dans la fraîcheur
du courant
les algues lentes
suivent
leur mouvement invisible
l’air profond fraichit
je fais un pas
un visage dans l’eau
vacille
un instant
j’ai cru
que c’était toi

David Armstrong
je désespérément n’est pas un autre
époque des pères et des mères qui tombent
pommes navrées au pied du pommier
je suis restée cette enfant
sans volonté de naître
pour laquelle vivre
est une embûche mentale
il y a
des mois morts
je pense et je marche sur des œufs
dans ma tête pour ne pas
brusquer
ce qui s’y trouve
lézarder la poche protectrice
gris sur gris teinté de gris sur lit d’herbes mouillées sous ciel de lit en pluies, une sorte d’image de l’interminable, version côté obscur
Anne Julien
Eikoh Hosoe
je marche
dans la saison
qui vient
la lumière
descend
entre les branches
les ombres s’allongent
sur le chemin
pourtant
elles-mêmes le disent –
ou ce qui
en elles nous ressemble
il faut rentrer
le jour
s’en va sans attendre

Clive Vincent
le jour
change de couleur
le temps s’est durci
il fait froid –
l’avais-tu oublié
toi aussi
dehors
les hommes s’affairent
quelques oiseaux traversent
la lumière
je les regarde
passer
jusqu’à ce que
le ciel se referme

Philippe Herbet
qui es-tu toi qui tapes sur la porte chaque
matin chaque
soir
si fort que ton corps s’endolorit mais tu
me terrifies dans cette non-volonté de ne plus souffrir.
Anne Barbusse
Bieke Depoorter
je lève
les yeux au ciel
quelques nuages
passent au-dessus de nos têtes
ils vont
sans bruit dans le bleu
longtemps
je les regarde
j’attends
qu’un peu de ce mouvement
me traverse

David Amstrong
le soleil
tient dans la paume
du soir
il emporte
avec lui
le peu de couleur
qui tient encore aux choses
les formes s’effacent
les arbres se confondent
c’est un soir
comme un autre
je suis là
seul
je règne
en ce qui demeure

Ella Bats