(de) Pavoi du bleu

 

Plus tard, la poussière

assombrira chambres et jardins.

Un seul navire sera debout.

Une seule maison contiendra

la ville et ses ténèbres.

Toupies et bras d’enfants

seront les seuls repères.

 

Jacques Izoard

 Matéo Gomez

 

Lettre à M.

 

des cristaux de gel

assis sur le bord des fenêtres

: la nudité céleste. Ou

un long silence sur un champ

de nacre. L’absence aussi.

Mais pour l’heure

dis-tu, l’œuvre est inutile

car la saison froide est

sans intérêt

 

tv

Jean Baptiste Courtier

 

Un instant

 

Pour aucune vérité du monde
Mais si vous préférez,
pour un petit morceau de silence.
Il y a un moment qui partage en deux la terre.
Quelque temps d’humilité,
quand quelqu’un souffle sur nous.

 

Jan Skacel

 Alex Veledzimovich

(de) Paterson

 

Le feu brûle ; c’est la première loi.

Quand le vent l’attise, ses flammes

 

s’étendent autour. La parole

attise les flammes. Tout a été combiné

 

pour qu’écrire vous

consume, et pas seulement de l’intérieur.

 

En soi, écrire n’est rien , se mettre

en condition d’écrire ( c’est là

 

qu’on est possédé) équivaut à résoudre  90 %

du problème : par la séduction

 

ou la force des bras. L’écriture

devrait nous libérer, nous

 

libérer de ce qui, tandis

que nous progressons, devient un feu,

 

un feu destructeur. Car l’écriture

vous agresse aussi, et il faut

 

trouver le moyen de la neutraliser – si possible

à la racine.  C’est pourquoi,

 

pour écrire, faut-il avant tout (à 90 %)

vivre.

 

William Carlos William

 

Le même visage

 

le visage du poète
est ouvert plein de silence

 

toujours le même visage
et pourtant tout à fait autre

 

du mur
me regarde
un masque

 

d’un œil
dur
et vide

 

Tadeusz Rozewicz

T. Maxwell Wagner

L’ordre

 

Je mets beaucoup d’ordre dans mes idées.

Ça ne va pas tout seul :

Il y a des idées qui ne supportent pas l’ordre

Et qui préfèrent crever.

À la fin j’arrive à avoir beaucoup d’ordre,

Et presque plus d’idées.

 

Géo Norge

Jean Dubuffet

Dédicace 14

 

Je voudrais rester là, dans la rue froide
pour voir deux fenêtres allumées sur une façade.
Celle qui demeure ici m’est très chère.
Mon cœur est malade, lorsque c’est éclairé.

 

Marcher jusqu’au coin, revenir lentement,
pour te voir apparaître, qui sait.
Te savoir si proche… Pourquoi rester ici ?
Mon cœur est malade, lorsque c’est éclairé.

 

Karin Boye

Jacques Izoard

 

« Le poème conduit, confusément, vers ce que l’on est.  Mais que d’échecs, que de chemins battus sans issue ! Nos mots les plus simples bougent, pourtant : vois le geste de l’a, le geste du b. Ainsi court la phrase, ainsi s’accroche-t-elle au papier. Pour tous, la poésie regorge de mots. A travers elle, nous sommes sains et saufs. Mais vit toujours la ville et ceux qui vivent ici, ceux qui disent « muscat », « coups pleuvent », « courants d’air ». »

Jacques Izoard (de « Vêtus, dévêtus, nus : poèmes »)

 

Paysages de rien

 

Le temps forme

des paysages de rien

dans les rues

 

où passent également l’air

une voiture

ou une personne détestée

 

une ombre salue une autre ombre

ombres toutes deux vêtues

de la couleur du matin

 

et puis elles tournent au coin de la rue

en serrant ensemble dans leur mains

des morceaux de rien

 

Homéro Aridjis

Julia Gat

Au bout du monde


 

où finit la route

il y a une maison cachée

derrière la broussaille.

Avec des persiennes closes

et un véhicule garé

sur le bas côté.

Où commence la route

une femme regarde le soleil

se coucher. Elle récite

quelques vers à propos d’un arbre

plus haut que les autres et

ses escarpins rouges flamboient

dans la poussière

de l’été.

 

tv

Mo Langel