(de) Aria

 

Met en rang ses souvenirs

ils crient qu’ils n’ont jamais existé.

Met en rang les noms

ils battent ensemble comme des cuillers de bois.

Met en rang les visages et eux par bandes se délitent

mélangeant les ongles et les sons.

Parle avec l’air.

« Tu ne blesses pas » dit-elle,

mais l’air brûle et fauche – à ras – le passé.

 

Antonella Anedda

Carla Piacenza

 

 

 

 

Approche

 

D’intense oubli

Aux pupilles closes

Ce lent ferment,

Cette variation,

Le jeûne de la vallée

Elle irradie

Nul soleil ne l’illustre

À portée de main,

En silence,

Tel le somnambule

 

François Muir

Olivia Arthur

Parc du Portugal


ce souffle

dans les cheveux

la lumière oblique

et le chant des oiseaux

que l’attente agite


nous sommes

peut-être cent

ou mille

assis autour de la maison

aux volets clos


le soleil

est au bord du soir


la ville reprend son souffle


derrière nous

une voix d’homme récite

des vers en anglais

Caroline Dufour

(de) La retenue

 

au temps

au regard

à la lumière

 

au jour déjà commencé,

qui devra prendre date

aux mots écrits pour ce jour-là.

 

à la lumière

 

soustraire au sens du fleuve,

au temps,

ce qu’il charrie,

ne pas le regarder couler

s’enfouir sous le vert gazon

qui borde ses rêves.

 

soustraire au cours ma propre voix

le monde à mes yeux

 

ce matin

au temps

au regard

à la lumière.

 

Lucie Taieb

Margherita Premuroso

(de) Quel est ce visage ?

 

à chaque nom

il manque d’être

le nom

chacun fut un début

qui rêva de fonder

le commencement

 

chacun dans ce rêve

s’est couvert d’un visage

floraison du bref

que sa propre brièveté

efface

 

Bernard Noël

Klavdia Balampanidou

(de) Le poids de l’ombre

 

Tu peux m’appeler cygne, ombre

dévoilée. Tu peux m’appeler

draps tissé d’eaux lancinantes,

corne nuptiale.

Je ne suis rien sinon sur ton corps

un éclat

de soleil, de sang ou de sel.

Eugénio de Andrade

Tim Engle

L’art

 

d’écrire des poèmes, disons,

n’est pas une histoire de réussite personnelle

cette surprise

 

Sur le chemin du travail

deux papillons blancs

& du trèfle le long des trottoirs

 

de demander

de vouloir en tirer autant.

 

Paul Blackburn

 

(de) Veillées

 

C’est le repos éclairé, ni fièvre ni langueur, sur le lit ou sur le pré.

C’est l’ami ni ardent ni faible. L’ami.

C’est l’aimée ni tourmentante ni tourmentée. L’aimée.

L’air et le monde point cherchés. La vie.

– Était-ce donc ceci ?

– Et le rêve fraîchit.

 

Arthur Rimbaud

Antoine Henault

 

Octobre blanc



chassée

par le vent

la page

autrefois arrachée

au cahier du jour


puis

un enfant –

moi peut-être ?

trempé de pluie


qui passe

sans un regard

devant

la closerie

Clay Maxwell Jordan

Vers huit heures


et puis

c’est le jour

d’après


différent

un peu las peut-être


je me lève

le ciel

a la couleur bleue

qu’il portait hier

je reste un long moment

à le regarder


un oiseau passe


je ne souviens pas

de l’avoir vu

hier

 Caroline Dufour