(de) Pollens

.

Dans l’amour, sa première demeure,

le temps se promène avec un corps de rose,

les roses, avec un corps de lumière.

Dans le temps, son autre demeure,

le poussière se promène avec des pieds de vent,

le vent avec des pieds de poussière.

.

Adonis – Mémoire du vent

 Christopher McKenney

 

Au début

.

non même une pierre

ne vole pas

de retour dans la main

elle flotte et

les yeux s’immergent

dans l’eau

ils y trouvent le souffle

mémoire des branchies

ainsi personne ne se noie

quand le poème finit

peut-être le lecteur commence-t-il

à glaner mot pour mot

à chercher une force d’appui

par sa propre voix

au-delà du texte

au-delà d’un rivage

 

 

Eva Maria Berg

Image Guillaume Bresson

Nulle part

 

L’endroit où ils étaient couchés, il a

un nom – il n’en a

pas. Ils n’étaient pas couchés là. Mais il y  avait quelque

chose

de couché entre eux. Eux

ne voyaient pas à travers.

.

Ne voyaient pas, non,

parlaient de

mots. Aucun d’eux

ne s’est réveillé, le

sommeil est venu sur eux.

.

Paul Celan

Zhu Lanqing

 

(de Poésie)

.

La terre toute entière visible

mesurable

pleine de temps

.

suspendue à une plume qui monte

de plus en plus lumineuse.

 

Philippe Jaccotet

 Riego Van Wersch

 

Andrée Chédid

.

« Au fond, qu’est-ce que la poésie sinon l’interrogation sur les choses décisives de la vie, l’amour, la mort ? Je crois que j’ai écrit des romans pour essayer de dire ce que je fais en poésie ! [Rires.] Les gens s’imaginent que la poésie c’est obscur, un truc éthéré, un machin qui virevolte dans l’air. Alors qu’elle touche à l’essence de l’homme. Écrire un poème, c’est prendre la vie à bras-le-corps, en tirer tout le vif. Le vif de la vie c’est aussi accepter la mort. »

.

Andrée Chédid – Télérama, octobre 2000

Trou d’étoile

.

Je m’assois

tout au bord

d’une étoile

et regarde la lumière

se déverser

de mon coté.

Elle passe

à travers

un petit trou

dans le ciel.

Je ne suis pas très heureux

mais je peux voir

comment sont les choses

au loin.

.

Richard Brautigan

Image John Brosio

Aylan 

d’autres

viendront

à leur tour

s’échouer sur cette plage


on les retrouvera

encore

couchés sur le ventre

sans nom et sans bagage


on pleurera

un peu


puis

on regardera

les corps

disparaitre dans le noir

de la nuit

Maryam Alakbarli

(de) habertstrass

.

Jeunes vieux

passants que la nuit traverse

la mer et ses feux.

 

les uns rient plus haut que les toits

et parfois trébuchent

comme si leur ombre même

brulait à l’intérieur.

 

Guy Goffette

Daniel Soares

 

Boulevard de la Colonne


 

je marche

parmi ceux qui traversent

l’après-midi


déjà

cinq heures


les visages passent

sans se retourner


je longe

la lumière des vitrines


je continue

sans savoir ce qui nous fait

avancer

tv5

Carlo Zinelli

On voit

.

Par le monde on voit

chambres rouges

avenues à flambeaux

femmes aux orteils posés

sur des terres chaudes

invitations à mourir

faites la nuit comme le jour

parfois près de l’usine atomique

des glaneuses penchées

jusqu’au soir.

.

Jean Follain

Ole Marius Joergensen

.