Une vie sans fin


suis

les bêtes

qui traversent

le rêve du matin

avec elles

les prés d’or

la lenteur des nuages

la lumière douce

et les ombres

portées

aussi

la petite flaque

de têtards

derrière la grange –

noire pulsation

au cœur du bocage

et le sentier caillouteux

où jadis

un gros bâton te tenait

la main

Albert Louden

Le pain dur


si longtemps

que la main bouge

la somme reste

la même

le corps est dans la tête

il y souffle le feu

et dans le débord

de mots qui mangent

la bouche

le commis du dedans

parle à son insu

on l’entend

Jean-Christophe Béchet

Soi-même comme un autre



ce visage

qui n’est

ni mien

ni tout à fait autre

je le porte

aujourd’hui

comme un vêtement usé

il épouse

le silence

sans que je sache

nous distinguer

et chaque reflet

dans la vitre

le rend

à la fois plus proche

et plus lointain

Egon Schiele

La grande bellezza


le soir

des visages

remontent

à la surface

un souffle

à demi

les rend à la vie

parfois

dans le rêve

à pas lents

ce sont des corps

entiers

qui reviennent

le temps d’un frisson

je partage avec eux

un souffle

et je les salue

avant qu’ils ne repartent errer

vers d’autres nuits

James Reddinton

Ami


le givre

les poumons

le ciel gris

le silence à même

les os

voilà tout

ce que j’ai – ami

à confier

je marche

entre deux bords

ma tête résonne

de peu

je vais

sans même savoir

si je vais

à l’endroit

où tu es

Caroline Dufour

Axiome



assis au pied

de son propre

orgueil

le poème cherche

une langue

pour nommer

la nuit

se referme

sur moi

les mots qui viennent

s’affaissent

avant d’atteindre

le papier 

. Florent van Roeckel

Est ce qui vient



un peu plus

chaque jour

la vague barre

le chemin

d’abord

un œil

halluciné

puis ce bras d’écume

en plein remous

qui présage

aussitôt

un déchaînement

Carlo Zinelli

Esquisse de la disparition



un chemin

de sable

entre la roche

et l’eau

un jour levé

qui tremble

à peine

des traces de pas

presque effacées

puis

à flanc d’ombre

les visages blancs

de ceux qui ne reverront

jamais

un rivage

Céleste Dupuy Spencer

Avent


au fond de l’eau

quelque chose appelle

sans mots

une clarté trouble

qui remonte

la voix

plus que la langue

je tends l’oreille

la vie

qui parle

d’un lieu où rien

ne s’achève

vraiment

Polina Washnington