Ivresse



une ombre

comme un voile tremblant

effleure

la peau des murs


les voix –

plutôt une rumeur tiède

s’enroulent

dans le halo bleu


puis

l’accoudoir chavire

sous ma tête

et je tombe à l’envers

du jour

Marchi

Troublance


un visage

attend dans le silence

de la pièce


je ne sais pas

depuis combien de temps

il est là


peut-être

depuis que j’ai cessé

de me reconnaître


il ne me demande rien


il doit se dire –

nous avons tout notre temps

Frédéric Gallier

A voix basse



à voix basse

j’écris

des mots sur un papier


ma main est lente


elle hésite


la blancheur du papier


pas même

à savoir où

poser le mot qui viendra

Fernand Desmoulin

La même nuit



le vent

tient dans sa paume

la chaleur des nuits d’été


la chambre est ouverte

l’air ne suffit pas


je me tourne

alors épaule contre sol


quelque chose remue

au-dessous de moi


la terre

on dirait – ne dort pas

Kathleen Meier

L’arche


une arche

le vent

un ciel qui se penche


l’arche se fissure

le vent rit

le ciel se relève


je suis là

immobile


je ne peux ni aller

ni repartir


mes os claquent

dans le froid


ce qui vient

tient

à presque rien

SMITH

Les oiseaux



quelques oiseaux

tournent

au-dessus de la maison

à deux


ils vont de toit en toit  

sans jamais y descendre


leurs cris les précèdent


on ne sait

ce qu’ils veulent

ou même

ce qu’ils nous reprochent


chaque soir

ils reviennent

et nous les regardons crier

derrière nos fenêtres

Andrei Fărcășanu

Sur le sol



dans les lueurs

du soir

les heures s’en vont

à tâtons


la chambre est immobile


je vois

une ombre allongée

sur le sol


quelqu’un est tombé ici

?

Benjamin Juhel

La cuccina



la main

qui enroule

déroule

une mèche


le pli

des lèvres


ce regard clair

presque franc


sa façon

de tenir la lumière


d’être proche

sans jamais rien laisser

paraître


même après

ce qui a eu lieu

Serge Clément

La main sur l’épaule




une main

se pose

sur mon épaule


je sens

la pression de ses doigts

sur ma peau


elle ne pèse presque rien


je la reçois

comme si elle était

de chair

ou qu’un autre corps

était là

Harry Gruyaert