Si rien ne reste


une ombre

furtive

glisse au long du mur

je tends une main

sans l’atteindre

son souffle

léger

effleure encore mes lèvres

pourtant

dans ce vide

que rien ne comble

une paix s’avance

sèche et nue –

le doux vertige

de ne plus avoir à nommer

l’attente

Dolorès Marat

Poème de l’avant


je te vois

face à l’eau

le dos droit

comme un refus

tu ne dis rien

et j’aime tant

ce rien-là

les arbres passent

lentement

sur le chemin

la pluie

n’a plus besoin

d’excuses

dans chaque silence

je cherche le mot

que tu retiens

Caroline Dufour

Convoi


ce souffle ancien

celui du vent dans les hautes herbes

celui du temps que l’on nomme

dieu

les jours passent

en filigrane –

nid d’ombre et de lumière

quand nous

frêles silhouettes

marchons toujours

en suivant la trace

des oiseaux

Makoto Fukui

La nuit le jour


obstinée

la lueur s’attarde

aux façades de la maison

ouverte

un mot fuyant

s’échappe

entre mes lèvres

les murs eux

demeurent

ils veillent

sur nos ombres

muettes

Will Hooper

Confidence


au sortir

de l’absence

le ciel s’ouvre plus vaste

plus profond

le vent geint

dans une langue familière

des oiseaux sans cri

sans poids

s’accrochent à l’ombre

s’y fondent

comme pour en adoucir

la chute

Le postier tchèque

Seuil absolu


la rue silencieuse

traversée

de quelques fenêtres allumées

et dans l’arrière-cour

immobile

la neige

sans bruit qui recouvre les choses

est-ce mon regard qui suit ton pas

ou l’hiver

doucement qui vient

te chercher

Caroline Dufour

Dans l’après-midi


je me demande

combien de silences

il faut

pour que ton absence

se taise enfin

les ombres les arbres la pluie

le vent

me frôlent

mais le ciel est trop haut

pour y graver

le moindre nom

Dominique Hérion

Traverser l’instant


un chat

inconscient

du poids des heures –

pas Kawamura

un autre

s’étire sur le seuil de porte

je lui envie son silence

sa grâce

il sait

moi j’apprends

le vent chasse le gris

les feuilles mortes jonchent le sol

peut-être savent-elles

elles-aussi

Kono Bairei

Terrain vague


c’est un espace

sans bord

sans fin

où des poignées de mots instables

jonchent le sol

un chemin de pas

hésitant

serpente entre l’oubli

et la joie

la lumière y est douce

le vent léger chasse au loin

les ombres

le sais-tu ?

suspendu à l’élan

je pourrais à jamais

vivre là

Olivier Debré