Soleil

 

Carrare là où la campagne donne le marbre

Là où j’ai passé un été

Les alouettes il n’y en avait pas et les serpents ne sortaient pas

Le soleil simplement d’un tapis de prunes bleues est sorti

Puis vers le tapis de prunes bleues s’est incliné

Et l’adolescent dans la rivière attrapa un dauphin

 

Junzaburō Nishiwaki

 

 

(de) Croix et délice

 

A l’égal d’une silhouette connue,

ou mieux inconnue, sans égal

parmi les autres animaux, terre unique

combien j’aimais ton visage fortuit.

 

Sandro Penna

Carlos Ayesta et Guillaume Bression

Esprit fidèle

 

curieux

que nos rêves se croisent

encore sur ce rivage. En dépit

de l’air matinal et du tour indistinct

de nos voix. Peut-être un souffle

prisonnier

 

tv

Carla Sutera Sardo

 

 

André Velter

 

«  Avant de savoir si j’apprécie ou pas le texte que j’ai sous les yeux, j’aime à ce qu’il ne ressemble à rien de connu. Dès qu’un référent se superpose ou reste en filigrane, la lecture perd beaucoup de son intérêt pour moi. On peut bien sûr déceler dans un poème des résonances, des résurgences, des influences, mais ce qui est vraiment décisif, ce sont les sonorités inédites, les alliages de sons et de sens qui n’avaient pas encore été tentés, risqués, expérimentés. » – André Velter

étoile d’amour

 

tes yeux attendent devant ma vie

comme nuits, qui se tendent vers les jours,

et le rêve lourd repose sur elles incréé.

des étoiles étranges regardent fixement vers la terre,

couleur métal avec l’errance de la nostalgie,

avec des bras brûlants qui cherchent l’amour

et dans la fraîcheur n’agrippent que de l’air.

 

Else Lasker-Schüler

Manjari Sharma

Le proche et le lointain

 

Toi

qui tour à tour me regarde,

regarde les nuages,

 

je te sens,

quand tu me regardes, si lointain,

quand tu regardes les nuages, si proche.

 

Gu Cheng

Yolanda del Amo

 

Amer nuage

 

au-dessus

des grandes tours

qui courbent l’échine, un esprit

se consume dans le ciel azur.

Coïncidence

ou non, des poudrins exotiques fusent

à l’aplomb.

 

tv

Landon Spear

Les heures indoues

 

en tourbillon

les premières poussières de l’hiver

sur le faubourg. Aussitôt

Gemini,

 

le serpent d’acier

se resserre, du temps passe et

je m’inquiète : que sommes-nous

ici ? Sous nos yeux

même si je n’suis rien,

 

des sols couverts

de lèpre, des murs aveugles

et de fausses lumières

si j’suis personne,

 

: seul ton rire sous ce tas de pierre

personne

 

tv

 Mattew Gamber

Rêve froid

 

A l’ombre du jardin

Sur la chaise longue

Pendant la sieste

Les vrilles du volubilis ont poussé

Les vrilles ont poussé puis

Ont enlacé ses jambes

Ont rampé sur son cœur

D’un cœur amoureux

Pénétré son nez

Son crane

Y font scintiller mille fleurs

Comme un feu d’artifice

Et alors dans son jardin

Au mois d’août

Une neige fine mais indiscutable

Est tombée

 

Tsesuo Shimizu

Alexis Hobs

 

(de) Le parti pris des choses

 

« Qu’on s’en persuade : il nous a fallu quelques raisons impérieuses pour devenir ou pour rester des poètes. Notre premier mobile fut sans doute le dégoût de ce qui nous oblige à penser et à dire, de ce à quoi notre nature d’homme nous force à prendre part.

Honteux de l’arrangement tel qu’il est des choses, honteux de ces grossiers camions qui passent en nous, de ces usines, manufactures, magasins, théâtres, monuments publics qui constituent bien plus que le décor de notre vie, honteux de cette agitation sordide des hommes non seulement autour de nous, nous avons observé que la Nature autrement puissante que les hommes fait dix fois moins de bruit, et que la nature dans l’homme, je veux dire la raison n’en fait pas du tout. »

Francis Ponge