Presque un souvenir


je bois

ton visage

inhabité


je bois

ta voix parvenue

à son terme


le mouvement

de tes bras

le frisson de ta peau


je bois

ce qui s’en va


avec la lumière

lentement

qui se referme sur toi

  Pierro Percoco

Poésie du chien



à l’heure dite

le vent

brûle la pierre

mais

quelque chose

respire sous les arbres


l’humeur lasse

d’une bête

cachée sous un fourré


celle

qui déjà rodait

hier

terrain-vague

imageMaude Schuyler Clay

Habitance

le jardin

en fin d’après-midi


je te vois

par la fenêtre


tu rassembles

tout ce qui tombe sans bruit


il faut bien –

dis-tu

faire quelque chose de ces feuilles

après la terre se débrouillera

  Yean j Yue

Chemin des moulins



dans le palais

qui nous habite

nos corps

se croisent en silence


l’air porte

le rance et le jauni


au fond du couloir

respire une lumière

malade –


sans doute

sommes-nous morts ici

sans même avoir été

avertis

Matthew Beck

Toussaint

la petite vieille

l’œil bas

qui astique la dalle

jouxte


elle sait peut-être

où vont les morts


quand les tombes

disparaissent

le jour

de tes funérailles

nous étions pourtant là

une rose à l’œil

à prier sous un ciel

de taille

Bertrand Lamouroux

La disparition



invisibles

l’un pour l’autre

nous traçons

de nos bras

des cercles silencieux


quelque chose –


est-ce l’air

ou le souffle

échappé de nos poumons


nous obombre

jusqu’à nous effacer

lentement

Soo Burnel

Parc du Portugal


ce souffle

dans les cheveux

la lumière oblique

et le chant des oiseaux

que l’attente agite


nous sommes

peut-être cent

ou mille

assis autour de la maison

aux volets clos


le soleil

est au bord du soir


la ville reprend son souffle


derrière nous

une voix d’homme récite

des vers en anglais

Caroline Dufour

Octobre blanc



chassée

par le vent

la page

autrefois arrachée

au cahier du jour


puis

un enfant –

moi peut-être ?

trempé de pluie


qui passe

sans un regard

devant

la closerie

Clay Maxwell Jordan