Approche

 

D’intense oubli

Aux pupilles closes

Ce lent ferment,

Cette variation,

Le jeûne de la vallée

Elle irradie

Nul soleil ne l’illustre

À portée de main,

En silence,

Tel le somnambule

 

François Muir

Olivia Arthur

Rue Vallières

 

le chant des oiseaux

que le soir agite

 

à peine un souffle

pas même une ombre

au-dessous de soi

 

l’heure passe

 

davantage peut-être

il ne fait pas froid mais de côté

des corps graciles

que la voix du poème

disperse

 

Jeremy Smith

Nocturne

 

 

ni ombre

ni trace de pas

tu es seule et

 

tu n’es pas là

 

sur le sol

un éclat de lune

ce qui nous lie si tu regardes

le même ciel que moi

 

après

c’est le silence et

il y a ce qui demeure

en-deçà

(de) La retenue

 

au temps

au regard

à la lumière

 

au jour déjà commencé,

qui devra prendre date

aux mots écrits pour ce jour-là.

 

à la lumière

 

soustraire au sens du fleuve,

au temps,

ce qu’il charrie,

ne pas le regarder couler

s’enfouir sous le vert gazon

qui borde ses rêves.

 

soustraire au cours ma propre voix

le monde à mes yeux

 

ce matin

au temps

au regard

à la lumière.

 

Lucie Taieb

Margherita Premuroso

(de) Quel est ce visage ?

 

à chaque nom

il manque d’être

le nom

chacun fut un début

qui rêva de fonder

le commencement

 

chacun dans ce rêve

s’est couvert d’un visage

floraison du bref

que sa propre brièveté

efface

 

Bernard Noël

Klavdia Balampanidou

(de) Le poids de l’ombre

 

Tu peux m’appeler cygne, ombre

dévoilée. Tu peux m’appeler

draps tissé d’eaux lancinantes,

corne nuptiale.

Je ne suis rien sinon sur ton corps

un éclat

de soleil, de sang ou de sel.

Eugénio de Andrade

Tim Engle

L’art

 

d’écrire des poèmes, disons,

n’est pas une histoire de réussite personnelle

cette surprise

 

Sur le chemin du travail

deux papillons blancs

& du trèfle le long des trottoirs

 

de demander

de vouloir en tirer autant.

 

Paul Blackburn

 

(de) Veillées

 

C’est le repos éclairé, ni fièvre ni langueur, sur le lit ou sur le pré.

C’est l’ami ni ardent ni faible. L’ami.

C’est l’aimée ni tourmentante ni tourmentée. L’aimée.

L’air et le monde point cherchés. La vie.

– Était-ce donc ceci ?

– Et le rêve fraîchit.

 

Arthur Rimbaud

Antoine Henault

 

Trois haïkus de Kazuko Nishimura


Je taille une rose

redressant

sa tige

 

L’azur de mer fonce.

La terre commence

à faner

 

Les gens s’en vont.

Les arbres dépouillés

murmurent-ils

 

Kazuko Nishimura

Clay Maxwell Jordan

 

Si j’étais un arbre

 

et puis revient le jour

d’avant

 

différent

un peu usé peut-être

 

j’ouvre la porte

sans même savoir ce que je veux

je casse le vide de quelques mots

futiles

– il est lundi ou

mardi

 

je fais en sorte de croire

en ce qui n’existe plus

 Cornell Capa