Là ou la voix



je marche

vers un lieu

où la voix n’appelle

rien de certain


où les visages

devant soi

apparaissent à la lisière

du rêve


où chaque feu

ouvre un désir

qui recule toujours

un peu plus loin

Édouard Taufenbach

Hantise



je n’habite

plus tes bras

ni ce lieu où nos corps

se sont mêlés


à présent

tout se défait

lentement


la voix


la trace de nos mains

sur les murs


le creux

laissé par les objets

abandonnés

Francesca Woodman

Le seuil



chambre

en friche

au bord d’un fossé


l’eau a gagné

le seuil


le courant grossit


une ligne

brune

avance sous la porte


je la regarde


il faudrait

peut-être sortir d’ici

Kathleen Meier

La pièce



un peu

de poussière


un reste de pain

durci


la lumière

qui effleure la table


la chaise

à son tour

avant que la main

ne la pousse sur le côté

les choses ne

disent rien

elles n’en pensent

pas moins

Jack Davison

Persistance



certains soirs

j’aperçois

encore la maison aux vitres

jaunes


je ne sais

jamais

ce qui la ramène

jusqu’ici


derrière les vitres

rien ne bouge

la lumière est allumée


longtemps

après son départ

je regarde l’endroit par

où elle est passée

Emmanuele Ravagnani

Encore un peu



des bris de ciel

ça et là

sur un sentier rentré –

l’eau attend

avant de s’infiltrer


je marche sur le côté


au-dessus les arbres

s’ébrouent

la lumière les traverse


leurs feuilles tremblent encore

dans le vent

Sara Silk

Avec ou sans moi



un jour

ordinaire


quelques pensées

flottent


à la lisière

sans savoir où

se poser


à voix basse

j’écris –


avec ou sans moi

la terre

continue de voyager

Trent Parke

Avant la page



je reviens

là où quelque chose

cherche à naitre


j’y reste

longtemps

sans rien faire

dans la blancheur

du silence

mon corps se replie

sur lui-même

jusqu’à ce mot

que mes yeux seuls

n’auraient pu

reconnaître

j’y Beaujean

Avant le chemin





à force

de marcher

le pas s’ajuste

à la lumière


il devient plus léger


comme si le corps –

avant le chemin

avant les pierres


savait où il allait

Grade Salomon

La coquille



je fouille

dans l’angle mort

de la coquille


j’y trouve

une mer encore vive


un soleil blanc

sur la peau


puis des corps

sur le sable

alignés

comme après la défaite


j’ignore

ce qu’ils attendent


le vent

qui se lève

emporte les cris

des oiseaux

Francesca Woodman