Le rocher aux aigles

 

Derrière le verre

du terrarium

des reptiles

étrangement inertes.

 

Une femme accroche son linge

dans le silence

la mort est à l’abri du vent.

 

Mon âme glisse

dans les profondeurs su sol

aussi paisible qu’une comte.

 

Thomas Transtromer

  Damien Maloney

(de) Autour

 

déjà

cela se déplace à nouveau

sans changer

c’est un autre matin

 

terriblement vite

cela use

 

restent les têtes muettes

les morts et

les bêtes

 

Antoine Emaz

Eric Schubert

Poème d’amour

 

A pierre fendre
mon amour

à tracer sur le sable
les contours d’une pierre

à graver dans la pierre
le repos de la mer

à pierre fendre
mon amour

 

Alain NAUD

Caster Sejersen

la Reyssouze

 

le nom de celui

qui met sa fierté à

marcher

sur l’eau fraiche

à demi-nu

les cheveux baignés de soleil

ses pieds brillent

comme des tessons de lune

et il se rit des voix

qui l’appellent

Samir Tladi

Cueillette d’anges

 

… Parfois

Un bruit sourd

Comme pour la chute

D’un fruit dans l’herbe.

Comment passe le temps !

Les anges

Sont mûrs et se sont mis à tomber :

L’automne est enfin arrivé au ciel…

 

Ana blandina

Jill Wilcott

 

 

Landscape

 

ce tirage t’appartient

il me semble

: des pierres de repère

levées sur un sol aride

avec un muret bas

qui fuit

à l’horizon

l’hiver

rien de plus

 

à la force du vent

jusqu’à sentir

l’esprit se vider

entièrement

 

 Fay Godwin

 

(de) Noce de Kmar Bendana

 

Donne moi ce murmure

ce chemin en écho

où commence ce dire

Mon cœur incendié remue une cendre noire

Rumeur rêche d’une corne d’or

Chimère de mercure et de chrome

 

Une déchirure inconnue de douceur

Mienne, comme mon émoi-même

 

Georges PEREC

image-e1448366370628 Cédric Van Turtelboom

 

(de) Agenda

 

Incertitude. Où la voix

dira le mot, la vie

recommencera. Pour l’instant

rien qu’une attente. Un désir

qui n’ose s’avouer

désir. Une aube

oublieuse de la nuit

mais qui doute du jour.

Tout pourrait rester ainsi

entre rêve et sang,

souffle et pierre.

N’avoir qu’une conscience,

l’angoisse. N’être qu’un remous

de néant. Mais, la parole

enfin gorgée de silence,

voici que sur le fond

blême du matin se lève

un soleil sur de sa fin.

 

Louis Guillaume

Jacopo Rufo

« Je est un autre »

 

longue étoffe

de soie tirée par les eaux

et sur laquelle dort

un corps ocré

l’œil ne s’ouvre ni se ferme

les traits du visage sont effacés

il n’y a plus d’âge

ni ombre accrochée aux pieds

mais à mesure

que s’éloigne le rivage

l’illusion approche la vérité

 Maurizio Anzeri

Fontaines du temps

 

Ici près des fontaines

je revivrai ma vie

Ici près des fontaines

on partira dès l’aube

comme les ouvriers

La maison sera belle

Et le pont chantera

sous les vieux tramways

On entendra les foulques

On entendra l’eau douce

nous parler du bonheur

dont tous avaient rêvé

mais que nul n’a connu

Et seul subsistera

le carillon des heures

sur les quais détrempés

et sur les jardins nus

 

Georges Haldas

Conrad Felixmuller