(de) Seconde nature

 

Tristesse aux flots de pierre.

 

Des lames poignardent des lames

Des vitres cassent des vitres

Des lampes éteignent des lampes

 

Tant de liens brisés.

 

La flèche et la blessure

L’œil et la lumière

L’ascension et la tête.

 

Invisible dans le silence.

 

Paul Eluard

Alexandra Serrano

 

 

(de) La vraie gloire est ici

 

Midi silence.

Me foudroyant

Au cœur des champs,

 

Un cri,

 

Chu de l’azur,

De ton haut vol

Qui loue et fête,

 

Alouette !

 

François Cheng

 Jean Fautrier

 

 

Sans titre

 

je ne peux voir

la vie secrète des poissons rouges dans l’eau claire du bassin

tous mes efforts pour traverser le miroir

sont restés vains

.

un cheval sur l’antique toit

est soudain retenu par la bride

je tourne au coin de la rue

sur la route du village la poussière

cache le ciel

 

Bei Dao

image-e1448366370628 Kourtney Roy

Léonard Cohen

 

 » Chaque poème qui vous touche est comme un appel qui nécessite une réponse. On veut y répondre avec sa propre histoire. Les romans avaient tendance à me rendre silencieux : vous vivez avec un roman pendant tout un moment , vous devenez vous-même le roman. Je n’ai jamais éprouvé le besoin de répondre à un roman. Mais dans les poèmes, cette distillation du langage, cette espèce de rapidité et d’agilité coïncidait avec quelque chose de ma propre nature, de mon esprit.  »

.

Léonard Cohen (in « Les Inrocks, 10 ans, l’album »)

 

Cross street

.

Curieux

ces deux maisons

si proches l’une

de l’autre. A peine

une ombre entre les murs

passerait. De l’inversion

:  vivre au bord de l’abime

si près l’un de l’autre et

répartir l’habitude

pour se fondre

dans le vide

attenant

.

tv

 Liu Bolin

Au matin

 

une échelle de cordes jetée

du firmament

des rhizomes à foison

sous l’écorce

tiède

la terre qui fleure le sel

et l’agrume

deux soleils pareils

dans un ciel entièrement

bleu

 

et ce vieil indien

allongé sous un pommier

en fleur ?

 

tv

Mathias Valewink

de Basho

 

Neige sur neige

Ah cette lumière de décembre,

celle de la lune claire.

.                *

La mer sombre dans la nuit –

les cris des canards

vaguement blancs.

.                *

Jour de l’an –

En y réfléchissant

triste comme un soir d’automne.

 

Basho

Hiroshige

J’ai vu un arbre

 

J’ai vu un arbre

Plus grand que tous les autres,

Plein de pommes de pin inaccessibles ;

J’ai vu une grande église

Aux portes ouvertes

Tous ceux qui en sortaient étaient pâles, forts et prêts pour mourir.

J’ai vu une femme maquillée, souriante

Elle jouait son bonheur au sort

j’ai vu qu’elle avait perdu.

Il y avait un cercle

que personne ne dépassait.

 

Edith Södergran

Jonathan Waiter

 

 

Jim Jarmusch

« Je suis très attaché à l’idée que nous ne parlions pas tous la même langue. Non pas pour des questions d’appartenance ou d’enracinement, mais pour la richesse qui en découle. Quand j’étais étudiant à Paris, je me souviens avoir demandé à un ami de me traduire les poèmes de Mallarmé, et la version qu’il en donnait était délirante. Les images changeaient. Il trouvait des équivalences bizarres et ça créait une langue magnifique. C’est ce que j’aime dans la poésie : elle est difficilement traduisible. »

Jim JarmuschEntretien avec Laurent Rigoulet

La pierre

 

Le lieu prend le nom de la pierre

 

la pierre porte le nom de la montagne
à moitié chauve au loin

 

la pierre ne se voit pas
au-dedans de la pierre

 

sous elle
se cache une forme d’enfant
tenant bâton, oiseau, balle.

 

Je tire des histoires par la manche

 

« Maintenant je n’appartiens qu’au soleil ».

 

Moi aussi, comme toi, je

sais à présent :

 

« Il faut des ailes pour atteindre le proche »

 

Israël Eliraz

Rob Amberg