de l’air

entre courbures d’une mélodie

que personne ne joue –

 

Lorand Gaspar

ImageAtaa Oko

(de) cheveux emmêlés

 

Des cinq vêtements

Qu’elle portait l’un sur l’autre

Le souvenir d’un col

Où fleurissaient sur fond rose

Des chrysanthèmes en fil d’or

 

Yosano Akiko

Image Olivier Metzger