michel-berberian

Sur le quai

 

ce doux profil

sous la lueur froide

d’une lanterne

: on dirait le motif

d’un poisson couché

sur la porcelaine.

J’étire le cou

pour découvrir l’oreille

mais sous ses mèches

de cheveux rouges

un puits rempli de mots

inconnus.

©  tv

Image Michel Berberian

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Reflexion

« La poésie est l’effet d’un certain besoin de faire, de réaliser avec les mots l’idée que l’on a eu de quelque chose. Il faut donc que l’imagination ait une idée vive et forte, quoique d’abord imparfaite et confuse, de l’objet qu’elle se propose de réaliser. Il faut en plus que notre sensibilité ait été placée à l’égard de cet objet dans un état de désir, que notre activité ait été provoquée par mille touches éparses et qu’elle soit pour ainsi dire, mise en demeure de répondre à l’impression par l’expression. »

Paul Claudel – Réflexions sur la poésie

mathurin-meheut

Sans titre

 

Cette porte, ce jour,

L’année dernière, ton visage rougissant,

Et les visages rougissants

Des fleurs de pécher

Reflétant

Le tien.

Cette porte, ce jour

cette année, où est-tu

Toi, dans les fleurs de pécher ?

Les fleurs de pécher encore

ici riant

A la base du printemps.

 

Cui Hu (dynastie des Tang – 618/907)

Image Mathurin Meheut

jesse-reno

Retour de promenade

 

Assassiné par le ciel,

entre les formes qui vont vers le serpent
et les formes qui cherchent le cristal,
je laisserai mes cheveux pousser.

Avec l’arbre à moignons qui ne chante pas
et l’enfant au blanc visage d’oeuf.

Avec les bestioles à la tête brisée
et l’eau haillonneuse aux pieds secs.

Avec tout ce qui est fatigue sourde-muette
et papillon noyé dans l’encrier.

Me heurtant à mon visage différent de chaque jour.
Assassiné par le ciel !

 

Frédérico Gabriel Lorca

ImageJesse Reno

dinard

lento

 

le jour abandonné

a été rejeté sur la plage

 

de petites araignées travaillent sur le sable fin

sable fin autour du bateau abandonné

 

entre le métier

qui tisse les vagues

 

et sur le sable l’araignée

dont l’ombre est le seul compagnon

 

: le voilier à l’abandon

le jour à l’abandon

.

épaves recouvrant notre rivage à tous

Tomas Transtromer

Image Expo « Dinard, l’amour atomique »

foor-tree-egon-schiele

La saison froide

pressées l’une

à l’autre

nos chairs nues

sur un tapis de laine

la pulpe d’un doigt

qui court sur une peau blême

puis un souffle puis

une légère pression

de l’abdomen

Matin d’amour

deux petites cuillères

rangées au fond

d’un tiroir.

©  tv

Image Four trees – Egon Schiele (1917)

chagall

Niji Fuyuno

Je ne sais les yeux de qui dessinaient cette courbe-là

sur ma véranda

il y avait le filet éphémère de la lueur du soir

 

Niji Fuyuno

Image Marc Chagall

mel-bochner_03

Lapidaires

Lapidaires pour user

pour résister.

Lapidaires et fermés

enclos sur eux-mêmes

secrets

serrés

pour s’opposer à la brisure

pour retenir l’implosion.

Plus subtils qu’un souffle

qu’un frisson de l’ange

impuissant à nous apaiser,

les mots.

Au-dedans

la densité

le poids

l’obscur qui cerne

la marée obsédante.

Au-dedans

poussières

espace émietté

rêves disjoints

discordants.

Nostalgie infinie

d’un creux encore tiède

d’un rire          sous l’écorce

broyé.

Nostalgie d’une voix

multiple           proche

coléreuse.

Agnès Schnell

Mel Bochner

« L'Arbre aux échelles » de François Méchain

L’arbre

 

Cet arbre et son frémissement

forêt sombre d’appels,

de cris,

mange le cœur obscur de la nuit.

Vinaigre et lait, le ciel, la mer,

la masse épaisse du firmament,

tout conspire à ce tremblement

qui gite au cœur de l’ombre.

Un cœur qui crève, un astre dur

qui se dédouble et fuse au ciel,

le ciel limpide qui se fend

à l’appel du soleil sonnant,

font le même bruit, font le même bruit,

que la nuit et l’arbre au centre du vent

 

Antonin Artaud

Image « L’Arbre aux échelles » de François Méchain

Takashi Shūji

Aelita

un carré de soie

autour des cheveux

l’épaule basse

elle serre dans sa main

ce petit bout de papier plié

quatre fois sur lui-même.

Au milieu de femmes

rendues elles-aussi

à la prière, vers un dieu

qui entretient

pareillement son âme

et la mienne.

©  tv

Image Takashi Shūji