Eva-Maria



ça tient

à presque rien

un souffle

une syllabe

là où la voix se fend

sans jamais céder

quelque chose

vient

continue

dans la fêlure

comme si le corps

trouvait là

de quoi espérer

Marguerite Bornhauser

Avant la voix



ici commence

le poème

à l’endroit même

où la veille

il n’y avait que vide

et poussière

son visage

n’est pas promis

son nom

écrit nulle part

mais

dans la blancheur

de l’air

quelque chose

avant la voix

appelle

Bertrand Delais

N’attends rien



l’ombre

dans le pli du jour

frôle le mur

la table

puis se répand

comme une eau froide

au fond du lit

je m’allonge

avec elle

sans discuter

le drap attrape

un peu de nuit

le silence

parait plus vaste

que le sommeil

Kathleen Meier

espaces



des maisons

ici

et là se tiennent

fenêtres ouvertes pourquoi

ne se demande

pas un seul

passant

est-ce que je ne saute

pas

dans la vie

des espaces


Eva-Maria Berg

Gerd Luwig

(de) Somnambule du jour



Sans me regarder

ma mère me voit

tel un paysage

où elle n’aurait pas grandi


« Tu es l’image

de ton père

dit-elle

en me lavant

comme un mort »


Mes os

radeaux de sauvetage

glissaient dans le sang


Anise Kolz

Kylet Thomson

Esther



le ciel

oui

mais creusé

par d’autres mains

que les nôtres


je reviens

comme on vient

la première fois

transi

avec un peu de froid

sur les lèvres


ne sachant

si c’est l’air

plus vif

ou la distance

qui me rend

à moi-même

Caroline Dufour

Le même soir



longtemps

je t’ai porté

comme un ciel

de braise

dans la bouche

tu ne brûlais pas

tu ne tarissais pas

tu éclairais

juste assez

les rues sans visage

la nuit

quand elle gagnait

parfois

sur nos voix

Erwin Olaf

Jacques



cette ombre

claire

à l’autre rive

je ne distingue

ni son visage

ni sa voix

elle marche

à mon pas

respire à ma cadence

peut-être

ne sommes-nous

qu’une seule ignorance

une inversion impossible

à éclairer

Eugène Atget

CONGERE TA PAROLE



Tu l’as laissée

rider par le vent

qui ensable.


Montagne désormais dans le pré.


Parfois

le vent s’ébruite

à son propos. Il ne sourd

que pour toi.


(On ne dit qu’au matin les pêchers d’avril

pleurent des étincelles de froid.


Il se peut.


Danièle Faugeras

Vers le soir



la pie

fait ses pas coupés

comme si le temps venait

à lui manquer

bientôt

la lumière tombera au sol

se brisera

elle perdra ce vert

ensemble

que nous avons tant

aimé

Patxi Laskarai