séparés
du feu la cendre
du ciel
nos paupières
de la rivière son reflet
à chaque fois
pourtant
ma voix appelle
sans savoir
si tu réponds

Can Dagarslani
morceau d’une chose qui a été déchirée
le vent d’orage
feuillette
l’arbre qui tremble
du gris
entre les branche
une ombre traverse
soudain –
cet oiseau
nerveux
qui frôle les regards

Léonard Bourgois-Beaulieu
cette lueur
jaune
sous la porte –
peut-être
une âme en peine
peut-être un trouble
du sommeil
peut-être rien
la lueur
soudain s’éloigne
qui sait
ce que le cœur invente
ou reconnait

Kyle Tomson
à la manière
dont tu tiens ton verre
je sais
que tout est déjà dit
la nuit jette
des éclats de lune par-dessus
la terrasse
dans l’ombre
court le bruit d’un moteur
le vent faiblit
nous ne serons
rien de plus

Adèle Berthelin
dans sa chute
la lampe découpe
une ombre claire
contre le mur
la chambre vacille
un visage
peut-être
ou le souvenir
d’un visage revient
sur mes lèvres
Nia Diedl
un nom
apparait dans le heurt
du jour
âpre
presque un cri
ce nom
me prend la bouche
comme si
la nuit remontait soudain
jusqu’aux lèvres

Francesca Woodman
puisque
le ciel s’éloigne
sans attendre
je donne à la nuit
ce qu’il me reste de mémoire
qu’elle en fasse
ce qu’elle veut –
des chemins d’ombre
ou des traits de lumière
que les rêves pourront
traverser

Alexandre Silberman
dans un coin nu
de la chambre
j’entends
parfois la nuit
respirer
je me dis –
ce n’est peut-être
qu’une ombre passante
un songe encore
ouvert
un souffle égaré

Shuji Takashi
un poème
surgit
là où la veille
il n’y avait que
vent et poussières
nul visage promis
aucun nom écrit
mais
dans la blancheur de l’air
juste avant la voix
ce souffle léger –
je te reconnais

Bertrand Delais