En legs



puisque

le ciel s’éloigne

sans attendre

je laisse à la nuit

ce qui reste

de mémoire

qu’elle en fasse

ce qu’elle veut

des chemins d’ombres

sous de vieux chênes

ou des traits de lumière

qui pourraient

au besoin

traverser le fond

des rêves

Alexandre Silberman

Terrarium



parfois

j’entends la nuit

respirer

dans le coin nu

de la chambre –

peut-être

n’est-ce qu’

une ombre éteinte

un silence

ouvert

ou mal refermé

Shuji Takashi


Anna



elle ajoute

un oiseau

dans la doublure

de sa veste

une poignée de graines

pour son sommeil

à la saison des orages

dit-elle

il en est toujours un

qui ouvre

la cage et s’échappe

dans le jardin

Holger Hoffmann

Avant la voix



ici

commence

le poème

là même

où la veille

il n’y avait que

poussière et miettes

nul visage

ne lui est promis

aucun nom

n’est écrit

mais dans la blancheur

de l’air

quelque chose

avant la voix

appelle

Bertrand Delais

N’attends rien



l’ombre

dans le pli du jour

frôle le mur

la table

puis se répand

comme une eau froide

au fond du lit

je m’allonge

avec elle

sans rien dire

le drap attrape

un peu de nuit

le silence

semble toujours plus vaste

que le sommeil

Kathleen Meier

Le même soir



longtemps

je t’ai porté

comme un ciel

de braise

dans la bouche

tu ne brûlais pas

tu ne tarissais pas

tu éclairais

juste assez

les rues sans visage

la nuit

quand elle gagnait

parfois

sur nos voix

Erwin Olaf

Vers le soir



la pie

fait ses pas coupés

comme si le temps venait

à lui manquer

bientôt

la lumière tombera au sol

se brisera

elle perdra ce vert

ensemble

que nous avons tant

aimé

Patxi Laskarai

Essor



je pars

vers un lieu

où la voix n’appelle plus

rien de certain

le passage

est nu

plus juste peut-être

le vide immense

mais le désir appelle

la lumière

et je veux apprendre

sans appel

à me tenir plus près

de ce qui me traverse

Édouard Taufenbach

Hantise



je n’habite

plus tes bras

ni ce lieu impossible

à faire exister

certes

je t’entends encore

respirer

mais ce souffle s’éloigne

comme une eau

sur la rive

qui ne revient

jamais

Francesca Woodman

Huis clos



chambre

en friche

au bord du fossé

ni signe

ni promesse

seule

une ombre

appuyée contre un mur

muette

la lumière s’éteint –

quelque chose

comme une parole 

revient

Kathleen Meier