Oiseaux

.

séraphiques

en costumes luisants, les yeux noirs,

ils observent nos membres sans plume

mais jamais ne nous recherchent

car nous sommes des corps :

le lieu de l’exil dans le monde.

.

Torild Wardenaer

Loca Lee

 

 

Sa maison

 

Elle pensait peut-être que jamais

ce ne pourrait être une vraie catastrophe

si tout était propre et bien rangé

.

Elle pensait peut-être en entrant

dans une autre maison que ce pourrait

être la sienne car l’odeur lui était familière

.

Elle pensait peut-être que rien ne dure

pas même les murs de la maison

sans l’intervention d’un mensonge apaisant.

.

Hanne Bramness

Stéphane Guillaume

 

 

 

(de) Matière solaire

.

Le mur est blanc

et brusquement

sur le blanc du mur tombe la nuit.

Il y a un cheval proche du silence,

une pierre froide sur la bouche,

pierre aveuglée de sommeil.

Je t’aimerais si tu venais maintenant,

si tu penchais

ton visage sur le mien tellement pure

et tellement perdu.

O vie.

.

Eugénio de Andrade

Image Jean-Christophe Philippi – Trinité février 2003

Descente

.

Amère ma rosée

Sur les bouches tendues

N’abandonne pas

.

Ces lumières tremblantes

Ni cette densité

où germent la soif

La faim

.

Peut-être que dans les poitrines

Une rose

Veille à la stricte monotonie des astres

.

Peut-être un chien

Un buisson de fenêtres

Peut-être

Une femme buste lumineux

.

Peut-être une mort

Et la descente douce vers l’eau

De ceux qui savent.

.

Gérald Neveu

Anonyme

(de) Lettres à un jeune poète

.

« Fuyez donc les grands thèmes pour ceux que vous offre votre quotidien : dites vos tristesses et vos désirs, vos idées fugitives et votre foi en une beauté, quelle qu’elle soit. Dites tout cela avec une sincérité profonde, sereine, humble et, pour vous exprimer, utilisez les choses qui vous entourent, les images de vos songes et les objets de vos souvenirs (…) Tâchez de ramener à la surface les sensations englouties de votre passé ; votre personnalité s’en trouvera affermie, votre solitude s’amplifiera, elle deviendra une demeure de pénombre qu’épargneront le bruit des autres. Et si de ce retour au plus profond de vous même, de cette plongée dans votre propre monde naissent des « vers », vous n’aurez plus l’idée de demander à quelqu’un si ces « vers » sont bons.  »

.

Rainer Maria Rilke – Lettres à un jeune poète

D’ailleurs

.

Savoir si quelque chose

N’est pas dans ce coin justement là

Où il n’y a jamais rien

.

Tu lis

Comme si tu désespérais

Comme si un presse-papier

Eût écrasé les violettes

Comme si dans ce coin

Brûlait

Une lumière d’ailleurs

.

Jiri Olic

Ejiro Miyama

Là qu’est la terre

.

La

vie. L’indécision. Le doute. Le

vague à l’âme. Le désir

.

de repartir

avec

autant

de colère, de trancher le nœud

.

gordien et de faire voile

contre

le vent, si c’est là

qu’est la terre.

.

Jan Erik Vold

Helen Levitt

 .

Cuisson des pierres

.

nous vivons en faisant cuire des pierres

nous les cuissons à petit feu

nous faisons cuire des pierres

nous vivons en cuisant des pierres

.

sans colère

sans amour

sans faim

.

ce n’est pas à cause de nos aspirations, bien sûr

il n’y a qu’un seul éclat de pierre

nous ne faisons que mitonner les pierres

sans raison

sans but

ce n’est pas folie du tout, bien sûr

.

Kikuo Takano

 Lars Tunbjörk

Pierre Reverdy

.

 » Il n’y a pas de mots plus poétiques que d’autres. Car la poésie n’est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l’épanouissement splendide de l’aurore – pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots quand ils atteignent l’âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l’aurore, la tritesse ou la joie.

.

Pierre Reverdy in « Cette émotion appelée poésie » (1950)