Au cinquième temps

.

qui

sur un mot erre

et sitôt de s’ouvrir à

l’évidence

.

puis

la rue et le froid

des visages par accès

qui n’en sont pas

.

être ou n’être

que le souvenir de l’autre

pencher un peu plus

vers le bas

Caroline Dufour

Le Pont

.

Et tout en bas l’Inn avec son eau et l’enfant qui

court sur le pont couvert

et s’arrête près d’une des petites ouvertures.

Alors le pont se met lentement en mouvement,

puis toujours plus vite, il s’en va lui-aussi avec l’eau

de l’Inn vers la grande courbe, et après

la courbe, c’est la mer.

Quelqu’un appelle, l’enfant se retourne,

le pont s’arrête et revient aussitôt à sa place.

Seule l’Inn poursuit son cours.

.

Rut Plouda

Erich Heckel

Enfant

.

Ton œil clair seul est d’absolue beauté

Je veux y couler des coqs, des couleurs,

Toute une jonglerie clinquante

.

Dont tu médites les syllabes –

Calumet, jonquille,

Minuscule

.

Plant sans ride

Mare où les images

Devraient se parer de grandeur classique

.

Non pas ce trouble,

Ces mains tordues, ce noir

Plafond sans étoile.

.

Sylvia Plath

Samson Chen

Je te reconnais

.

Je te reconnais

visage affolé

buée sur la vitre

.

dehors je ne sais pas

mais dedans

tu cries

.

me diras-tu ta vie ?

cela t’aidera-t-il ?

aimer peut-il aider ?

.

je suis là maintenant

je revis avec toi

tu peux avec moi – revivre

.

Frédéric Worms

Deux langues de feu

.

Vous avez laissé dans mes yeux

une étoile obscure,

l’odeur des hivers

entre les pages éteintes

de mes vieux cahiers.

Moi, j’ai vécu au cœur

de votre ciel ardent,

brulant comme vous

ma vie pour rien.

.

Léonardo Sinisgalli

Danielle Jacqui

Et c’est miracle

.

doux

est l’instant

où nous pouvons

nous voir les yeux fermés

car plus haut

que le mot donné

ou la chose qui s’organise

la force invisible qui nous

détient

. Florent van Roeckel

(de) Récits des images

.

Je rêve de pleurs et de froid

J’écoute

Le gel couvrir la neige

Et le matin

Est lenteur de plantes,

Immobilité de la ténèbres.

Qui loge dans ma maison

Sinon le murmure

Et la foudre ?

Aujourd’hui je m’appelle poussière.

Je suis habillé

Par des losanges, des yeux.

Je regarde mes paumes

Et Quelqu’un me fixe

Qui ne dit mot.

.

Pierre Dalle Nogare

Jordi Ruiz Cicera

Les visiteurs

.

dès le jour éteint

les voix réclament

les choses

naguère enfouies là

et de venir

en plus grand nombre

si disent-elles

les choses

je ne les dis pas

Ted Gordon

(de) L’arbre à poème

.

Laver son cœur

Le faire sécher

le repasser

le suspendre sur un cintre

Ne pas le replacer tout de suite

dans sa cage

Attendre

la clé charnelle de la vision

l’impossible retour

le dénouement de l’éternité

.

Abdellatif Laabi

Thom Corbishley

Sans titre

.

celui qui veille ne voit pas l’entrée

de la nuit, une rupture

dans l’histoire, une étoile

l’étoile dans le sommeil, dans le souffle, exactement

hors de portée

.

Hanne Bramnes

Léonard Tsuguharu Fujita