Le bois mort


un chemin

désert

dans l’à-vif du soir

une lumière

mouillée

ces senteurs ocres

qui remontent

de sous terre

la pierre

poussant

sous nos pieds

Erwin Olaf

Un soir



il pleut

dans la chambre

je pourrais

ouvrir la fenêtre

hurler

moi-aussi –


« la mort est bleue

les femmes s’enfuient

avec la lune »


je ne le fais pas

je reste là

à écouter le bruit

de l’eau sur le bois

quelque chose

se tait à l’intérieur

c’est peut-être

moi

Will Hooper

(de) * Extraits du corps – Bernard Noêl

Parc du Vernay



soudain

la branche ploie

et l’oiseau disparaît

dans le ciel


l’enfant

qui regardait

pointe deux doigts

vers le ciel


mais déjà

le ciel se referme

sur l’oiseau

de midi

Peter Hutchinson

A l’enfant


nos langues

se croisent

sans jamais

se toucher

la mienne

usée

s’empourpre

sous l’effort

la tienne

plus parente

court

sur les côtés

et dans le frôlement

des années ainsi nommées

quelque chose

comme un souffle

garde le lien

Miguel Hernandez

La page blanche


ma main

creuse le délié

où les mots

lourdement s’engluent

le soir tombe

ils restent

collés à ma paume

et le poème

dépité

se dit que jamais

le soleil ne voudra

se lever

Massimo Léardini

Poésie de l’absurde


si la mort

n’existait pas

les peupliers iraient

jusqu’au ciel

le soir pourrait pleurer

dans les branches

et nous – humains de nature

nous brûlerions

d’un seul souffle

tout ce qui est à

notre portée

Anonyme

Ce qui tient


il y a ces mots

que je dis

à voix basse –


je me méfie

de moi-même


à l’instant même

où la bouche

les forme


comme si dire

était trahir


ce qui tenait

dans le silence

avant moi

Can Dagarslani

Ne pas savoir est Bouddha



au soir

jusqu’à ressentir

ta main

lentement

caresser ma nuque

la lampe s’éteint –

la lumière

ne peut décider de tout

et voilà

que reprenant

le mantra qui a nourri

l’hiver –


mille fois la rivière

mille fois la rivière


mille fois la rivière


je souris

comme sourirait

un enfant

Caroline Dufour

Podcast


çà et là

dans la buissaie

pavillonnaire

des chats

aux yeux dilatés

quelques épines sauvages

et l’acier brut des monstres

qui attendent la fin

du repas

Yiannis Hadjiaslanis

Là-haut

.

cette volute

dans l’azur immobile –

un ange

peut-être

du bout des lèvres

ou quelques cristaux

jetés là

pour meubler l’éther

Perrine Lievens