La vie est ailleurs



dans

le salon tiède

les hôtes attendent

dans de hauts fauteuils

fanés

ils ne disent rien

bougent à peine

ils savent

que l’histoire les met ici

de côté

et si soudain

l’un d’eux se redresse

c’est pour mieux voir

par la fenêtre

la mer

se retirer

  Maria Svarbova

Aélita


la boule

de papier froissé

que ta main glisse

dans la fente

des pierres


puis

un long silence

ton souffle

à demi

imperceptible


ton visage

baigné de larmes

ces femmes autour

qui pleurent

aussi

Moshe Castel

L’ange déchu


tu peins

de couleurs

primaires

le visage

en plâtre

des statues

mais

au matin

tu rejoins la foule

de ceux

qui prient

le retour

de l’esprit sain

.

terrain-vague

Antonnello Severini

Mont Royal



la terre

soudain se met à trembler

sous mes pieds

je me dis

maintenant

c’est au choix

autour


d’autres – en joie

parlent

rient

louent au loin les façades

cousues d’or


il y a ce vide

devant

derrière c’est au choix

en finir ou repartir

nu

sur le chemin


une chose

doucement

s’ouvre – un souffle

une présence

mais ta main

me retient

.

Brooke Dinodato

Subside


la vie

on dit

passe par la voix

mais la mienne

est pleine

jusqu’au dégout

de mots inutiles

terrain-vague

Mark Forbes

Insomnie


ce corps

au plafond

laborieux

qui creuse

sa ligne d’écume

dans les eaux bleues –

on dirait

le tien

image-2 Carole A. Fuerman

fatum

allongés

sur le lit

l’un contre

l’autre

à ne rien dire

s’échapper

mutité

d’un jour

sans partage

le voyage n’est plus

se devoir aux siens

quand l’ombre

tangible

nous tend

la main

Francesca Woodman

A fleur d’eau



ombre nue

dans le noir

avance

de deux pas

ses yeux

sont étoilés

sa peau

exhale une senteur

animale

puis

de sa bouche

d’habitude

si douce et si calme

la vie s’entrouvre

avant soudain de prendre

feu

image-2 Kathleen Meier

Inversion



quand

pour rire tu t’inverses

ta tête rondit

et tes cheveux

couvrent le sol

la buée

de tes yeux quand tu vis

aux éclats

.

Georg Baselitz

(encore) Haruki Murakami

 

« Lorsqu’on descend au fond de sa conscience, il y a des choses que l’on voit, des bruits que l’on entend, et c’est tout ce matériel qu’on rassemble pour le remonter à la surface. Une fois que l’on dispose de ces éléments, il suffit de les agencer. Moi-même je ne sais pas comment se fait ce travail, c’est mystérieux. Si on écrit dans la logique, ce n’est plus une histoire qu’on raconte, mais une suite d’affirmations. Une histoire est belle parce qu’elle n’est pas explicable. »

Haruki Murakami – in Le Monde 18.07.19

Lire l’entretien complet