Venise n’existe pas



du matin

jusqu’au soir

jouer

à faire-valoir

les héros

de Moscou

sur le vieux

manège fou

mais qui –

toi moi

goutera goutera pas

tout ému

à l’éclat du tesson

pointu

Boris Mikhailov

Bal à l’ambassade



du corps

de notables

jasant

les pieds dans l’eau –

le monde

ne tient-il

qu’à flaques

et connivences

s’extrait

une femme – chignon gris

visage maigre

voix haut perchée

qui me tend une veste

dit-elle

appartenant à Monsieur

le Préfet

 Oleg Oprisco

Anniston



les enfants

d’Anniston

trempent

dans les eaux laiteuses

de l’été

leurs bras brassent

la poussière légère

ils rient

comme nous rions

d’un mot heureux

et si vous leur demandez

ce qu’ils feront

plus tard

aucun d’entre eux

ne voudra se recommander

à vos prières

tv5

image-e1448366370628 Samuel Bollendorff

La maison du vide



j’habite

dans le fauteuil rouge

près la fenêtre


ici les yeux sont

sans visage

le jour c’est la nuit


les voix

ont aussi une part

d’ombre


on dirait

que l’autre monde

déjà nous entrevoit

Fernanda Frazão

Vérrou

.

à peine un mot

ce mot

et tu tournes le dos

pour trancher

l’histoire ne deux

et je reste

sur le perron

avec ce peu –

une ligne vive dans le silence

à respirer

les senteurs pourries

de l’automne

image-e1448366370628 Hélène Duclos

Au fusain


il marche

devant

Je ne distingue pas

son visage

seulement

la manière qu’il a

d’habiter l’horizon

le temps lui prête

une silhouette provisoire

le soir tombe

nous allons

lui et moi

portés

nos ombres

Jean-Pierre Vanhonsebrouck

Esprit fidèle




curieux

que nos rêves

se croisent

sur ce rivage

comme si

à l’écart du monde

quelque chose pouvait

encore demeurer

ou peut-être

n’est-ce qu’un poème

qui vient là

se glisser

Carla Sutera Sardo

Fin de route


peu importe

où la route poursuit

sa poussière


je resterai

derrière la clôture

invisible


à l’abri

de ceux qui ne regarde

personne

.

Mo Langel

Le charmant Som


du ciel brouillé

une ombre

par-dessus nos têtes 

qui d’un seul coup d’aile

fendant le rêve

dépasse les crêts

de pierre

.

Cross street

.

curieuses

ces deux maisons

appuyées

l’une contre l’autre

rien ne passe

par le milieu

ni souffle

ni ombre

même la lumière n’ose

s’aventurer

 Liu Bolin