dans
la blancheur
de l’esprit
des mots grattent
non pour dire
mais pour quérir
ce qui
tient dans le blanc
de la page
et le silence
de faire son travail
dans la lenteur
au bord
de ce qui naît et se retire
dans le même temps

Chloe Meynier
morceau d’une chose qui a été déchirée
dans
la blancheur
de l’esprit
des mots grattent
non pour dire
mais pour quérir
ce qui
tient dans le blanc
de la page
et le silence
de faire son travail
dans la lenteur
au bord
de ce qui naît et se retire
dans le même temps

Chloe Meynier
flocons
de brume
sur le trottoir tiède
cela
et autre chose
parfois
je voudrais
n’avoir plus rien
à écrire
ou juste
quelques mots
sans poids
qui viendraient
le soir glisser
comme une lueur
sur l’eau immobile

Hülya Cömert
je me souviens
du jour
où tu pleurais
dans la cuisine
nous étions seuls
tu es monté
sur la table
tu as sauté
je me suis agrippé
je ne comprenais pas
pourquoi tu sautais
comme ça
le temps s’est figé
et dans ce geste
à la fois fou
et plein de fragilité
je ressentais
ton souffle
qui tremblait
entre tes mains

.
même
si le temps fait
juter l’os
la somme
reste la même –
le jour
nourrit la souche
la nuit
juste après
rejoint la vie
mais
il y a
en dessous
quelque chose
qui ne dit rien
une sève puissante
qui mord
tout ce qu’elle
irrigue

Bharat Sikka
Ce que le ciel
observe
de l’endroit
où je vis
des visages remontent
le cours temps
ni pareils
ni différents
ils traversent
silencieux
les brumes de novembre
et je les regarde
comme on regarde
une flamme qui tremble
sans rien retenir
sauf l’écho
de ce qui fut
et déjà
n’est plus

Margharita Chiarva
de ma place
je vois
sur la table
l’homme qui marche
et la verseuse pleine
d’un café noir
aussi ces oiseaux
gonflables
accrochés aux branches
des yeux – les tiens
qui fuient par
le côté
la grille est ouverte –
peut-être
est-ce la veille
ou le jour d’après
Egon Schiele
Ce texte a été publié en février 2026 dans la revue Sens n°2 éditée par l’association les doigts bleus
sur le sol glacé
les petits crocodiles
à peine nés
rampent en silence
je replie mes jambes
contre mon sein
j’ignore
si ils procèdent
d’une faille profonde
ou d’un songe
dérangé

Pierre Alex
.
Au risque d’écrire à un(e) presque inconnu(e)
une lettre d’amour à partir d’un presque rien
qui vous a traversé
dans une fulgurance inconnue
de vous jusqu’alors.
Anne Dufourmantelle
plus tard
nous avons parlé
de nous
des autres
de ce qu’il advient
quand l’hiver passe
sous la peau
nous étions là
à nous écouter
quand soudain la lune
est devenue rose
j’ai pensé
elle vient
retirer le poids
des mots
ou des gestes
qui jamais ne pourront
voir le jour
Jacques Bonenfant