Lettre

 

où es-tu ?

où sont  les promontoires de roses

la route qui traverse les flammes,

les crêtes parjures ?

où est la perle qui

se ferme comme une coquille

où sont les carnavals d’avant la fin du monde ?

où est l’astre victorieux sur le drapeau ?

où est le cœur du brouillard ?

où es-tu

Où sommes-nous ?

 

Bei Dao

William Hess

 

Habitance

le jardin

en fin d’après-midi


je te vois

par la fenêtre


tu rassembles

tout ce qui tombe sans bruit


il faut bien –

dis-tu

faire quelque chose de ces feuilles

après la terre se débrouillera

  Yean j Yue

(de) Conférence sur un paysage

 

Comme quand le paysage glisse

sous la

peau. Comme quand l’hiver s’installe

dans un

 

puits. Celui qui s’en va

regarder

dedans

y trouve le ciel, qui se change en

 

nuit.

Et une étoile

qui scintille

dans le ciel véritable.

 

Jan Erik Vold

Robert Darch

 

(de) Poésie verticale

 

Être.

Et rien de plus.

Jusqu’à ce que se forme un puits en dessous.

 

Ne pas être.

Et rien de plus.

Jusqu’à ce que se forme un puits au-dessus.

 

Ensuite,

entre ces deux puits,

le vent s’arrêtera un instant.

 

Roberto Juarroz

Melissa Schriek

 

Chemin des moulins



dans le palais

qui nous habite

nos corps

se croisent en silence


l’air porte

le rance et le jauni


au fond du couloir

respire une lumière

malade –


sans doute

sommes-nous morts ici

sans même avoir été

avertis

Matthew Beck

(de) Neige

 

Sait-elle

qu’elle existe

la corneille sur le fil

de fer ?           Car la nuit vient.

De leur passage en terre

inconnue, rien n’est resté.

 

Les os

trop lourds, les crânes

disproportionnés appuyés au mur

de béton

Lui monte

à la porte

du dépositoire la garde…

 

Gérard Bayo

 Pierre Soulages

Toussaint

la petite vieille

l’œil bas

qui astique la dalle

jouxte


elle sait peut-être

où vont les morts


quand les tombes

disparaissent

le jour

de tes funérailles

nous étions pourtant là

une rose à l’œil

à prier sous un ciel

de taille

Bertrand Lamouroux

La disparition



invisibles

l’un pour l’autre

nous traçons

de nos bras

des cercles silencieux


quelque chose –


est-ce l’air

ou le souffle

échappé de nos poumons


nous obombre

jusqu’à nous effacer

lentement

Soo Burnel

(de) La terre vaine

 

Pas de rocaille

S’il y avait de la rocaille

Ainsi que de l’eau

Et de l’eau

Une source

Un étang parmi la rocaille

S’il y avait ne serait-ce que le bruit de l’eau

Pas la cigale

Et le chant de l’herbe sèche

Mais le bruit de l’eau sur la rocaille

Là où la grive-ermite chante parmi les pins

Plic ploc plic ploc ploc ploc ploc

Mais il n’y a pas d’eau

 

Thomas Stearns Eliot

Clement Chapillon

(de) Rencontre

 

Sur ma terrasse en Virginie, 

Loin des vols d’étourneaux, 

Quand le soleil 

Dévore un blanc cadastre,

J’ai ravi le poignet du silence, 

L’ai serré contre moi :

Tout était ocre et bleu

Et le sentier sur mon épaule, 

Tel un grain d’orge, s’est posé. 

 

Ô floraison !

 

Gérard Engelbach

 Dan Wetmore