ce jour
est un paysage
perdu
dans la brume
une pluie
fine
glissait
sur les vitres
des fleurs
montaient le long des murs
dans une lenteur
tranquille
nos âmes
nues et silencieuses
se nouaient
l’une à l’autre
Yota Yioshida
morceau d’une chose qui a été déchirée
.
« Fuyez donc les grands thèmes pour ceux que vous offre votre quotidien : dites vos tristesses et vos désirs, vos idées fugitives et votre foi en une beauté, quelle qu’elle soit. Dites tout cela avec une sincérité profonde, sereine, humble et, pour vous exprimer, utilisez les choses qui vous entourent, les images de vos songes et les objets de vos souvenirs (…) Tâchez de ramener à la surface les sensations englouties de votre passé ; votre personnalité s’en trouvera affermie, votre solitude s’amplifiera, elle deviendra une demeure de pénombre qu’épargneront le bruit des autres. Et si de ce retour au plus profond de vous même, de cette plongée dans votre propre monde naissent des « vers », vous n’aurez plus l’idée de demander à quelqu’un si ces « vers » sont bons. »
.
Rainer Maria Rilke – Lettres à un jeune poète
à l’envers
la dent du chat
frémit
sur l’eau grise
d’une roselière
le nez d’un canot
et encore engourdis
la lumière s’étire
jusqu’au bord
d’un petit bosquet
j’imagine
cachée là
la maison du poète
qui ne pissait
que l’eau claire

Andy Denzler
sa voix
caverne à ciel ouvert
résonne à l’oreille ouverte
et nue
elle souffle un vent
de beauté
qui traverse
le tremblement du monde
les nuits de ceux qui doutent –
les hommes
comme leurs divinités
et tous de dire
qu’il suffit de s’abandonner
pour qu’en soi
l’ombre et la clarté viennent
s’emmêler
Hineni
Hineni
Hineni
Hineni

il glisse
entre chair et peau
les lamelles
de son précieux diamant noir
puis
une poignée d’aromates
et le gros oignon
par le croupion
du fil pour lier les pattes
au flanc –
la fréquentation des hommes conduit
à s’observer soi-même
je dis
citant Kafka
à l’instant même où la carcasse
pénètre
dans le bouillon clair

Abraham Van Beyeren