Aélita


la boule

de papier

froissé

du bout des doigts

que tu glisses

dans la fente

des pierres

ce silence

lourd et blanc

ce souffle

à demi

ces femmes

autour

qui pleurent

elles-aussi

Moshe Castel

L’ange déchu


tu peins

de couleurs

primaires

le visage

en plâtre

des statues

mais

au matin

tu rejoins la foule

de ceux

qui prient

le retour

de l’esprit sain

.

terrain-vague

Antonnello Severini

Insomnie


ce corps

au plafond

laborieux

qui creuse

sa ligne d’écume

dans les eaux bleues –

on dirait

le tien

image-2 Carole A. Fuerman

fatum

allongés

sur le lit

l’un contre

l’autre

à ne rien dire

s’échapper

mutité

d’un jour

sans partage

le voyage n’est plus

se devoir aux siens

quand l’ombre

tangible

nous tend

la main

Francesca Woodman

A fleur d’eau



ombre nue

dans le noir

avance

de deux pas

ses yeux

sont étoilés

sa peau

exhale une senteur

animale

puis

de sa bouche

d’habitude

si douce et si calme

la vie s’entrouvre

avant soudain de prendre

feu

image-2 Kathleen Meier

Inversion



quand

pour rire tu t’inverses

ta tête rondit

et tes cheveux

couvrent le sol

la buée

de tes yeux quand tu vis

aux éclats

.

Georg Baselitz

La Reyssouze


le nom

de ceux

à demi-nu

qui entreront

fièrement

dans l’eau claire

les cheveux

pris de lumière

les pieds

aussi pâles

que des tessons

de lune


ils riront

jusqu’au soir

malgré

les voix

au loin

qui appellent

Carlo Zinelli

Landscape



pierres

sans repère

disséminées

sur le versant


arbres

de lumière noire

aux branches

harassées


vent

sans cesse

dans l’attente

du jour dernier

 Fay Godwin

Imprégnée


les yeux

béants

si loin de tout

quand le corps –

souffle

dans le souffle

étale

sa nudité

Aino Kannisto