je fouille
sans précaution
dans l’angle mort
de l’absence
j’y trouve
une mer encore vive
l’errance
comme l’élan soudain
le gisant
d’une langue lasse
et des pans de lumière
sans halo

Francesca Woodman
je fouille
sans précaution
dans l’angle mort
de l’absence
j’y trouve
une mer encore vive
l’errance
comme l’élan soudain
le gisant
d’une langue lasse
et des pans de lumière
sans halo

Francesca Woodman
tes yeux
ouvrent une forêt
dans la nuit
je m’y guide
lové
dans le pli de ta voix
c’est un frisson
un feu discret
presque rien –
le désir
que jamais la lumière
ne revienne

Lou Tsatas
Espace. Grande attente.
Nul ne vient. Cette ombre.
Lui donner comme ils font tous :
des significations sombres,
non effarées.
Espace. Silence ardent.
Que se donnent-elles entre elles les ombres ?
Alejandra Pizarnik
Trent Parke
Profond dans la
roche qui
fossilise –
plus là –
le vent continue de bouger,
les orignaux poursuivent leur chemin,
les oiseaux atterrissent, et s’en vont –
nuages, brouillard, jours ensoleillés –
tout s’enfonce lentement
dans la pierre –
vient le jour et nous avons disparu
(plus visibles –
– plus durs et plus bas –)
Gary Lawless
Florence Monmare
la lumière
affleurant le mur
je me tourne
sur le côté
je cède
au silence
l’absence revient
je devais songer
pourtant
tout était là
sous mes yeux
intègre
presque entier
même le poème
dans la chambre
obscure
semblait respirer

Jack Davison
le vent passe
encore chaud
il laisse
sur la peau
une trace
aussi légère qu’un jour
amoureux
moi ?
je ne cherche rien
je regarde
le mouvement des choses
je reprends la lenteur
oubliée

George Kamelakis
Simplement cette mare à l’odeur resserrée.
J’avance au bord des mots
jusqu’en ce petit corps à la narine large,
complice de la terre.
Voisine des racines,
la surface n’a rien du miroir.
Ce qui descend demeure.
Sabine Dewulf
Emeline Blanquet
le monde
se déplie
là
où nos corps
ne pèsent presque
plus
un voile
un passage d’air
le jour hésite
le silence
est bien plus lumineux
que tout
ce qui nous est acquis

Jean Michel André
le cœur
change de rive
il ne serre plus
s’éloigne
il écoute la rumeur
des herbes
le vent clair
l’oiseau qui crie
il sait
désormais
qu’un passage
existe

Bruno Fert