Où es-tu ?

 

Où es-tu :

Qui ?

Sous la lampe, entourée de noir, je te dispose :

En deux dimensions.

Du noir tombe

Sous les ongles, comme une poussière :

Image sans épaisseur, voix sans épaisseur

La terre

Qui te frotte

Le monde

Dont plus rien ne te sépare

Sous la lampe. dans la nuit. entourée de noir. contre

la porte.

 

Jacques Roubaud

 Christina Coral

 

 

XXXIII

 

J’ai entendu

Un cri de coq

Dans une feuille

Que j’ai froissée.

Je me suis penché

J’ai vu que la feuille

Avait une forme de crête.

 

Malcom de Chazal

 Len Jessome

 

 

Une vie comme ça

 

l’espace

empli d’une lumière

allusive

des fleurs éternelles et

trois cailloux repris

à la rivière

 

le sol jonché

de pareils résidus et

rien d’autre

 

 

 

si

le soir

cette enfant qui colle

le front à la vitre avant d’établir

le néant.

 

© tv

 Maria Svarbova

 

 

(de) L’oiseau

.

Volant ainsi

Dans un ciel voilé

On finit par ne plus discerner les pays lointains

Qu’on croyait bien connaître

Par ne plus discerner les bois flottés dérivant au loin.

Leur moitié sèche

Leur moitié humide

L’une comme l’autre

On ne peut plus les distinguer.

Ni les haies vives des haies lointaines.

Ni les ciels lointains.

Ni les cœurs lointains.

Et à force

De ne plus rien distinguer,

Je me retrouve à voler

dans un miroir volé.

.

Yasumizu Toshikazu (extrait de l’oiseau)

David Stewart

 

 

Préface

.

« Donc il est entendu que nous ne lirons plus de poésie. Certains en écrivent encore de pleines pages, mais quant à les lire, non merci ! Celle qui émane de tout autre que soi est illisible, ennuyeuse, incompréhensible. Il en va de la poésie comme des grand-mères : la mienne est une dame douce et charmante mais les vôtres sont des sorcières à moustaches, tout à fait revêches et rebutantes.

Le poète d’aujourd’hui lit encore (un peu) ses pairs ; c’est l’amère condition pour être lu par eux (un peu) à son tour. Mais la désaffection plus vaste des lecteurs épris de littérature semble définitive et sans recours. Rimbaud reste notre héros, nous affirmons encore volontiers que la poésie est l’expression la plus haute la plus du génie humain, la plus belle incarnation du verbe : de là à mettre  le nez dans un de ces recueils abscons, il y a un gouffre. »

Eric Chevillard – Préface de « Etude de l’objet » de Zbigniew Herbert

 

Autoportrait à six ans

.

Une vitre séparait le mont Altamirano

de mes mains.

Une porte tenait éloignée la salle de classe

de l’escalier qui se précipitait vers le village.

Tous désiraient participer à la classe d’espagnol :

le moineau, les pierres, le frêne et l’azur du ciel.

Mon crayon dessinait la maitresse campagnarde :

sa robe râpée, ses chaussures béantes.

J’apprenais à lire comme on apprend à être  :

toi, moi, frère, l’ombre sur le mur.

.

Homero Aridjis

Annelie Vandendael

 

Rien de beau

.

Rien de beau

des planches de la peinture

des clous de la colle

de la ficelle du papier

 

monsieur l’artiste

bâtit le monde

non d’atomes

mais de résidus

 

la foret d’ardenne

avec un parasol

la mer ionienne

avec de l’encre

 

il suffit

d’une mine fière

il suffit d’une main sûre

 

– et déjà le monde –

 

sur les épingles d’herbes

les crochets de fleurs

les nuages de fil de fer

étirés par le vent

 

Zbigniew Herbert

Tadeuz Rolke

 

Simple

.

Une trouée dans les nuages. Le contour

bleu des montagnes.

Le jaune sombre des champs.

La rivière noire. Que fais-je ici

seul et plein de remords ?

.

Je continue de manger distraitement

les framboises. Si j’étais mort,

ça me fait penser, je ne

les mangerais pas. Ce n’est pas si simple.

C’est aussi simple.

.

Raymond Carver

Len Jamesson

Nuit

.

Ne sais où aller

ici ou là

singuliers tournants dénudés

suffit de courir !

tenir mes tresses de nuit tombée

pellicules et eau de Cologne

rose allumette brûlée de la cire

création sincère en sillons de cheveux

la nuit dénoue ses bagages

de blancs et noirs

arrêter de jeter son avenir

 

 

.

Alejandra Pizarnik

 Montague Fendt

 

Le jour d’après

.

ce jour

est un paysage perdu

dans la brume.

Pourtant

une chambre vivait ici et

dans cette chambre

un jour,  j’ai crié

: il pousse là

de si belles fleurs.

.

© tv

Yota Yioshida