ça cogne
sous la peau
ce sont des noms
à peine connus
des gestes serrés
jusqu’à l’os
un feu
à la lisière du jour
qui ne s’éteint pas
tu vois –
les mots n’apaisent rien
je vis
dans ce qui tremble
j’essaie
de tenir droit

Jack Davison
Un chemin qui est un chemin
sans être un chemin
porte ce qui passe
et aussi ce qui ne passe pas
Ce qui passe est déjà passé
au moment où je le dis
Ce qui passera
je ne l’attends plus je ne l’atteins pas
Je tremble de nommer les choses
car chacune prend vie
et meurt à l’instant même
où je l’écris.
Moi-même je m’efface
comme les choses que je dis
dans un fort tumulte
de bruits, de cris.
Jean Tardieu
Erwin Olaf
la boue
contient
encore
un peu de ciel
les arbres
hésitent
à reprendre place
chaque pierre
attend
une main
je respire
un peu
comme on ment –
juste assez
pour que la ville revienne

Sara Silk
Mosaïque des champs de maïs
les épis poussent dorés par la lumière
Dans l’escalier
ses pas réveillent les flamboyants
Cœur de feu,
pétales couchés par le soleil
Le sang monte des talons
jusqu’à la fleur des cheveux
Alberto Blanco
François Baron Renouard
Je me souviens
de poèmes sauvages
peu nombreux
telles des plantes nouées
qui naissent
sous la véranda
je les récite
sans bouger les lèvres
sous l’eau
ma peau a changé
je ne crois pas aux baisers
Elise Turcotte
avant
de tendre la page
au regard d’un autre
je me plie
à la forme qui cherche
à naître
l’oiseau
là-haut
déjà échappe –
peut-être
a-t-il déjà atteint
le jardin
que nos yeux ne peuvent
connaitre
