La vie est ailleurs


nos vies

se passent

dans des fauteuils

écaillés


les regards

ne quittent plus

la pièce

le temps y est arrêté


quelque part

parfois

une porte claque


puis

la lumière retombe

sur les murs

et le silence revient

  Maria Svarbova

Aelita


sur la boule

de papier que tu glisses

dans une fente

entre deux pierres

qu’as-tu écrit


tu recules

d’un pas


autour de toi

silencieuses

d’autres femmes pleurent

ou prient

Moshe Castel

L’ange



tu as peint

cette nuit

le visage des statues

avec tes deux couleurs primaires


et à l’aube

tes mains sont encore pleines

de cette lumière


mais tu es avec ceux

qui sont nombreux dehors à crier

au blasphème

terrain-vague

Antonnello Severini

Insomnie

ce corps

au plafond

qui creuse

inlassablement

sa ligne d’écume


à force

je ne sais plus

ce qui demeure

du corps

ou de l’écume


mais je crois

que c’est le tien

image-2 Carole A. Fuerman

fatum

le chemin

s’efface à mesure

que j’avance


mais le mal

est fait


je continue

de marcher sans connaitre

la voix qui appelle


ni celle

en moi qui lui répond


la nuit tombe entre

nous deux

Francesca Woodman

A fleur de peau

ombre nue

dans le noir

sans bruit

qui s’avance

les yeux

gigantesques

et bouillants –


je te reconnais

à la brûlure

en moi

qui reste vivante


image-2 Kathleen Meier

Inversion


quand

pour rire le soir

tu t’inverses


la tête rondit

et les cheveux

recouvrent

le sol


ta voix vient

d’en bas

comme au-dessous

de la bouche


de si bas

que le sol même

en frémit

.

Georg Baselitz

La Reyssouze

ceux

à demi-nu

qui entreront

fièrement

dans l’eau claire

auront

les cheveux couverts

de lumière


leurs pieds

seront aussi pâles

que des tessons

de lune


ils riront

jusqu’au soir

malgré les voix

au loin

qui appellent

Carlo Zinelli

Landscape



des pierres

de repère

oubliées sur le versant


des arbres

noircis de lumière

aux branches harassées

le vent

sans cesse

dans la fureur d’un jour

dernier

 Fay Godwin