le ciel
oui
mais creusé
par d’autres mains
que les nôtres
je reviens
comme on vient
la première fois
transi
avec un peu de froid
sur les lèvres
ne sachant
si c’est l’air
plus vif
ou la distance
qui me rend
à moi-même

le ciel
oui
mais creusé
par d’autres mains
que les nôtres
je reviens
comme on vient
la première fois
transi
avec un peu de froid
sur les lèvres
ne sachant
si c’est l’air
plus vif
ou la distance
qui me rend
à moi-même

je te garde
comme un ciel de braise
dans la bouche
tu ne brûles pas
tu restes là
contre mes lèvres
je ferme les yeux –
la nuit
fait encore peau
je te respire
tu feras jour
bien avant
l’heure du matin

Erwin Olaf
la pie
fait ses pas coupés
sur le bord de la fenêtre
comme si le temps venait
à lui manquer
bientôt
la lumière tombera au sol
se brisera
elle perdra ce vert
ensemble
que nous avons tant
aimé

Patxi Laskarai
je marche
vers un lieu
où la voix n’appelle
rien de certain
où les visages
devant soi
apparaissent à la lisière
du rêve
où chaque feu
ouvre un désir
qui recule toujours
un peu plus loin

Édouard Taufenbach
Vers qui suis-je partie ?
Je n’entends plus l’appel
d’un nom ou d’un visage.
Il me suffit ici
d’une saison sans roses,
d’un beau temps de péril,
d’une pénurie grande,
d’un désir si brûlant
que l’espace y prend feu.
Anne-Marie Kegels
Valérie Belin
je n’habite
plus tes bras
ni ce lieu où nos corps
se sont mêlés
à présent
tout se défait
lentement
la voix
la trace de nos mains
sur les murs
le creux
laissé par les objets
abandonnés

Francesca Woodman
chambre
en friche
au bord d’un fossé
l’eau a gagné
le seuil
le courant grossit
une ligne
brune
avance sous la porte
je la regarde
il faudrait
peut-être sortir d’ici

Kathleen Meier