dans
le salon tiède
les hôtes attendent
dans de hauts fauteuils
fanés
ils ne disent rien
bougent à peine
ils savent
que l’histoire les met ici
de côté
et si soudain
l’un d’eux se redresse
c’est pour mieux voir
par la fenêtre
la mer
se retirer
morceau d’une chose qui a été déchirée
tu peins
de couleurs
primaires
le visage
en plâtre
des statues
mais
au matin
tu rejoins la foule
de ceux
qui prient
le retour
de l’esprit sain
.

Antonnello Severini
la terre
soudain se met à trembler
sous mes pieds
je me dis
maintenant
c’est au choix
autour
d’autres – en joie
parlent
rient
louent au loin les façades
cousues d’or
il y a ce vide
devant
derrière c’est au choix
en finir ou repartir
nu
sur le chemin
une chose
doucement
s’ouvre – un souffle
une présence
mais ta main
me retient
.
« Lorsqu’on descend au fond de sa conscience, il y a des choses que l’on voit, des bruits que l’on entend, et c’est tout ce matériel qu’on rassemble pour le remonter à la surface. Une fois que l’on dispose de ces éléments, il suffit de les agencer. Moi-même je ne sais pas comment se fait ce travail, c’est mystérieux. Si on écrit dans la logique, ce n’est plus une histoire qu’on raconte, mais une suite d’affirmations. Une histoire est belle parce qu’elle n’est pas explicable. »
Haruki Murakami – in Le Monde 18.07.19