Visages dans les wagons

.

Peu

reviennent Ceux que la nuit relie

à leur destin informe se contentent

de dormir C’est là

.

fin de l’hiver Le ciel n’allume

que les étoiles qui dans la mer

se forment

Peu reviennent

.

au présent, berceau

du temps tout entier. Il n’est ni mémoire ni

mer ni main qui puisse recueillir

la lumière que perd la nuit,

chaux

dont elle mouille ceux qui s’en reviennent.

.

Gastao Cruz

Étude au crayon de Edward Hopper pour « Nighthawks »

Le beau lac



à l’envers

la dent du chat frémit

sur l’eau grise


d’une roselière

surgit le nez d’un canot

engourdi


d’un bosquet

de chênes rourvres

j’imagine


la maison du poète

qui ne pissait

que l’eau claire

Andy Denzler

Un sale instant



une ombre

palpable

derrière le carreau


qui me regarde

comme si j’étais dehors

avec elle


ou si

la chambre était le reflet

d’un rêve déplacé


je ne bouge pas

je la regarde à mon tour


quelque chose peut céder


d’un geste

l’instant pourrait même

se retourner

(de) Épiphanie de l’ange

 

Cette brume aussi passera,

cet hiver sans pluie,

les hirondelles reviendront et toutes

les formes vivantes

vivront

avec les algues et les rêves

que je reconnaitrai.

 

Robert Veracini

 Pierre Alain Emmi

Une maison là-bas

 

Une maison là-bas

avec sa porte ouverte

et ses deux tourterelles

récitant inlassablement le nom de l’absent

Une maison là-bas

avec son puits profond

et sa terrasse aussi blanche

que le sel des constellations

Une maison là-bas

pour que l’errant se dise

j’ai lieu d’errer

tant qu’il y aura une maison

là-bas

 

Abdellatif Laabi

Image Nicolas de Stael

 

 

 

Léonard



sa voix

souffle l’ombre

et la clarté


une simple feuille

tombe


cela lui suffit

pour qu’elle rende

au monde

son invisible beauté


et dans le silence

de l’après

il reste

encore cette prière

qui ne finit pas


Hineni

Hineni

tv5

Louis Soutter

(de) Sol absolu

mais comment dire l’amour

le désastre et le commencement

le temps courbé sous la veille infinie

et les débris de plâtre

incrustés sous la peau –

 

Lorand Gaspar

ImageAtaa Oko

(de) cheveux emmêlés

 

Des cinq vêtements

Qu’elle portait l’un sur l’autre

Le souvenir d’un col

Où fleurissaient sur fond rose

Des chrysanthèmes en fil d’or

 

Yosano Akiko

Image Olivier Metzger

 

 

Simone Weil

« Ne jamais faire de violence à sa propre âme ; ne jamais chercher ni consolation, ni tourment ; contempler la chose, quelle qu’elle soit, qui suscite une émotion, jusqu’à ce que l’on parvienne au point secret où douleur et joie, à force d’être pures, sont une seule et même chose : c’est la vertu même de la poésie. »

Simone WEIL – « Écrits historiques et politiques »