.
papier
de cellulose
en pure pâte
vierge
doublé sur l’épaisseur
et soufflé à l’air chaud
avec son mandrin
exempte de tout parfum
qui aisément
s’éteint dans l’eau
des broyeurs
ou des fosses
septiques
.
papier
de cellulose
en pure pâte
vierge
doublé sur l’épaisseur
et soufflé à l’air chaud
avec son mandrin
exempte de tout parfum
qui aisément
s’éteint dans l’eau
des broyeurs
ou des fosses
septiques
Assassiné par le ciel,
entre les formes qui vont vers le serpent
et les formes qui cherchent le cristal,
je laisserai mes cheveux pousser.
Avec l’arbre à moignons qui ne chante pas
et l’enfant au blanc visage d’oeuf.
Avec les bestioles à la tête brisée
et l’eau haillonneuse aux pieds secs.
Avec tout ce qui est fatigue sourde-muette
et papillon noyé dans l’encrier.
Me heurtant à mon visage différent de chaque jour.
Assassiné par le ciel !
Frédérico Gabriel Lorca
le jour abandonné
a été rejeté sur la plage
de petites araignées travaillent sur le sable fin
sable fin autour du bateau abandonné
entre le métier
qui tisse les vagues
et sur le sable l’araignée
dont l’ombre est le seul compagnon
: le voilier à l’abandon
le jour à l’abandon
.
épaves recouvrant notre rivage à tous
Tomas Transtromer
Lapidaires pour user
pour résister.
Lapidaires et fermés
enclos sur eux-mêmes
secrets
serrés
pour s’opposer à la brisure
pour retenir l’implosion.
Plus subtils qu’un souffle
qu’un frisson de l’ange
impuissant à nous apaiser,
les mots.
Au-dedans
la densité
le poids
l’obscur qui cerne
la marée obsédante.
Au-dedans
poussières
espace émietté
rêves disjoints
discordants.
Nostalgie infinie
d’un creux encore tiède
d’un rire sous l’écorce
broyé.
Nostalgie d’une voix
multiple proche
coléreuse.
Agnès Schnell
Cet arbre et son frémissement
forêt sombre d’appels,
de cris,
mange le cœur obscur de la nuit.
Vinaigre et lait, le ciel, la mer,
la masse épaisse du firmament,
tout conspire à ce tremblement
qui gite au cœur de l’ombre.
Un cœur qui crève, un astre dur
qui se dédouble et fuse au ciel,
le ciel limpide qui se fend
à l’appel du soleil sonnant,
font le même bruit, font le même bruit,
que la nuit et l’arbre au centre du vent
Antonin Artaud
« L’Arbre aux échelles » de François Méchain
Me voici donc à mi-chemin, ayant eu vingt années
– en gros vingt années gaspillées, les années de l’entre-deux guerres –
Pour essayer d’apprendre à me servir des mots et chaque essai
Est un départ entièrement neuf, une différente espèce d’échec
Parce que l’on apprend à maitriser les mots
Que pour les choses que l’on a plus à dire, ou la manière
Dont on a plus envie de dire. Et c’est pourquoi chaque tentative
Est un nouveau commencement, un raid dans l’inarticulé
Avec un équipement miteux qui sans cesse se détériore
Parmi le fouillis général de l’impression du sentir,
Les escouades indisciplinées de l’émotion. (…)
Thomas Stearns Eliot – extrait de Quatre quatuors
Voix toute amenuisée
qui ne se résigne pas au silence
elle n’ébrèche pas les zones
où pèsent les Puissances
elle ne distrait pas même
du froid, du mal de tête
si elle grince c’est pour elle :
dehors on ne l’entend pas
sans cesse elle parle
d’un monde à l’envers
qu’elle ne peut dire
qu’on ne voit pas.
Paul de Roux
Je dois maintenant
désormais je dois
serrer mes lignes
que nul n’en sorte.
Ne plus refuser
le nom et la voix
ne pas recouvrir
la pierre reverdie.
Loi des heures
passant noircies,
la parole amputée
la loi du silence.
Et la peur d’arracher
un mot au marbre
un soupir à l’ombre
un cheveu au sommeil.
Jean Todrani
Anna Maria Maiolino