L’arche



assis

sur le pont arrière

nous attendons

que le bateau bouge


autour de nous

des gens seuls

des couples taiseux

quelques familles recomposées


aussi un chien

dont on voit la tête

dépasser d’un sac


et cette sirène

sur un siège

que personne ne semble

remarquer

André Lichtenberg

(de)Ancestrale

.

On entend

toujours une voix

Toujours

on regarde un visage

On attend

heure par heure qui

doit arriver

On épie

son retour

ses aubes

son approche dans l’air

du soir

Seule à présent

Tu chutes dans le précipice de tes cris

.

Goliarda de Sapienza

Andy Feltham

Lettre à M.


tu as parlé

de la neige qui tombe

depuis deux jours


de ta rue disparue


des voitures

pareilles

à des formes blanches


tu as parlé

du petit chien

qui s’enfonce dans le jardin


du froid

qui traverse les vitres

d’une porte

qui ne ferme plus


tu as dit –

le soleil s’en vient

bientôt


ta voix venait de très loin

je l’écoutais


dans tout ce que tu disais

je cherchais

si tu allais bien

Elene Shengelia

Rue a disparu



sur le sentier

qui monte au ciel

le jour se retire


le cœur battant

je vous cherche


je ne vous entends

pas venir


je murmure

votre nom

vos pas se sont-ils perdus

plus loin

Mark Power

Hémorragie

.

Dans l’encadrement

tu te tiens

droite

et tu appelles le chat

absent ce matin

.

Assis à la table

je te regarde de profil

et je pense qu’il va falloir

quitter ce moment

comme tant d’autres

sans y être jamais

préparé

.

Dominique Ané

Amenda Jasnowski Pascual

Drôle de vie tout de même



c’est toujours

après

que la lumière revient


après que la porte

se soit refermée

que la voix se soit tue  


après que la main

ait enfin lâché prise


dans l’air

maintenant

quelque chose attend


je reste là

sans savoir


que faire du jour

qui s’ouvre

Caroline Dufour

Touffeur d’automne

ce qui

tient encore

dans le blanc de la page


ces choses

d’avant

que je n’ai pas su défendre


leur silence

parfois quand j’écris

Chloe Meynier

Un vieux papier

.

elle ne se soucie pas de politique

ne se soucie pas, sous la pluie

qu’un poisson transporte ailleurs un îlot, la géographie ne l’intéresse pas

au sortir du village, le soleil se lève sur tant d’horizons

que rien ne l’empêche d’atteindre le numéro 54 de la ruelle des amoureux, alors

elle ne se préoccupera pas du corps d’un homme, ni à marée basse

du poisson sur la plage — mort

.

elle se soucie moins encore de la mort, du coût des sépultures qui chaque année

grimpe

malade, elle n’y réfléchit guère, jusqu’à ne plus pouvoir bouger

ne plus pouvoir attraper le linge sur le balcon

le boire et le manger, elle n’en fait pas grand cas, les pesticides dans les légumes,

les huiles usagées, la mélamine tout cela est bien plus léger qu’une tristesse véritable

que crois-tu pouvoir contre moi? demande-t-elle comme à un amour passé

.

de quoi donc te soucies-tu ? questionne-t-il sans relâche

elle baisse la tête, aperçoit un vieux papier dans la corbeille

quelques traits de couleur

des caractères

tout chiffonnés

comme si ce papier

jamais n’avait été immaculé

.

YU Xiuhua

Aaron Canipe

Cela et autre chose



flocons de brume

lentement

sur le trottoir encore tiède


les corps disparaissent

comme si

le jour les avait rêvés


je voudrais

n’avoir plus rien d’autre

à écrire


partir moi-aussi

comme si

je n’avais jamais été

Hülya Cömert

Conseil pour le temps présent

.

Avant tout

tu dois croire

que le jour survient

quand le soleil se lève

Mais si tu ne le crois pas,

dis oui.

Ensuite,

tu dois croire

et de toutes tes forces,

que la nuit survient,

quand la lune se lève.

Si tu ne le crois pas,

dis oui,

ou approuve en hochant la tête,

cela ils l’acceptent également.

.

Ilse Aichenger

Martin Parr