L’autre côté



dormir

à même la nuit


sans attendre

le bruit de ton pas

sans imaginer ta main

sur la mienne


dormir

à l’envers de soi

sans tourner la tête 


dormir

sans rien vouloir

promettre

Dominique Hérion

Traverser l’instant


un chat

inconscient

du poids des heures –


pas Kawamura, un autre

s’étire


sur le seuil de la porte

je lui envie sa grâce

ce silence

lui il sait


moi j’apprends

à me tenir là sans bouger

Kono Bairei

Terrain vague



un après-midi

sans bord

ni fin


la lumière y est douce

le vent pousse au loin

les ombres


des bris de mots

épars

jonchent la chambre


le silence

à mesure leur trouve

une forme

Olivier Debré

Ce qu’il en reste





des ailes –

de je ne sais d’où

traversent le jardin

je lève les yeux


rien


rien

que cette clarté étrange


un instant

sur mes paupières


puis qui disparaît

comme si je l’avais rêvée

Davis Hurn

Amas



mes yeux

se tournent vers l’horizon


assez haut

pour y trouver un souffle


ô rien de grandiose


une simple trouée

au creux des nuages

une lumière


juste assez pour que je puisse

traverser

Alberto Giacometti

L’aube après



châteaux

de fer

nuits d’orage

artifices détrempés


sable

poussière

nid de poussières

mots écornés


quoi d’autre

encore ?


dans le silence

de l’aube

sur un conduit de papier –


suis-je bien

celui que tu as aimé

Kati Dovelos

En corps



dans l’hiver

qui mord la falaise

ils tanguent

hilares

d’un bout à l’autre

du versant


en arrière

en avant


comme possédés


jusqu’à l’instant

où les mains cèdent

et qu’ils s’éloignent

dans le vent

Cédric Klapisch

Voyage d’hiver


un rivage

dans l’à-vif du soir

vers une mer

prise au hasard


les oiseaux ont disparu


il reste

quelques traits noirs

là-haut

et ce goémon d’épave

par monceaux

qu’à nos pieds l’eau rejette


Andrei Fărcășanu

L’envers


une ombre

effleure

la peau des murs

puis les voix –

plutôt une rumeur tiède

s’enroulent

dans le halo bleu

l’accoudoir

chavire sous ma tête

je tombe

à l’envers du jour

Caroline Dufour

KAWAMURA



le chat

noir et blanc

qui vient

le soir dans le jardin

je l’appelle

KAWAMURA


KAWAMURA

parle trois langues

il prépare le thé

cuisine

la viande blanche

il sait rouler

des épaules

crache mieux

qu’un officier français


ceci dit

comme il vit

sans ami

le chat KAWAMURA

ignore

qu’il vieillit