Seuil absolu

au bord du jour

quelque chose attend

peut-être

que je m’en aille


que je fasse un pas

puis un autre


jusqu’à ne plus savoir

ce qui demeure

derrière


ni pourquoi

je nous regarde encore

si longtemps après

Caroline Dufour

L’arche




assis

sur le pont arrière

nous attendons

que le bateau bouge


autour de nous

des gens seuls

des couples taiseux

quelques familles

désargentées


ce chien

dont la tête dépasse

d’un sac à main


une sirène

sur un siège

que personne ne semble

remarquer

André Lichtenberg

Lettre à M.


tu parles

de la neige qui tombe

depuis deux jours


de la rue qui a disparu

des voitures

pareilles

à des ombres blanches


tu parles

du petit chien qui enfonce

dans le jardin


du froid

à travers la vitre

d’une porte

qui ne ferme plus


ta voix vient de loin


j’essaye de savoir

si tu vas bien

Elene Shengelia

Rue a disparu


sur le sentier

qui monte au ciel

le cœur battant

je vous attends


le jour se retire


à voix basse

je vous appelle –

avez-vous perdu

le chemin

Mark Power

Drôle de vie tout de même



c’est

toujours après

que la lumière

manque


après la porte

fermée


la voix tue


la main

qui lâche prise


après l’attente

du jour

qui ne reviendra pas

Caroline Dufour

Incidence



ce qui

tient encore

dans le blanc de la page

ce sont les choses

d’avant


ces choses

que je n’ai su défendre

ni reconnaître

quand elles étaient là


leur silence

encore quand j’écris

Chloe Meynier

Une vie sans fin



suis les bêtes

qui traversent dans le rêve

du matin


derrière elles

les prés d’or

la blancheur des nuages


les sentiers lents

que le soleil dépasse


dans l’herbe mouillée

ce bâton de noisetier

avec lequel tu marchais

enfant

Aaron Canipe

Cela et autre chose



flocons de brume

lentement

sur le trottoir encore tiède


les corps disparaissent

comme si

le jour les avait rêvés


je voudrais

n’avoir plus rien d’autre

à écrire


partir

comme si moi-aussi

je pouvais m’eveiller

Hülya Cömert

Ce que j’en sais



le temps fait

suer l’os


il ne restait rien

tout semblait enfoui

au plus profond


mais il a suffi

de ce mot surpris


pour que la mémoire

se soulève et rende au jour

la vie passée

Bharat Sikka

Ni l’un ni l’autre



un visage

attend dans le silence

de la maison

je ne sais pas depuis

quand il est là

ni le même

ni celui d’un autre

il m’observe

sans dire un mot

peut-être

attend-il quelqu’un

d’autre

Margharita Chiarva