(de) Lettres à un jeune poète

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« Fuyez donc les grands thèmes pour ceux que vous offre votre quotidien : dites vos tristesses et vos désirs, vos idées fugitives et votre foi en une beauté, quelle qu’elle soit. Dites tout cela avec une sincérité profonde, sereine, humble et, pour vous exprimer, utilisez les choses qui vous entourent, les images de vos songes et les objets de vos souvenirs (…) Tâchez de ramener à la surface les sensations englouties de votre passé ; votre personnalité s’en trouvera affermie, votre solitude s’amplifiera, elle deviendra une demeure de pénombre qu’épargneront le bruit des autres. Et si de ce retour au plus profond de vous même, de cette plongée dans votre propre monde naissent des « vers », vous n’aurez plus l’idée de demander à quelqu’un si ces « vers » sont bons.  »

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Rainer Maria Rilke – Lettres à un jeune poète

Là qu’est la terre

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La

vie. L’indécision. Le doute. Le

vague à l’âme. Le désir

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de repartir

avec

autant

de colère, de trancher le nœud

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gordien et de faire voile

contre

le vent, si c’est là

qu’est la terre.

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Jan Erik Vold

Helen Levitt

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Cuisson des pierres

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nous vivons en faisant cuire des pierres

nous les cuissons à petit feu

nous faisons cuire des pierres

nous vivons en cuisant des pierres

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sans colère

sans amour

sans faim

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ce n’est pas à cause de nos aspirations, bien sûr

il n’y a qu’un seul éclat de pierre

nous ne faisons que mitonner les pierres

sans raison

sans but

ce n’est pas folie du tout, bien sûr

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Kikuo Takano

 Lars Tunbjörk

Visages dans les wagons

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Peu

reviennent Ceux que la nuit relie

à leur destin informe se contentent

de dormir C’est là

.

fin de l’hiver Le ciel n’allume

que les étoiles qui dans la mer

se forment

Peu reviennent

.

au présent, berceau

du temps tout entier. Il n’est ni mémoire ni

mer ni main qui puisse recueillir

la lumière que perd la nuit,

chaux

dont elle mouille ceux qui s’en reviennent.

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Gastao Cruz

Étude au crayon de Edward Hopper pour « Nighthawks »

Le beau lac



à l’envers

la dent du chat frémit

sur l’eau grise


d’une roselière

surgit le nez d’un canot

engourdi


d’un bosquet

de chênes rourvres

j’imagine


la maison du poète

qui ne pissait

que l’eau claire

Andy Denzler

Un sale instant



une ombre

palpable

derrière le carreau


qui me regarde

comme si j’étais dehors

avec elle


ou si

la chambre était le reflet

d’un rêve déplacé


je ne bouge pas

je la regarde à mon tour


quelque chose peut céder


d’un geste

l’instant pourrait même

se retourner

Une maison là-bas

 

Une maison là-bas

avec sa porte ouverte

et ses deux tourterelles

récitant inlassablement le nom de l’absent

Une maison là-bas

avec son puits profond

et sa terrasse aussi blanche

que le sel des constellations

Une maison là-bas

pour que l’errant se dise

j’ai lieu d’errer

tant qu’il y aura une maison

là-bas

 

Abdellatif Laabi

Image Nicolas de Stael

 

 

 

Léonard



sa voix

souffle l’ombre

et la clarté


une simple feuille

tombe


cela lui suffit

pour qu’elle rende

au monde

son invisible beauté


et dans le silence

de l’après

il reste

encore cette prière

qui ne finit pas


Hineni

Hineni

tv5

Louis Soutter

Névrose

sous la lune

qui perce au vent

un vieux chêne

montre ses fesses


seize heures


non loin

des enfants rient

dans l’herbe jaune


les mères délibèrent


d’un buisson épais

soudain

le cri d’un chien

errant

tv5

Image Michel Berberian