Effusion


et dans ce rien

si dense

quelque chose veille –

un fil

de la gorge au ventre

pas même une pensée

juste un poids

sans nom

qui boit la nuit

Caroline Dufour

(de) Nature morte

.

Voilà. Je suis prêt. Commencer.

Peu importe par où. Ouvrir

la bouche. Je peux me taire.

Mieux vaut que je parle.

.

De quoi ? Des jours, des nuits,

ou bien encore de rien.

Ou encore des choses.

Des choses et non des

.

Gens. Ils mourront.

Tous. Je mourrai aussi.

Vaine entreprise.

Comme d’écrire au vent.

.

Joseph Brodski

Max Miechowski

L’arche


assis

sur le pont arrière

nous attendons

que le bateau consente

à bouger

nous ?

des gens seuls

des couples usés

ces familles

dont la place

semble comptée

aussi

un chien

la tête hors d’un sac


avec cette femme

de mon âge

qui parle au vent

André Lichtenberg

Cela et autre chose



flocons de brume

sur le trottoir tiède

cela et autre chose

parfois je voudrais

n’avoir plus rien

à écrire

ou seulement

des phrases légères

les laisser venir

puis les assembler

Hülya Cömert

Ce qui vit en toi



je me souviens

maintenant

on pleure

dans la pièce

nous sommes

seuls

tu sautes

de la table

tu souffles

je m’agrippe –

l’instinct

déjà

à vif

rien ne tombe

rien ne tient

dehors

le sol hésite

Minnie Evans

.

Ce que j’en sais


même

si le temps fait

juter l’os

la somme reste

identique –

le jour nourrit

la souche

et la nuit

un peu après

perce l’ennui

Bharat Sikka

Ce que le ciel observe


de l’endroit

où je vis

des visages

remontent le temps

ni pareils

ni différents

ils traversent

silencieux

les brumes

de novembre

Margharita Chiarva

Mantra



la nuit

à peine

de nous pour nous

sur le papier

à voix basse

j’écris –

mille fois la rivière

mille fois la rivière


mille fois la rivière

Caroline Dufour

Je me mens


de ma place

je vois

sur la table

l’homme qui marche 

et la verseuse pleine

de café noir

aussi ces oiseaux

gonflables

accrochés aux branches

des yeux – les tiens

qui fuient par

le côté

la grille est ouverte –

peut-être

est-ce la veille

ou le jour d’après 

Egon Schiele