ici commence
le poème
à l’endroit même
où la veille
il n’y avait que vide
et poussière
son visage
n’est pas promis
son nom
écrit nulle part
mais
dans la blancheur
de l’air
quelque chose
avant la voix
l’appelle

Bertrand Delais
ici commence
le poème
à l’endroit même
où la veille
il n’y avait que vide
et poussière
son visage
n’est pas promis
son nom
écrit nulle part
mais
dans la blancheur
de l’air
quelque chose
avant la voix
l’appelle

Bertrand Delais
l’ombre
dans le pli du jour
frôle le mur
la table
puis se répand
comme une eau froide
au fond du lit
je m’allonge
avec elle
sans discuter
le drap attrape
un peu de nuit
le silence
parait plus vaste
que le sommeil

Kathleen Meier
des maisons
ici
et là se tiennent
fenêtres ouvertes pourquoi
ne se demande
pas un seul
passant
est-ce que je ne saute
pas
dans la vie
des espaces
Eva-Maria Berg
Gerd Luwig
Sans me regarder
ma mère me voit
tel un paysage
où elle n’aurait pas grandi
« Tu es l’image
de ton père
dit-elle
en me lavant
comme un mort »
Mes os
radeaux de sauvetage
glissaient dans le sang
Anise Kolz
Kylet Thomson
le ciel
oui
mais creusé
par d’autres mains
que les nôtres
je reviens
comme on vient
la première fois
transi
avec un peu de froid
sur les lèvres
ne sachant
si c’est l’air
plus vif
ou la distance
qui me rend
à moi-même

longtemps
je t’ai porté
comme un ciel
de braise
dans la bouche
tu ne brûlais pas
tu ne tarissais pas
tu éclairais
juste assez
les rues sans visage
la nuit
quand elle gagnait
parfois
sur nos voix

Erwin Olaf
Tu l’as laissée
rider par le vent
qui ensable.
Montagne désormais dans le pré.
Parfois
le vent s’ébruite
à son propos. Il ne sourd
que pour toi.
(On ne dit qu’au matin les pêchers d’avril
pleurent des étincelles de froid.
Il se peut.
Danièle Faugeras
la pie
fait ses pas coupés
comme si le temps venait
à lui manquer
bientôt
la lumière tombera au sol
se brisera
elle perdra ce vert
ensemble
que nous avons tant
aimé

Patxi Laskarai