Au matin

 

une échelle de cordes jetée

du firmament

des rhizomes à foison

sous l’écorce

tiède

la terre qui fleure le sel

et l’agrume

deux soleils pareils

dans un ciel parfaitement

bleu

 

et ce vieil indien

allongé sous un pommier

en fleur ?

 

tv

Mathias Valewink

de Basho

 

Neige sur neige

Ah cette lumière de décembre,

celle de la lune claire.

.                *

La mer sombre dans la nuit –

les cris des canards

vaguement blancs.

.                *

Jour de l’an –

En y réfléchissant

triste comme un soir d’automne.

 

Basho

Hiroshige

J’ai vu un arbre

 

J’ai vu un arbre

Plus grand que tous les autres,

Plein de pommes de pin inaccessibles ;

J’ai vu une grande église

Aux portes ouvertes

Tous ceux qui en sortaient étaient pâles, forts et prêts pour mourir.

J’ai vu une femme maquillée, souriante

Elle jouait son bonheur au sort

j’ai vu qu’elle avait perdu.

Il y avait un cercle

que personne ne dépassait.

 

Edith Södergran

Jonathan Waiter

 

 

Jim Jarmusch

« Je suis très attaché à l’idée que nous ne parlions pas tous la même langue. Non pas pour des questions d’appartenance ou d’enracinement, mais pour la richesse qui en découle. Quand j’étais étudiant à Paris, je me souviens avoir demandé à un ami de me traduire les poèmes de Mallarmé, et la version qu’il en donnait était délirante. Les images changeaient. Il trouvait des équivalences bizarres et ça créait une langue magnifique. C’est ce que j’aime dans la poésie : elle est difficilement traduisible. »

Jim JarmuschEntretien avec Laurent Rigoulet

La pierre

 

Le lieu prend le nom de la pierre

 

la pierre porte le nom de la montagne
à moitié chauve au loin

 

la pierre ne se voit pas
au-dedans de la pierre

 

sous elle
se cache une forme d’enfant
tenant bâton, oiseau, balle.

 

Je tire des histoires par la manche

 

« Maintenant je n’appartiens qu’au soleil ».

 

Moi aussi, comme toi, je

sais à présent :

 

« Il faut des ailes pour atteindre le proche »

 

Israël Eliraz

Rob Amberg

Après le pas

.

ici l’heure

ne garde

ni s’égare

 

ici l’herbe

se repose

des ruines

 

que j’arrive

ou que je

parte

 

rien ne se

modifie

 

ne change

l’éternité

 

(in « Après le pas »)

Sylvia Baron Supervielle

Patricia Cartereau

Calme du soir

.

Sens comme est proche la Réalité.
Elle respire tout près d’ici
dans les soirs sans vent.
Elle se montre peut-être quand nul ne le croit.

Le soleil glisse sur les herbes et les roches.
Dans son jeu silencieux
se cache l’esprit de vie.
Jamais il ne fut si proche que ce soir.

J’ai rencontré un étranger qui se taisait
Si j’avais tendu la main
J’eusse effleuré son âme
Quand nos pas timides se sont croisés.

.

Karin Boye

Zhang Kechun

Où es-tu ?

 

Où es-tu :

Qui ?

Sous la lampe, entourée de noir, je te dispose :

En deux dimensions.

Du noir tombe

Sous les ongles, comme une poussière :

Image sans épaisseur, voix sans épaisseur

La terre

Qui te frotte

Le monde

Dont plus rien ne te sépare

Sous la lampe. dans la nuit. entourée de noir. contre

la porte.

 

Jacques Roubaud

 Christina Coral

 

 

XXXIII

 

J’ai entendu

Un cri de coq

Dans une feuille

Que j’ai froissée.

Je me suis penché

J’ai vu que la feuille

Avait une forme de crête.

 

Malcom de Chazal

 Len Jessome

 

 

Une vie comme ça

 

l’espace

empli d’une lumière

allusive

des fleurs éternelles et

trois cailloux repris

à la rivière

 

le sol jonché

de pareils résidus et

rien d’autre

 

 

 

si

le soir

cette enfant qui colle

le front à la vitre avant d’établir

le néant.

 

© Jacques Bonenfant

Maria Svatbova