(de) Ici n’est plus très loin

.

Plage poussière

de soleils 

          unanimes

.

(égrénée

perd son compte

dans le découlement d’une identique l’autre

chaque fois différent)

.

Entre ses marbres

Infimes

         suivent

des abimes de temps

.

Danièle Faugeras

Satoshi Morita

Présence

.

ta voix

là où les choses ne peuvent s’extraire

de mon regard

elles me dépouillent

font de moi une barque sur un fleuve de pierres

si ce n’est ta voix

pluie seule dans mon silence de fièvres

tu me détaches les yeux

et s’il te plaît

que tu me parles

toujours

.

Alejandra Pizarnik

Francesca Woodman

Vingt-quatre heures l’été 

.

On touche on cherche y a-t-il jamais

eu autre chose que ce suspens

comme entre deux et quatre la rue

l’été c’était l’enfance le jaune

de la maison d’en face on répète

les mêmes mots les mêmes images

comme s’ils gardaient un peu de corps

et qu’on était resté là toujours

le front contre le froid de la vitre

.

Jacques Ancet

Martin Parr

Volée d’anges

jaunes

rouges

bleus

ils vont

infatigables

de coins sombres en

fourrés creux

avec les ailes

lumineuses

que le jour a fait

pousser

Minnie Evans

Sans titre

.

Je pense qu’en ce moment

personne peut-être ne pense à moi dans l’univers,

que moi seul je me pense,

et si maintenant je mourrais,

personne, ni moi, ne me penserait

.

Et ici commence l’abîme

Comme lorsque je m’endors.

Je suis mon propre soutien et me l’ôte.

Je contribue à tapisser d’absence toutes choses.

.

C’est pour cela peut-être

que penser à un homme

revient à le sauver

.

Roberto Juarroz

Kata Geibl

(de) En lisant Hamlet

.

Près du cimetiere, à droite

un désert de poussière.

Au-delà, toute bleue

la rivière.

Tu m’as dit : « Tant pis!

Entre au couvent

Ou épouse un imbécile… »

Les princes ne disent

jamais autre chose.

Mais je me suis rappelé ces paroles.

Qu’elles coulent pendant

une centaine de siècles.

Comme un manteau d’hermine

qui glisse sur l’épaule.

.

Anna Akhmatova

Martin Parr

.

Attaché à l’attachement



dans le récit

de l’avant

les mots bouclent

toujours au même endroit


quelque chose empêche

le passage


et face

à ce qui ne cède pas


acharné


j’y retourne

le soir

pour encore pleurer

sur moi

Angelo di Genova

Seuil absolu

au bord du jour

quelque chose attend

peut-être

que je m’en aille


que je fasse un pas

puis un autre


jusqu’à ne plus savoir

ce qui demeure

derrière


ni pourquoi

je nous regarde encore

si longtemps après

Caroline Dufour

(de) Nature morte

.

Voilà. Je suis prêt. Commencer.

Peu importe par où. Ouvrir

la bouche. Je peux me taire.

Mieux vaut que je parle.

.

De quoi ? Des jours, des nuits,

ou bien encore de rien.

Ou encore des choses.

Des choses et non des

.

Gens. Ils mourront.

Tous. Je mourrai aussi.

Vaine entreprise.

Comme d’écrire au vent.

.

Joseph Brodski

Max Miechowski

L’arche




assis

sur le pont arrière

nous attendons

que le bateau bouge


autour de nous

des gens seuls

des couples taiseux

quelques familles

désargentées


ce chien

dont la tête dépasse

d’un sac à main


une sirène

sur un siège

que personne ne semble

remarquer

André Lichtenberg