dans sa chute
la lampe découpe
une ombre claire
contre le mur
la chambre
vacille
un visage
peut-être
ou le souvenir
d’un visage
soulève
ma bouche
Nia Diedl
dans sa chute
la lampe découpe
une ombre claire
contre le mur
la chambre
vacille
un visage
peut-être
ou le souvenir
d’un visage
soulève
ma bouche
Nia Diedl
un nom
cède
dans le heurt du jour
âpre
presque un cri
ce nom
me prend la bouche
comme si la nuit remontait
soudain
jusqu’aux lèvres

Francesca Woodman
puisque
le ciel s’éloigne
sans attendre
je laisse à la nuit
ce qui reste
de mémoire
qu’elle en fasse
ce qu’elle veut
des chemins d’ombres
sous de vieux chênes
ou des traits de lumière
au besoin
qui pourraient
traverser le fond
des rêves

Alexandre Silberman
J’ai grandi avec l’espace
Les voix sont simples
Parfois j’emprunterais
Les mots des poètes
Tu es là
Je suis là
C’est chez toi
Que tu me fais
Entendre la terre
Joséphine Bacon
Jean Paul Riopelle
parfois
j’entends la nuit
respirer
dans le coin nu
de la chambre –
peut-être
n’est-ce qu’
une ombre éteinte
un silence
ouvert
ou mal refermé

Shuji Takashi
Comment quitter le lac ?
Comment trouver un élément plus ferme
auquel s’accorder ?
On avait travaillé une route au cœur des nuits
froides. On avait élu domicile aux antipodes.
Le moteur tournait, mais la voiture ne quittait
jamais le lieu, des sapins avaient poussé dans
l’habitacle. Le lac persistait derrière la vitre,
avec son charme de premier abri.
Anna Milani
Yves Lacroix
ici
commence
le poème
là même
où la veille
il n’y avait que
poussière et miettes
nul visage
ne lui est promis
aucun nom
n’est écrit
mais dans la blancheur
de l’air
quelque chose
avant la voix
appelle

Bertrand Delais
l’ombre
dans le pli du jour
frôle le mur
la table
puis se répand
comme une eau froide
au fond du lit
je m’allonge
avec elle
sans rien dire
le drap attrape
un peu de nuit
le silence
semble toujours plus vaste
que le sommeil

Kathleen Meier