Le jour d’après


ce jour

est un paysage

perdu

dans la brume


une pluie

fine

glissait

sur les vitres


des fleurs

montaient le long des murs

dans une lenteur

tranquille


nos âmes

nues et silencieuses

se nouaient

l’une à l’autre

Yota Yioshida

Aylan 



d’autres

viendront

à leur tour s’échouer

sur cette plage

on les trouvera

étendus sur le sable

sans nom

sans bagage

on les pleurera

un peu

puis les corps

doucement

repartiront

au large

Maryam Alakbarli

Boulevard de la Colonne


 

le bruit

dans la rue

que font les objets

inutiles

il est cinq heures

je suis dans la foule

de ceux que l’après-midi

imperceptiblement

déglutit

étranger

inutile

mais tout ceci n’est-il pas

déjà écrit

tv5

Carlo Zinelli

(de) Lettres à un jeune poète

.

« Fuyez donc les grands thèmes pour ceux que vous offre votre quotidien : dites vos tristesses et vos désirs, vos idées fugitives et votre foi en une beauté, quelle qu’elle soit. Dites tout cela avec une sincérité profonde, sereine, humble et, pour vous exprimer, utilisez les choses qui vous entourent, les images de vos songes et les objets de vos souvenirs (…) Tâchez de ramener à la surface les sensations englouties de votre passé ; votre personnalité s’en trouvera affermie, votre solitude s’amplifiera, elle deviendra une demeure de pénombre qu’épargneront le bruit des autres. Et si de ce retour au plus profond de vous même, de cette plongée dans votre propre monde naissent des « vers », vous n’aurez plus l’idée de demander à quelqu’un si ces « vers » sont bons.  »

.

Rainer Maria Rilke – Lettres à un jeune poète

La femme pieuvre



mes doigts

jeunes encore

sur sa peau

brune et salée

la soif du feu

le souffle court

les yeux renversés

je me vois

chavirer là où ses bras

si longs

m’entrainent

pour me

déguster

Francis Picabia

Conjectures


sur l’écorce

d’un canot 

fragile

bravant le fleuve

la brûlure  

de nos deux corps

enlacés


la rive

obscure contrée

qui s’éloigne

nous dédaigne

terrain-vague

Emmanuel Correia

 

Le beau lac



à l’envers

la dent du chat

frémit

sur l’eau grise

d’une roselière

le nez d’un canot

et encore engourdis

la lumière s’étire

jusqu’au bord

d’un petit bosquet

j’imagine

cachée là

la maison du poète

qui ne pissait

que l’eau claire

Andy Denzler

Léonard



sa voix

caverne à ciel ouvert

résonne à l’oreille ouverte

et nue

elle souffle un vent

de beauté

qui traverse

le tremblement du monde

les nuits de ceux qui doutent –

les hommes

comme leurs divinités

et tous de dire

qu’il suffit de s’abandonner

pour qu’en soi

l’ombre et la clarté viennent

s’emmêler


Hineni

Hineni


Hineni

Hineni

 

tv5

Louis Soutter

Culinaire


il glisse

entre chair et peau

les lamelles

de son précieux diamant noir

puis

une poignée d’aromates

et le gros oignon

par le croupion

du fil pour lier les pattes

au flanc –


la fréquentation des hommes conduit

à s’observer soi-même


je dis

citant Kafka

à l’instant même où la carcasse

pénètre

dans le bouillon clair





terrain-vague

image-2 Abraham Van Beyeren

Larme

cette larme

en lisière

quelque part

entre le silence

et la peur

tv5

Image Vanessa Vercel