le vent
comme en songe
dans ses cheveux
blancs
c’est l’après-midi
il est assis
à l’ombre des pommiers en fleur
il dort
le visage en sueur
des oiseaux
plus haut
s’impatientent
j’aperçois
alors deux soleils blancs
qui se croisent
dans le ciel

morceau d’une chose qui a été déchirée
jour
après jour
à reculer
dans l’effritement
des choses
la lumière devient
pâle et rose
la rue
long trait qui s’étire
jusqu’à l’entrée
se tait
peut-être
vivons-nous déjà
à l’autre bout
du songe

Jonathan Waiter
à l’envers
la dent du chat
frémit
sur l’eau grise
d’une roselière
le nez d’un canot
et encore engourdis
la lumière s’étire
jusqu’au bord
d’un petit bosquet
j’imagine
cachée là
la maison du poète
qui ne pissait
que l’eau claire

Andy Denzler
sa voix
caverne à ciel ouvert
résonne à l’oreille ouverte
et nue
elle souffle un vent
de beauté
qui traverse
le tremblement du monde
les nuits de ceux qui doutent –
les hommes
comme leurs divinités
et tous de dire
qu’il suffit de s’abandonner
pour qu’en soi
l’ombre et la clarté viennent
s’emmêler
Hineni
Hineni
Hineni
Hineni

entre chair
et peau
glissent les lamelles
du précieux diamant noir
avec une poignée
d’aromates
et le gros oignon
par le croupion
un fil
pour lier les pattes
au flanc –
la fréquentation des hommes conduit
à s’observer soi-même
je dis
citant Kafka
avant que la carcasse
ne pénètre le bouillon
clair

Abraham Van Beyeren