La Reyssouze


le nom

de ceux

à demi-nu

qui entreront

fièrement

dans l’eau claire

les cheveux

pris de lumière

les pieds

aussi pâles

que des tessons

de lune


ils riront

jusqu’au soir

malgré

les voix

au loin

qui appellent

Carlo Zinelli

Landscape



pierres

sans repère

disséminées

sur le versant


arbres

de lumière noire

aux branches

harassées


vent

sans cesse

dans l’attente

du jour dernier

 Fay Godwin

Imprégnée


les yeux

béants

si loin de tout

quand le corps –

souffle

dans le souffle

étale

sa nudité

Aino Kannisto

Antoine Emaz

 

 » Alors écrire, en plus ? Cela ne résout rien, ne guérit pas ; je vois cela plutôt comme une mise à plat, une façon d’y voir un peu plus clair, de respirer un peu mieux. Une sorte de prise d’écart, de distance : je ne suis plus muet, j’essaie de dire pour moi et l’autre ce qui, d’habitude, nous fait taire.

Écrire-vivre, c’est partir de ma vie jusqu’à ce qu’elle s’adresse, par le poème, aux autres, à leurs vies particulières. Le poète n’est pas devant tout le monde, guidant le peuple et voyant plus loin ; il est derrière, aussi aveugle que les autres, mais il dit son aveuglement, et son refus. Ce n’est pas refuser qui le distingue, mais son dire. Donc tout le travail consiste à rejoindre le commun en partant du singulier. Voilà le boulot d’écrire. Non pas exacerber l’individu, mais à partir d’une vie, que le poème sauve aussi comme vie personnelle, aller vers un vivre qui soit commun, collectif, une condition d’homme, si on veut. Si le lecteur ne se reconnaît pas dans le poème, j’ai raté ; si je ne me reconnais plus dans le poème, j’ai raté également. C’est assez simple. »

Antoine Emaz – les entretiens in-finis

 

 

 

Venise n’existe pas



du matin

jusqu’au soir

jouer

à faire-valoir

les héros

de Moscou

sur le vieux

manège fou

mais qui –

toi moi

goutera goutera pas

tout ému

à l’éclat du tesson

pointu

Boris Mikhailov

Tard

.

puisqu’

il t’appartient

de te pencher

sur l’abyme

tu cries

.

tu cries

dans le vent

tu cries

la saison

qui s’achève

tu as raison

tu cries

à l’oreille

tu as raison

tu cries

le poison de la bouche

tu cries

le mensonge

et la peur de vivre

.

tu as raison

Marie Dashkova

Bal à l’ambassade



d’un corps

de notables jasant

les pieds dans l’eau –

le monde n’est-il que flaque

et connivence

s’extrait une femme

chignon gris

visage maigre

la voix haut perchée

qui me tend

une veste appartenant

dit-elle à Monsieur

le Préfet

 Oleg Oprisco

Anniston



les enfants

d’Anniston

nous fixent

de leurs grands yeux

crevés

ils sont silencieux

n’ont pas les mots

qu’il faut pour

se recommander

à nos prières

tv5

image-e1448366370628 Samuel Bollendorff

La maison du vide



j’habite

dans le fauteuil rouge

près la fenêtre


ici les yeux sont

sans visage

le jour c’est la nuit


les voix

ont aussi une part

d’ombre


on dirait

que l’autre monde

déjà nous entrevoit

Fernanda Frazão