L’accalmie



une pulsation

lente

quelque part

entre ciel et peau

le jour se défait

en filaments pâles

l’ombre

se laisse approcher

et comme en songe

le silence

qui s’étend

devient le cœur

du paysage

Jean Louis Saiz

Propos de l’après


dans

la blancheur

du songe

pas de mot

pas de cri

pas même

un nom qui viendrait

creuser une explication

seulement

le silence

épais

comme une main pleine

de lumière

et ce souffle –

baume

sur la plaie encore

ouverte

Pierrette Bloch

Disjoindre



ce corps

tenu au silence

veut repartir

je l’ai senti

l’autre soir

dans l’éclat d’un geste

mal posé

rien d’autre

j’étais seul

à nu

sur la pointe des os

tout était là

le vide

l’effort d’y tenir

et cette lumière ouverte

dans les yeux

comme le cri d’un tissu

qu’on déchire

trente Park

Si rien ne reste


une ombre

furtive

glisse au long du mur

je tends une main

sans l’atteindre

son souffle

léger

effleure encore mes lèvres

pourtant

dans ce vide

que rien ne comble

une paix s’avance

sèche et nue –

le doux vertige

de ne plus avoir à nommer

l’attente

Dolorès Marat

Poème de l’après


je te vois

face à l’eau

le dos droit

comme un refus

tu ne dis rien

et j’aime tant

ce rien-là

les arbres passent

lentement

sur le chemin

la pluie

n’a plus besoin

d’excuses

dans chaque silence

je cherche le mot

que tu retiens

Caroline Dufour

Convoi


ce souffle ancien

celui du vent dans les hautes herbes

celui du temps que l’on nomme

dieu

les jours passent

en filigrane –

nid d’ombre et de lumière

quand nous

frêles silhouettes

marchons toujours

en suivant la trace

des oiseaux

Makoto Fukui

Un jeudi



jour

sous la cendre

presque sans poids

qui passe

le temps d’un frisson

dans la lumière

du ciel

Jan Reich

Trouble



la main effleure

la poussière des ombres

aussitôt

quelque chose cède

s’efface

au moment d’apparaître

la main insiste

palpe le vide

une brèche s’ouvre

et sur la page

tremblant

un visage nait

déjà prêt à se fendre

Caroline Dufour

On ne sait


puisque

l’ombre tisse

son propre récit

maintenant

j’hésite

la lumière ruse

s’allonge en lisière

elle feint un horizon

qui recule

mais plus loin

en moi –

souffle de vie

un seul battement

a suffi

Kati Dovellos

Il s’assoit


après quoi

l’ombre s’élargit

tout autour

le vent hésite aux persiennes

une aile bat quelque part

hors de portée

l’ombre s’arrête  

ou peut-être pas –

il y ce frémissement

presque imperceptible

le temps se déplie

quelque chose s’ouvre

ou s’éteint

il ne sait pas

Marie Boutier