Muse / 17


ce long fil

invisible –


pas

le visage

pas la voix


simplement

peut-être

cette façon d’être là


suffit

à ma mémoire

pour que tu restes encore

avec moi

Julian Slagman

Vers Grignan



je marche

dans la saison

qui vient


la lumière

descend

entre les branches


les ombres s’allongent    

sur le chemin


pourtant

elles-mêmes le disent –

ou ce qui

en elles nous ressemble


il faut rentrer

le jour

s’en va sans attendre

Clive Vincent

Le passage



le jour

change de couleur


le temps s’est durci

il fait froid –

l’avais-tu oublié

toi aussi


dehors

les hommes s’affairent


quelques oiseaux traversent

la lumière


je les regarde

passer

jusqu’à ce que

le ciel se referme

Philippe Herbet

(de) Moi la dormante



qui es-tu toi qui tapes sur la porte chaque

matin chaque

soir

si fort que ton corps s’endolorit mais tu

me terrifies dans cette non-volonté de ne plus souffrir.


Anne Barbusse

Bieke Depoorter

Intermède


je lève

les yeux au ciel


quelques nuages

passent au-dessus de nos têtes


ils vont

sans bruit dans le bleu


longtemps

je les regarde


j’attends

qu’un peu de ce mouvement

me traverse

David Amstrong

Le roi nu



le soleil

tient dans la paume

du soir


il emporte

avec lui

le peu de couleur

qui tient encore aux choses


les formes s’effacent

les arbres se confondent


c’est un soir

comme un autre

je suis là

seul


je règne

en ce qui demeure

Ella Bats

Tomas




ces fleurs

sur le rebord –



la lumière

les traverse

comme si le matin

leur appartenait


je reste

un long moment

à les dévisager


quelque chose en moi

se desserre


je respire

sans trop y penser

Bertrand Delais

Muse / 16



dans l’air

tremblé

le jour s’éloigne sans

se retourner


je vous imagine

longeant la rive

le vent derrière vous


la lumière baisse

les arbres reprennent

leur ombre


je suis

ce chien allongé

au moindre bruit

qui lève la tête


j’attends

Jack Davison

(de) Le Cycle des pigeons


Tu vas rêver à la fenêtre

Vivent les toits de Paris sous la pluie

Et les pigeons ?

Mauve à leur cou, gris de la taule


Le fer forgé en arabesques

Amie, les nuages avant Noël

Avant le soir


Je me souviens de ta chambre au septième étage

De ce café soluble au goût fumé

De la petite lampe sur la table


Ariel Spiegler

Dora Mar (vers 1926)

L’Autre rêve


le chemin

pousse à présent

sous mes pas


je vais

sans savoir

la terre avance avec moi


après

le rêve se resserre

les arbres se rapprochent


je m’arrête


quelque chose a déjà eu lieu

mais quoi

Dirk Wüstenhagen