Muse 1/13



séparés

du feu la cendre

du ciel

nos paupières

de la rivière son reflet

à chaque fois

pourtant

ma voix appelle

sans savoir

si tu réponds

Can Dagarslani

Imminence




le vent d’orage

feuillette

l’arbre qui tremble



du gris

entre les branche


une ombre traverse

soudain –


cet oiseau

nerveux

qui frôle les regards

Léonard Bourgois-Beaulieu

Lisière



cette lueur

jaune

sous la porte –


peut-être

une âme en peine

peut-être un trouble

du sommeil

peut-être rien


la lueur

soudain s’éloigne


qui sait

ce que le cœur invente

ou reconnait

Kyle Tomson

Le verre



à la manière

dont tu tiens ton verre

je sais

que tout est déjà dit 


la nuit jette

des éclats de lune par-dessus

la terrasse


dans l’ombre

court le bruit d’un moteur

le vent faiblit


nous ne serons

rien de plus

Adèle Berthelin

Nuit close


dans sa chute

la lampe découpe

une ombre claire

contre le mur


la chambre vacille


un visage

peut-être


ou le souvenir

d’un visage revient 

sur mes lèvres

Nia Diedl

La cage



un nom

apparait dans le heurt

du jour


âpre

presque un cri


ce nom

me prend la bouche

comme si

la nuit remontait soudain

jusqu’aux lèvres

Francesca Woodman

En legs



puisque

le ciel s’éloigne

sans attendre

je donne à la nuit

ce qu’il me reste de mémoire

qu’elle en fasse

ce qu’elle veut –

des chemins d’ombre

ou des traits de lumière

que les rêves pourront

traverser

Alexandre Silberman

Terrarium



dans un coin nu

de la chambre

j’entends

parfois la nuit

respirer

je me dis –

ce n’est peut-être

qu’une ombre passante

un songe encore

ouvert

un souffle égaré

Shuji Takashi


Anna



elle ajoute

un oiseau

dans la doublure

de sa veste

une poignée de graines

pour son sommeil

à la saison des orages

dit-elle

il en est toujours un

qui ouvre

la cage et s’échappe

dans le jardin

Holger Hoffmann

Avant la voix



un poème

surgit

là où la veille

il n’y avait que

vent et poussières


nul visage promis

aucun nom écrit


mais


dans la blancheur de l’air

juste avant la voix

ce souffle léger –


je te reconnais

Bertrand Delais