Ce que j’en sais


même

si le temps fait

juter l’os

la somme

reste la même –

le jour

nourrit la souche

la nuit

juste après

rejoint la vie

mais

il y a

en dessous

quelque chose

qui ne dit rien

une sève puissante

qui mord

tout ce qu’elle

irrigue

Bharat Sikka

Ce que le ciel observe


Ce que le ciel

observe

de l’endroit

où je vis

des visages remontent

le cours temps

ni pareils

ni différents

ils traversent

silencieux

les brumes de novembre

et je les regarde

comme on regarde

une flamme qui tremble

sans rien retenir

sauf l’écho

de ce qui fut

et déjà

n’est plus

Margharita Chiarva

Mantra



la nuit

à peine

de nous pour nous

sur le papier

à voix basse

je vous écris –

mille fois la rivière

mille fois la rivière


mille fois la rivière

Caroline Dufour

Je me mens


de ma place

je vois

sur la table

l’homme qui marche 

et la verseuse pleine

d’un café noir

aussi ces oiseaux

gonflables

accrochés aux branches

des yeux – les tiens

qui fuient par

le côté

la grille est ouverte –

peut-être

est-ce la veille

ou le jour d’après 

Egon Schiele


Ce texte a été publié en février 2026 dans la revue Sens n°2 éditée par l’association les doigts bleus

https://www.facebook.com/lesdoigtsbleus/?locale=fr_FR

Les monstres ne chôment pas



sur le sol glacé

les petits crocodiles

à peine nés

rampent en silence

je replie mes jambes

contre mon sein

j’ignore

si ils procèdent  

d’une faille profonde

ou d’un songe

dérangé

Pierre Alex

Vers tristes à Zi’an au bord de la rivière

.

Des myriades de feuilles d’érable

Sur des myriades de feuilles d’érable

Découpées devant le pont,

Quelques voiles rentrent tard dans le crépuscule

.

Combien me manques-tu ?

.

Mes pensées s’écoulent

Avec les eaux du fleuve de l’Ouest,

Elles courent vers l’Est, sans cesse

Jour et nuit.

.

Yu Xuanji (844-871)

Li Shuang

(de) Cheveux emmêlés

.

« Ainsi le poème

Il faut que je vacille ! »

Me dit cet ami

A qui je montre la tristesse

Dans la fleur d’un sourire ».

.

Yosano Akiko

Zao Wou-Ki

(de) Au risque de l’inconnu

.

Au risque d’écrire à un(e) presque inconnu(e)

une lettre d’amour à partir d’un presque rien

qui vous a traversé

dans une fulgurance inconnue

de vous jusqu’alors.


Anne Dufourmantelle

Une vie sans fin


suis

les bêtes

qui traversent

le rêve du matin

avec elles

les prés d’or

la lenteur des nuages

la lumière douce

et les ombres

portées

aussi

la petite flaque

de têtards

derrière la grange –

noire pulsation

au cœur du bocage

et le sentier caillouteux

où jadis

un gros bâton te tenait

la main

Albert Louden