(de) L’enfant de la falaise


y a-t-il encore, toujours, une enfance au-devant de nous ?

l’enfant peut-il guérir de la douleur d’aimer ?

il dessine une plaine qui s’évase et ravit au loin l’image d’une montagne

les pieds dans l’herbe bleue et l’eau froide fuyante

l’enfant rêve une errance

parfois les mots s’effondrent et le monde vacille

et la cité de verre, de fer, de béton, de fumées traverse et troue le corps de l’enfant déchiré


François Coudray

Claire Dias Lachèse

Le voyageur oublié


C’est la vie qui vous fait mourir,

Ecriviez-vous dans ce poème où tout
Demeure à vif : le crépitement des trolleys,
La nuque de l’amante à son miroir

Et jusqu’à la jeune morte sur son lit,
Tellement sage qu’on ne sait plus
Si c’est le temps qui passe ou nous
Qui passons à travers lui, les mains vides,

Comme un train somnambule à travers
La campagne endormie – et le voyageur
Oublié dans le creux de ses bras

Est un lac au soleil de midi, un lac
Que rien ne trouble, pas même le reflet
Du corps penché qui tremble dans la vitre.


Guy Goffette

Thérèse O’keffe

(de) Aux Aresquiers


je ne suis pas là non plus c’est vrai

alors je peux l’écrire


tu ne reviendras pas


je t’écris pour te dire à quel point enfin je sais

tu ne reviendras pas


Eric Sautou

Katrina Servoni

La chose – 6



la main sur la rampe

l’escalier qui plonge

dans la rue

les visages

les voix

la lumière du jour

ce que la main effleure

ou le matin entrouvre

tout cela –

vois-tu

ce n’est pas une vie


Gaétan Chambon

La chose – 5


mémoire

d’une forme

qui ne doit rien

au regard

nos ombres

si légères

qu’un souffle

pourrait les verser

en arrière

Markus Akesson

La chose – 3



le jour d’avant

le jour d’après

tout est confondu

à présent


tu dis –


dans cet entre-deux

de façades incertaines

ce sont les pieds

qui décident du froid

qu’il fait


Dwight Mackintosh

La chose – 2



un visage

sans poids


la peau

traversée

de lumière


ces ailes

que tu ouvres

dans le vent


le jour

qui vient

tout emporter

Josef Hofer

(de) L’herbe qui tremble

Flous dans l’ombre

du demi-jour

feuillages roux et clochers

forêts flétries

me poussent au voyage

Je sais déjà

que l’automne sera long

où j’écouterai la nuit me parler

d’éternel retour.


Christophe Mahy

André Lichtenberg

(de) Trajet d’une voix


Parfois la distance se réduit

à si peu

à presque rien

entre la réalité

et le miroir.

La métaphore est épuisée.

On a lissé la mer


Béatrice Giraud

Sejkko

A nouveau le ciel



au sortir

de l’orage

le ciel s’ouvre plus haut

plus vaste


la lumière touche les arbres


quelques oiseaux

incertains

osent à nouveau le ciel

je les suis du regard


où peuvent-ils donc aller

Caroline Dufour