Si ce n’est toi




la mer

plus sourde

plus lente

avec un trait d’écume

sans cesse

à l’abord du rivage

l’air retient

la chaleur du jour

la main s’y accroche

comme un oiseau au ciel

le silence

du poème pour ne rien

érafler

Valentina Luraghi

Sortilège



Sortilège

incassable

est le récit

où je m’enferme

chaque soir

un peu plus

pluie

poussière

ce fil de lumière

quelques mots

juste assez

pour que nos yeux

dans l’eau

se troublent

sans se perdre

Jason Decaires

Ainsi le soir



ton visage

se détourne vers un rang

de pierres desséchées

juste en dessus

la lenteur rousse boit

la lumière du soir

je te parle – encore des mots

sans adresse

ni poids

comme si les ronces étaient

la seule conscience

du jardin

Michel Dheurle

Tel quel



ce fil

mince de lumière

sur l’épaule du soir

le mur

s’empare de l’éclat

l’ombre cède

et sur l’envers

apparait

ce qui au jour

s’ouvre

en secret

Marchi

Sous cloche



au matin

les voix d’algue

bruissent

sous le verre du souvenir

bribes sans nom

sans contour

à demi effacées

comme si le rêve

sitôt défait du réel

s’acharnait à prolonger

la rumeur

Matthew Sprout

Tête bêche



au seuil de pierre

sans but ni volonté

je m’écarte

comme si le cours des choses

m’était étranger

le soir tombe

l’œil rougit l’instant

j’écris

à voix basse des mots

pour penser

Fernand Desmoulin

Huis clos



le vent garde

dans sa paume

la chaleur des nuits d’été

je me tourne vers toi

épaule contre sol

quelque chose remue

c’est en-dessous

peut-être est-ce

la terre qui souffre

d’insomnie

Kathleen Meier

Vérité vraie



une arche

le vent

un ciel menaçant

le ciel se penche

l’arche se fissure

et de l’ombre

surgit un regard rieur

presque insolent

après

je ne peux ni aller

ni venir

mes os claquent

dans un silence de mort

j’attends –

la vie est un rêve

dont je n’ai jamais

pris soin

SMITH

L’oiseleur


ces oiseaux

qui tournent

sans fin

dans l’arrière-cour

de la maison à deux –

avec leurs ailes

chaque fois

un peu plus lourdes

et ces cris

dedans

jetés au vide

Daisuke Yokot

En forêt



au bord du lit

asséché

dans la main d’un rocher

se fissurent

les lignes du monde

souffle – ou chute

élan – ou perte

les yeux aspirés

par ce qui se dérobe

ainsi disparaît

l’ombre qui me suivait

puis l’absence de mots

s’étend

jusqu’aux dernières

lueurs

Alain Laboile