dubuffet

Épreuve du visage

Qui

Se tient

Derrière le pelage du monde ?

 

Quel visage au front nu

Se détourne des rôles

 

Ses yeux inversant les images

Sa bouche éconduisant les rumeurs ?

 

Quel visage

Veillant par-delà sa vue

Nous restitue

Visage ?

 

Quel visage

Surgi du fond des nôtres

Ancré dans l’argile

S’offre à l’horizon ?

 

Andrée Chedid

ImageJean Dubuffet – Vicissitudes

A visitor looks at "The Key in the Hand" a piece of art by Japanese artist Chiharu Shiota presented at Japan's pavilion during the 56th International Art Exhibition (Biennale d'Arte) titled "All the World’s Futures" on May 5, 2015 in Venice. AFP PHOTO / GABRIEL BOUYS
== RESTRICTED TO EDITORIAL USE, MANDATORY MENTION OF THE ARTIST TO ILLUSTRATE THE EVENT AS SPECIFIED IN THE CAPTION ===

La voix

 

Voix toute amenuisée

qui ne se résigne pas au silence

elle n’ébrèche pas les zones

où pèsent les Puissances

elle ne distrait pas même

du froid, du mal de tête

si elle grince c’est pour elle :

dehors on ne l’entend pas

sans cesse elle parle

d’un monde à l’envers

qu’elle ne peut dire

qu’on ne voit pas.

 

Paul de Roux

Image  http://www.chiharu-shiota.com/en/

moebius

Vu d’ici,

 

la terre parait endormie. Reste

une sorte de pavement polychrome

balayé par le vent. Avec de longs fils de soie

sur lesquels flânent de petites chiures dorées.

Et ce carré blanc à l’orée du village ?

Sans doute le cimetière.

 

©  tv

Image Moebius (alias Jean Giraud)

028

Yosano Tekkan

yeux fixés

sur le cou d’un chameau

qui se tient immobile

moi aussi j’attends tranquillement

l’approche de mon heure

 

Yosano Tekkan

Image Miro

yoko_ogawa

Yoko Ogawa

 » Je suis quelqu’un de solitaire et je suis aussi quelqu’un qui n’essaie pas d’échapper à la solitude. Je plonge silencieusement dans ma solitude et je l’accepte en conversant avec elle. Je pense qu’au final nous sommes tous solitaires. On essaie de s’exprimer, on essaie de remplir sa vie avec des activités variés, des interactions sociales, de se mettre au centre de la société, mais enfin, tout cela a pour but d’échapper à la solitude… »

Yoko Ogawa

 

http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=1&srid=140&ida=15652

oiseau jaune Braque

Pour mourir

Un sou trop neuf qui roule dans l’ornière ou le soleil couchant. Maintenant, le ruisseau borde la route longue et la clarté secrète sursaute au carrefour en croix.

Les arbres étendent l’ombre. On entend que leur voix. Le feu s’éteint. Trop loin pour qu’on s’arrête. Il ne passera plus personne. La campagne est muette. Les pierres sèches. Un mur détruit. Le silence reprend. Un oiseau s’enfonce dans l’herbe pour mourir.

Pierre Reverdy

Image L’oiseau jaune – Georges Braque

 

yves-bonnefoy

Yves Bonnefoy

« Écrire, en poésie, disons plutôt en direction de la poésie, c’est assurément tenter de forcer sa voie vers l’immédiat dans la chose, vers ce que j’appelle la présence, et cela prend et reprend sans cesse, ou devrait sans cesse reprendre, l’aspect d’une sorte de théologie négative : celle-ci est la déconstruction des représentations dont sont faites nos idées du monde et des autres, conceptuelles et donc abstraites et réductrices. Ce négatif est le début de la poésie et quand quelqu’un est parvenu en ce point, réellement, c’est parce que depuis un moment déjà, il a fait de ce travail sa grande entreprise, abandonnant les affirmations naïves de son lyrisme d’adolescent pour entrer ainsi dans les mots par en dessous du réseau de leur signification, au risque d’ailleurs de ne rien dire au sens habituel du mot dire ».

Yves Bonnefoy – in « L’inachevable ».