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séraphiques
en costumes luisants, les yeux noirs,
ils observent nos membres sans plume
mais jamais ne nous recherchent
car nous sommes des corps :
le lieu de l’exil dans le monde.
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Torild Wardenaer
Elle pensait peut-être que jamais
ce ne pourrait être une vraie catastrophe
si tout était propre et bien rangé
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Elle pensait peut-être en entrant
dans une autre maison que ce pourrait
être la sienne car l’odeur lui était familière
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Elle pensait peut-être que rien ne dure
pas même les murs de la maison
sans l’intervention d’un mensonge apaisant.
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Hanne Bramness
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Le mur est blanc
et brusquement
sur le blanc du mur tombe la nuit.
Il y a un cheval proche du silence,
une pierre froide sur la bouche,
pierre aveuglée de sommeil.
Je t’aimerais si tu venais maintenant,
si tu penchais
ton visage sur le mien tellement pure
et tellement perdu.
O vie.
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Eugénio de Andrade
Jean-Christophe Philippi – Trinité février 2003
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Amère ma rosée
Sur les bouches tendues
N’abandonne pas
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Ces lumières tremblantes
Ni cette densité
où germent la soif
La faim
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Peut-être que dans les poitrines
Une rose
Veille à la stricte monotonie des astres
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Peut-être un chien
Un buisson de fenêtres
Peut-être
Une femme buste lumineux
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Peut-être une mort
Et la descente douce vers l’eau
De ceux qui savent.
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Gérald Neveu
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« Fuyez donc les grands thèmes pour ceux que vous offre votre quotidien : dites vos tristesses et vos désirs, vos idées fugitives et votre foi en une beauté, quelle qu’elle soit. Dites tout cela avec une sincérité profonde, sereine, humble et, pour vous exprimer, utilisez les choses qui vous entourent, les images de vos songes et les objets de vos souvenirs (…) Tâchez de ramener à la surface les sensations englouties de votre passé ; votre personnalité s’en trouvera affermie, votre solitude s’amplifiera, elle deviendra une demeure de pénombre qu’épargneront le bruit des autres. Et si de ce retour au plus profond de vous même, de cette plongée dans votre propre monde naissent des « vers », vous n’aurez plus l’idée de demander à quelqu’un si ces « vers » sont bons. »
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Rainer Maria Rilke – Lettres à un jeune poète
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Savoir si quelque chose
N’est pas dans ce coin justement là
Où il n’y a jamais rien
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Tu lis
Comme si tu désespérais
Comme si un presse-papier
Eût écrasé les violettes
Comme si dans ce coin
Brûlait
Une lumière d’ailleurs
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Jiri Olic
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nous vivons en faisant cuire des pierres
nous les cuissons à petit feu
nous faisons cuire des pierres
nous vivons en cuisant des pierres
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sans colère
sans amour
sans faim
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ce n’est pas à cause de nos aspirations, bien sûr
il n’y a qu’un seul éclat de pierre
nous ne faisons que mitonner les pierres
sans raison
sans but
ce n’est pas folie du tout, bien sûr
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Kikuo Takano
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» Il n’y a pas de mots plus poétiques que d’autres. Car la poésie n’est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l’épanouissement splendide de l’aurore – pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots quand ils atteignent l’âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l’aurore, la tritesse ou la joie.
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Pierre Reverdy in « Cette émotion appelée poésie » (1950)