Le jour d’après


ce jour demeure

dans les brumes

d’un paysage intérieur


la pluie battait

contre les carreaux


le long des murs

des fleurs montaient

sans bruit


en silence

nos âmes se nouaient

l’une à l’autre

Yota Yioshida

Aylan 

d’autres

viendront

à leur tour

s’échouer sur cette plage


on les retrouvera

encore

couchés sur le ventre

sans nom et sans bagage


on pleurera

un peu


puis

on regardera

les corps

disparaitre dans le noir

de la nuit

Maryam Alakbarli

Boulevard de la Colonne


 

je marche

parmi ceux qui traversent

l’après-midi


déjà

cinq heures


les visages passent

sans se retourner


je longe

la lumière des vitrines


je continue

sans savoir ce qui nous fait

avancer

tv5

Carlo Zinelli

Le beau lac



à l’envers

la dent du chat frémit

sur l’eau grise


d’une roselière

surgit le nez d’un canot

engourdi


d’un bosquet

de chênes rourvres

j’imagine


la maison du poète

qui ne pissait

que l’eau claire

Andy Denzler

Léonard



sa voix

souffle l’ombre

et la clarté


une simple feuille

tombe


cela lui suffit

pour qu’elle rende

au monde

son invisible beauté


et dans le silence

de l’après

il reste

encore cette prière

qui ne finit pas


Hineni

Hineni

tv5

Louis Soutter

Névrose

sous la lune

qui perce au vent

un vieux chêne

montre ses fesses


seize heures


non loin

des enfants rient

dans l’herbe jaune


les mères délibèrent


d’un buisson épais

soudain

le cri d’un chien

errant

tv5

Image Michel Berberian

Sur un quai

ce profil

à la lueur de la lanterne –


on dirait

le motif d’un poisson

peint sur une porcelaine


je tends l’oreille


une voix murmure

dans une langue étrangère


je tourne la tête



le motif s’efface

avant que

la lumière s’éteigne

Image Michel Berberian

Le lotus rose

.


papier

de cellulose

en pure pâte

vierge


doublé

sur l’épaisseur

et soufflé à l’air chaud


avec un mandrin

exempte de tout parfum


qui aisément

disparait

dans l’eau des broyeurs

ou des fosses

septiques

Vu d’en haut

.

un pavement

polychrome

avec de longs fils de soie

sur lesquels glissent

les petites chiures

mordorées


aussi le vermeil

des toits


ces flaques de terre sombre


et plus l’écart

ce petit carré blanc

qui se réchauffe au soleil –


sans doute

un cimetière

terrain-vague

Image Moebius (alias Jean Giraud)