Les heures indoues

 

en tourbillon

les premières poussières de l’hiver

sur le faubourg. Aussitôt

Gemini,

 

le serpent d’acier

se resserre, du temps passe et

je m’inquiète : que sommes-nous

ici ? Sous nos yeux

même si je n’suis rien,

 

des sols couverts

de lèpre, des murs aveugles

et de fausses lumières

si j’suis personne,

 

: seul ton rire sous ce tas de pierre

personne

 

tv

 Mattew Gamber

Rêve froid

 

A l’ombre du jardin

Sur la chaise longue

Pendant la sieste

Les vrilles du volubilis ont poussé

Les vrilles ont poussé puis

Ont enlacé ses jambes

Ont rampé sur son cœur

D’un cœur amoureux

Pénétré son nez

Son crane

Y font scintiller mille fleurs

Comme un feu d’artifice

Et alors dans son jardin

Au mois d’août

Une neige fine mais indiscutable

Est tombée

 

Tsesuo Shimizu

Alexis Hobs

 

(de) Le parti pris des choses

 

« Qu’on s’en persuade : il nous a fallu quelques raisons impérieuses pour devenir ou pour rester des poètes. Notre premier mobile fut sans doute le dégoût de ce qui nous oblige à penser et à dire, de ce à quoi notre nature d’homme nous force à prendre part.

Honteux de l’arrangement tel qu’il est des choses, honteux de ces grossiers camions qui passent en nous, de ces usines, manufactures, magasins, théâtres, monuments publics qui constituent bien plus que le décor de notre vie, honteux de cette agitation sordide des hommes non seulement autour de nous, nous avons observé que la Nature autrement puissante que les hommes fait dix fois moins de bruit, et que la nature dans l’homme, je veux dire la raison n’en fait pas du tout. »

Francis Ponge

 

Octobre blanc

 

livrée

aux quatre vents

la page jadis arrachée

au cahier du jour. De survoler

un instant

le jardin avant de tomber

dans l’eau grise. Surgit

alors l’enfant que j’étais en mille neuf cent

soixante-treize. Le visage maigre et

noyé de pluie. A l’endroit même

où se dressait hier encore

le chèvrefeuille

de Tartarie

 

tv

image-e1448366370628 Albert Louden

 

 

(de) Pavoi du bleu

 

Plus tard, la poussière

assombrira chambres et jardins.

Un seul navire sera debout.

Une seule maison contiendra

la ville et ses ténèbres.

Toupies et bras d’enfants

seront les seuls repères.

 

Jacques Izoard

 Matéo Gomez

 

Lettre à M.

 

des cristaux de gel

assis sur le bord des fenêtres

: la nudité céleste. Ou

un long silence sur un champ

de nacre. L’absence aussi.

Mais pour l’heure

dis-tu, l’œuvre est inutile

car la saison froide est

sans intérêt

 

tv

Jean Baptiste Courtier

 

Un instant

 

Pour aucune vérité du monde
Mais si vous préférez,
pour un petit morceau de silence.
Il y a un moment qui partage en deux la terre.
Quelque temps d’humilité,
quand quelqu’un souffle sur nous.

 

Jan Skacel

 Alex Veledzimovich

(de) Paterson

 

Le feu brûle ; c’est la première loi.

Quand le vent l’attise, ses flammes

 

s’étendent autour. La parole

attise les flammes. Tout a été combiné

 

pour qu’écrire vous

consume, et pas seulement de l’intérieur.

 

En soi, écrire n’est rien , se mettre

en condition d’écrire ( c’est là

 

qu’on est possédé) équivaut à résoudre  90 %

du problème : par la séduction

 

ou la force des bras. L’écriture

devrait nous libérer, nous

 

libérer de ce qui, tandis

que nous progressons, devient un feu,

 

un feu destructeur. Car l’écriture

vous agresse aussi, et il faut

 

trouver le moyen de la neutraliser – si possible

à la racine.  C’est pourquoi,

 

pour écrire, faut-il avant tout (à 90 %)

vivre.

 

William Carlos William

 

Le même visage

 

le visage du poète
est ouvert plein de silence

 

toujours le même visage
et pourtant tout à fait autre

 

du mur
me regarde
un masque

 

d’un œil
dur
et vide

 

Tadeusz Rozewicz

T. Maxwell Wagner

L’ordre

 

Je mets beaucoup d’ordre dans mes idées.

Ça ne va pas tout seul :

Il y a des idées qui ne supportent pas l’ordre

Et qui préfèrent crever.

À la fin j’arrive à avoir beaucoup d’ordre,

Et presque plus d’idées.

 

Géo Norge

Jean Dubuffet