(de) Le jour se tait



Nous froissons

un murmure

sans y prêter

plus d’attention

encore un pas

doucement


pour se laisser

soulever

jusqu’aux feuilles


s’approcher

de l’éternité


Anne-Lise Blanchard

Olivier Debré

André


un peu de ciel

entre les branches

une odeur

de terre mouillée –


le jour qui vient

déjà baigne

dans sa propre clarté


une grive

s’envole

de derrière un bosquet

une autre suit


le cœur en oublie presque

de réclamer

Georges Kamelakis

Marguerite



il arrive

parfois

que le vent renonce

avant la voile


alors la mer

recueille

en silence

ce qui n’a pas lieu


et rien

dis-tu

ne s’en plaint

(L’hôtel des roches noires)

Imminence




le vent d’orage

feuillette

l’arbre qui tremble



du gris

entre les branche


une ombre traverse

soudain –


cet oiseau

nerveux

qui frôle les regards

Léonard Bourgois-Beaulieu

La sorcière



Tout le monde sait que je disparais

sauf toi.

Je dors à tes côtés, et la nuit je sors

du lit en laissant mes jambes près de toi.

Ce qui est sûr, c’est que je disparais

mais avec toi

(du moins laisse-moi le croire !)

Je suis la perle qui créée son âme rugueuse

et triste.


Carmen Boullosa

Hajime Kimura

Lisière



cette lueur

jaune

sous la porte –


peut-être

une âme en peine

peut-être un trouble

du sommeil

peut-être rien


la lueur

soudain s’éloigne


qui sait

ce que le cœur invente

ou reconnait

Kyle Tomson

Le verre



à la manière

dont tu tiens ton verre

je sais

que tout est déjà dit 


la nuit jette

des éclats de lune par-dessus

la terrasse


dans l’ombre

court le bruit d’un moteur

le vent faiblit


nous ne serons

rien de plus

Adèle Berthelin

Bei


sur le clavier

des heures

une note

demeure à mon insu

elle éclaire

un endroit que le cœur

n’atteint pas

dehors

un merle appelle le jour

je vis –

sais-tu

comme si rien

ne manquait

Hajime Kimura

Ô vent de l’ouest



Un monde autour d’elle comme une ombre

Elle déplace une chaise.

Quelque chose se crée –

Se prépare

Clair devant elle comme en plein air

L’espace qu’une femme engendre et emplit

Après toutes ces années

J’écris encore

Naturellement, sur ton visage

Tes grands et beaux

Yeux bleus

À travers l’ensemble de ma vision mais l’éclat de la chair

Les yeux bleus

Dans les itinéraires souterrains, dans les pluies fines

Les profils.


Georges Oppen

Lee Miller

Nuit close


dans sa chute

la lampe découpe

une ombre claire

contre le mur


la chambre vacille


un visage

peut-être


ou le souvenir

d’un visage revient 

sur mes lèvres

Nia Diedl