dans le jour qui durcit
les racines boivent jusqu’à
la dernière goutte de terre
un remous d’air
et le ciel s’alourdit
nous restons là
adorables
si peu visibles
dans notre façon de ne pas comprendre
que la vie se désagrège

morceau d’une chose qui a été déchirée
un jour
la porte s’ouvre
et c’est l’hiver
l’air s’engouffre
il fait froid
doucement
les yeux se ferment
on se blottit
sur sa propre épaule
on attend
sans savoir quoi
à l’heure dite
le vent
brûle la pierre
mais
quelque chose
respire sous les arbres
l’humeur lasse
d’une bête
cachée sous un fourré
celle
qui déjà rodait
hier

Maude Schuyler Clay
la petite vieille
l’œil bas
qui astique la dalle
jouxte
elle sait peut-être
où vont les morts
quand les tombes
disparaissent
le jour
de tes funérailles
nous étions pourtant là
une rose à l’œil
à prier sous un ciel
de taille

Bertrand Lamouroux