Chemin des moulins



dans le palais

qui nous habite

nos corps

en silence se croisent

dans de sombres couloirs

l’air porte

le rance et le jauni

au fond

une lumière malade

respire

sans doute

sommes-nous morts

sans même avoir été

avertis

Matthew Beck

(de) Neige

 

Sait-elle

qu’elle existe

la corneille sur le fil

de fer ?           Car la nuit vient.

De leur passage en terre

inconnue, rien n’est resté.

 

Les os

trop lourds, les crânes

disproportionnés appuyés au mur

de béton

Lui monte

à la porte

du dépositoire la garde…

 

Gérard Bayo

 Pierre Soulages

Toussaint

.

cette petite vieille

l’œil bas

qui astique la dalle

jouxte

elle sait peut-être

où vont les morts

quand ils nous dés-appartiennent –

le jour

de tes funérailles

nous étions pourtant tous là

une rose à l’œil

à prier sous un ciel

de taille

   Bertrand Lamouroux

Vers de la fin



invisibles

l’un pour l’autre

nous traçons

de nos bras

de grands cercles

silencieux

qui nous obombrent

jusqu’à nous effacer

doucement

Soo Burnel

(de) La terre vaine

 

Pas de rocaille

S’il y avait de la rocaille

Ainsi que de l’eau

Et de l’eau

Une source

Un étang parmi la rocaille

S’il y avait ne serait-ce que le bruit de l’eau

Pas la cigale

Et le chant de l’herbe sèche

Mais le bruit de l’eau sur la rocaille

Là où la grive-ermite chante parmi les pins

Plic ploc plic ploc ploc ploc ploc

Mais il n’y a pas d’eau

 

Thomas Stearns Eliot

Clement Chapillon

(de) Rencontre

 

Sur ma terrasse en Virginie, 

Loin des vols d’étourneaux, 

Quand le soleil 

Dévore un blanc cadastre,

J’ai ravi le poignet du silence, 

L’ai serré contre moi :

Tout était ocre et bleu

Et le sentier sur mon épaule, 

Tel un grain d’orge, s’est posé. 

 

Ô floraison !

 

Gérard Engelbach

 Dan Wetmore

 

 

(de) Aria

 

Met en rang ses souvenirs

ils crient qu’ils n’ont jamais existé.

Met en rang les noms

ils battent ensemble comme des cuillers de bois.

Met en rang les visages et eux par bandes se délitent

mélangeant les ongles et les sons.

Parle avec l’air.

« Tu ne blesses pas » dit-elle,

mais l’air brûle et fauche – à ras – le passé.

 

Antonella Anedda

Carla Piacenza

 

 

 

 

Approche

 

D’intense oubli

Aux pupilles closes

Ce lent ferment,

Cette variation,

Le jeûne de la vallée

Elle irradie

Nul soleil ne l’illustre

À portée de main,

En silence,

Tel le somnambule

 

François Muir

Olivia Arthur

Parc du Portugal


le chant

des oiseaux

que le soir agite


un souffle

dans les cheveux

la lumière oblique


nous sommes cent

ou peut-être mille

assis sous la maison

aux volets clos


dans l’attente

d’un vers

Caroline Dufour

(de) La retenue

 

au temps

au regard

à la lumière

 

au jour déjà commencé,

qui devra prendre date

aux mots écrits pour ce jour-là.

 

à la lumière

 

soustraire au sens du fleuve,

au temps,

ce qu’il charrie,

ne pas le regarder couler

s’enfouir sous le vert gazon

qui borde ses rêves.

 

soustraire au cours ma propre voix

le monde à mes yeux

 

ce matin

au temps

au regard

à la lumière.

 

Lucie Taieb

Margherita Premuroso