(de) Quel est ce visage ?

 

à chaque nom

il manque d’être

le nom

chacun fut un début

qui rêva de fonder

le commencement

 

chacun dans ce rêve

s’est couvert d’un visage

floraison du bref

que sa propre brièveté

efface

 

Bernard Noël

Klavdia Balampanidou

(de) Le poids de l’ombre

 

Tu peux m’appeler cygne, ombre

dévoilée. Tu peux m’appeler

draps tissé d’eaux lancinantes,

corne nuptiale.

Je ne suis rien sinon sur ton corps

un éclat

de soleil, de sang ou de sel.

Eugénio de Andrade

Tim Engle

L’art

 

d’écrire des poèmes, disons,

n’est pas une histoire de réussite personnelle

cette surprise

 

Sur le chemin du travail

deux papillons blancs

& du trèfle le long des trottoirs

 

de demander

de vouloir en tirer autant.

 

Paul Blackburn

 

(de) Veillées

 

C’est le repos éclairé, ni fièvre ni langueur, sur le lit ou sur le pré.

C’est l’ami ni ardent ni faible. L’ami.

C’est l’aimée ni tourmentante ni tourmentée. L’aimée.

L’air et le monde point cherchés. La vie.

– Était-ce donc ceci ?

– Et le rêve fraîchit.

 

Arthur Rimbaud

Antoine Henault

 

Octobre blanc



chassée

par le vent

la page

autrefois arrachée

au cahier du jour

puis

cet enfant –

moi peut-être ?

trempé de pluie

qui passe

sans un regard

devant

la closerie

Clay Maxwell Jordan

Vers huit heures


et puis

c’est le jour

d’après


différent

un peu las peut-être


je me lève

le ciel

a la couleur bleue

qu’il portait hier

je reste un long moment

à le regarder


un oiseau passe


je ne souviens pas

de l’avoir vu

hier

 Caroline Dufour

Grille

 

Derrière les barreaux

on entrevoit

une figure en attente

Une jeune fille

un écolier

un prisonnier

Subrepticement

à la nuit tombante

lui faire passer

une lettre

une plume de geai

la clef des champs

 

Michel Butor

Nirav Patel

 

(de) Au bord de l’infini

 

Des pinces à linge

En situation périlleuse

Retenant une robe si parfaite

Dans son contentement suspendu

Des draps blancs maculés

Des seaux d’eau sale

Une femme balaie le vent

Un jour idéal

Pour laver

La mémoire

 

Carolyn Carlson

Natsumi Hayashi

 

 

Confinement



quelques images

s’accrochent

aux murs fabuleux


la maison

se souvient encore du temps

où tout était là


le silence avait trouvé

sa propre voix

on croyait

qu’il nous gardait à l’abri

du monde


dehors

quelque chose attendait

déjà

image Philip Holt

de « Parenthèses de la lumière »

 

Puis-je entrer

des êtres regardant le champ
comme des hommes : blé, vent

& la soie rouge des pensées
A perte de vie

(Pour chaque corolle)
Un espace se disjoint

Silence sur tes yeux
sur le front du hasard

je tresse une couronne de
coquelicots

avec un seul fil : blé, vent
qui s’engouffre à l’infini

 

Sophie Bressart

Francis Palanc