Agony

.

vois l’ombre que

la lune continue

de blanchir

.

qui marche

sur l’été pour trouver

un lieu commun

.

sans cesse la voix

de l’être qui manque

la maison perdue

.

et l’avant

qu’il faudrait fondre pour

épuiser la force

Toshio Okamato

(de) Le Temps au crible

.

C’est derrière la vitre

que tout se joue et se dévoile :

un jardin et sa haie,

un pommier presque en fleurs

et les rumeurs qui bruissent :

tout se joue et s’évanouit

comme le monde à portée de souffle

perdu dans le regard inaccessible

et pourtant si proche

.

Max Alhau

Noah Kalina

La pluie

.

Sa vieille

Âme

Grégaire


Chaque

Goutte

Tombée

Est la masse

D’une autre

Est l’abîme

D’une autre

Comme un miroir

Se regardant

A l’infini

.

Gilbert Trolliet

Skurktur

Vient la nuit

.

assis

sur un banc

le corps enroulé dans la lueur jaune

mollement

jusqu’au chant du dernier oiseau

ailleurs

rien ni personne attend

juste le frisson des feuilles

et la ville qui s’éloigne

dans un silence

à moitié

Margherita Chiarva

Sauf demain

.

les jours partout enquêtent sur l’incident

j’ai l’esprit tranquille

.

le cours d’eau entré au cœur de demain

me quitte, exposition à la lumière

.

je grimpe au sommet du brouillard observe

le clair de lune assailli de doutes

.

pourtant le chemin est là, inéluctable

et le fer des sabots est poème immortel

.

Bei Dao

Louise Bourgeois

(de) Matière solaire

.

Tu pourrais apprendre à la main

un autre art

celui de traverser le verre ;

.

tu pourrais lui apprendre

à creuser la terre

sur laquelle tu suffoques syllabe après syllabe ;

.

et même à devenir eau

là où, à force d’être regardées

les étoiles sont tombées

.

Eugénio de Andrade

Eugénio de Andrade – Portrait de Augusto Gomes

(de) Beaupré

.

je ne sais pas

ce qui m’aurait vraiment aidée

assise (et toujours je t’attends) on s’est dit

ces choses

qu’on oublie

ce n’est déjà plus rien

et moi seule au jardin

qui n’ai fait que t’attendre

.

Eric Sautou

Sarah Jarrett

Écoute

.

je vole dans les nuits

les roses de ta bouche,

afin qu’aucune femelle ne puisse y boire.

Celle qui t’enlace

me dépouille de mes frissons,

ceux que j’avais peint sur tes membres.

je suis la bordure de route

qui t’effleure,

te jette à terre.

Sens-tu ma vie autour

partout

comme un bord lointain ?

.

Else Lasker-Schüle

(Traduction d’Alain Suied)

Armineh Hovanesian

Signe de quoi

.

ce geste épeuré

au bout de sa tige

à s’y méprendre

comme une ronce

qu’un doigt écarte

sur le côté

le froid passe sous

la peau

l’œil se tasse

de l’envers nait

un endroit

la tête sous une épaule

.

il n’y a plus de mot

Robert Van der Hils

(de) la photo d’un génie

.

voici le passant

le chaud du jour sur le mur

le soleil dans la vitre des lunettes

la barbe blanche

le trou dans la joue droite

.

a vécu et a travaillé là

.

les mortels ont les doigts bavards

leurs secrets tombent dans l’œil

les morts serrent les paupières

ils jouissent de ce qu’ils ne savent plus

.

et le cœur attaché aux petites choses

comme l’enfant à ses jouets

une vie

qu’est qu’une vie

.

Bernard Noël

Benoit Courti