Pleurer


dans la nuit

qui fait peau

j’écris –


pleurer

n’est pas faute

mais l’instant

qui fuit


la fenêtre s’ouvre


les mots

traversent le cercle

ils emportent

tout ce que j’ai tu

Trent Parke

Entre temps


un jour

de semaine

doucement

usé


où viennent

s’entasser des pensées

omises


à peine ébauchées


la lumière

se dirige

vers les choses

immobiles


sous nos pas

sans bruit

la terre continue

de voyager

Trent Parke

Levant



avant

de tendre la page

au regard de l’Autre

je me plie

à la forme qui cherche

à naître

un mot

plus haut s’échappe –

peut-être

est-ce un jardin

que les yeux ne sauraient

connaître

j’y Beaujean

Sans poids



à force

de marcher

le mouvement s’ajuste

à la lumière


le pas devient plus léger

comme si le corps savait déjà

où aller


avant le chemin

avant les pierres


comme

une trace ancienne

que la terre aurait

gardée

Grade Salomon

Angle mort



je fouille

sans précaution

dans l’angle mort

de l’absence


j’y trouve

une mer

encore vive

un lieu lointain


aussi

le goût amer

d’une langue

que le silence

habite

Francesca Woodman

Si étrange est le jour



la lumière

affleurant le mur

je me tourne

sur le côté


je cède

au silence


l’absence revient

je devais songer  


pourtant

tout est là

sous mes yeux

intègre

presque entier –


même le poème

dans la chambre obscure

parait respirer

Jack Davison


La lenteur



le vent

laisse sur la peau

la trace

du jour dernier

assis là

je ne cherche rien

je te regarde

vivre

dans le silence des choses

je reprends la lenteur

oubliée

George Kamelakis

L’eau du jour



le cœur

ne serre plus

il change de rive


il prend

la rumeur des branches

le vent clair


il entend

l’oiseau qui crie –


un passage existe

Bruno Fert

Au ras du jour



le pas

posé

sans témoin

la main presque

ouverte


je n’oublie pas

la promesse


le jour

change d’appui


la terre

garde sous le pied

un chemin


l’attente cesse

Kile Thomson

En hiver




un trait d’écume

se forme

sous nos pieds

un geste

sans mémoire

qui revient –

dis-tu

sans que le rivage

ne se lasse

Constantine Manos