Conte cruel



une arche

le vent

un ciel menaçant


le ciel se penche

l’arche se fissure

et dans le vent  


un rire

presque insolent


je ne peux ni aller

ni venir

mes os claquent

dans le froid

j’attends –


a vie est

un rêve qui va

de mains en mains

SMITH

L’arrière-cour

des oiseaux

tournent

le soir

au-dessus de l’arrière-cour

de la maison à deux

leurs ailes

semblent descendre

avec la lumière

les cris

dedans

ne retombent

jamais

Andrei Fărcășanu

En forêt



dans la main

du rocher

se fissurent

les lignes du monde

personne

n’y lit

sinon

un pan de lumière

qui vient là

sans plus de bruit

Alain Laboile

Un lieu d’abandon



quelque chose

tient

dans le sillon

de l’œil


peut-être

une larme retenue

un souffle d’ombre


la peur

que les lueurs

se perdent au bord

de la paupière

Jean Fautrier

Tourne, tourne le matin




si tu tends

l’oreille

l’herbe mouillée

t’indique le pas


moi

je l’ai su

un matin de rosée


le sol parlait


j’étais là

de bonne heure

immobile


comme un caillou

à l’écart

du chemin

Gustav Klimt

On voit mourir le jour



dans

les dernières lueurs

qui tiennent l’ombre

en lisière


les heures

sans grâce

avancent à tâtons


le vent rejoint  

la nuit


derrière la porte

j’entends

gratter un visage

qui cherche à

revenir

Benjamin Juhel

Le filament



cette larme

fine

presque effacée


filament

sur la joue

juste au-dessus

de l’os –


on dirait

qu’elle connaît

le chemin

Serge Clément

Ton pas


sur une épaule

la main légère

du temps


puis un souffle

dans l’attente

d’un mot


la pierre

en creux

entend le son

de ton pas

l’œil vacille –

rester ou courir

le temps saura



Harry Gruyaert

Accalmie


une pulsation

lente

quelque part

entre ciel et peau


le jour se défait

en filaments pâles


comme en songe

l’ombre

se laisse approcher


le silence

qui s’étend

redevient le cœur

du paysage

Jean Louis Saiz