Confinement



ce qui

de l’intérieur

nous force à rompre

l’écorce des jours

ce sont ces images

accrochées au mur

fabuleux

car quelle que soit

le souffle

ou quelle que soit

la profondeur

des eaux

elles arborent encore

ce vers quoi

nous pourrions

aller

image Philip Holt

Le faux père

.

tu n’es pas

ce que nous sommes

ni même

ce que nous voulions être

tu n’es pas non plus

ce que désignent les mots

tes yeux sont un volcan

et tu racles ta peau jusqu’

au sang

.

Paul Klee

Ascendance



la mer sait

que les royaumes

disparaissent

dans le glissement

de sa langue

l’enfant le sait

lui-aussi

mais entre ses doigts

les algues sont des bannières

et les coquilles – même brisées

offrent l’ombre suffisante

pour y glisser

un secret

 Loretta Lux

(de) Le vrai lieu

 

« Je crois que l’écriture ne peut se définir en termes de bonheur ou de malheur. Peut-être en une alternance de désespoir et de contentement. Quand j’ai terminé un texte, je me dis : voilà une bonne chose de faite. J’emploie cette expression banale dans son sens le plus fort, de véritable accomplissement. Une tâche aux contours incertains était devant moi, je suis allée vers elle, je l’ai prise à bras le corps et elle est achevée. Un objet est là, un texte, qui va aller vivre ou ne pas vivre, c’est selon le lecteur, la lectrice. »

Annie Ernaux – (extrait de « Le vrai lieu »)

La faille

 

un feu

sinue

dans la nuit

il reporte

sur les murs

des visages

que le sommeil n’atteint pas

le tien

est teint d’ivoire

il fait partie de ceux-là

il n’est

ni tout à fait tien

ni tout à fait autre

il est cette image

que la main caressait

autrefois

 Alberto Lara

Dédicace



la nuit

parfois

quand les mots

s’affranchissent

et que le poème trouve

sa raison d’être

 Collin Avery

La matinale



dans le creux

du jour

à force de rien

un filet d’ombre sourd

dans les voix du par-delà

effroi

de ce long récit où l’avide

inlassable

triomphe de nos âmes

du plus bas que le bas

jusqu’à ne voir

que les dépouilles

et les doutes

en même temps

ainsi répandue sur le drap

les yeux mi-clos

je te cherche

un prénom

terrain-vague

Marijane Ceruti

Vers les abysses



avant

l’endroit grouillait

de ces femmes-poissons

que les marins disent

sirènes

il y avait

des épaves pleines

de mauvais or

on entendait

les chants plein de joie

 et d’ivresse

la lumière semblait

si proche

tv5

 Trent Park

Le grand vélo



les allées

blanches

serrées d’arbres nus


des ombres

au détour qui surgissent

de la brume


nos voix muettes

tes yeux

au-dessus des miens



la Seine grise

plus loin

presque éteinte

Cy Twombly

La dame blanche


herbes sèches

épines

silex

le jardin

désormais

est abandonné

aurait-il

fait beau le jour d’avant

serais-je

ici venu plus souvent –

dans leurs yeux

rougis

l’enfant court

encore ici

comme autrefois

Graziela Iturbe