De midi



En quelle nuit

de mon sommeil as-tu


bu jusqu’à l’ivresse à la source


qui jamais ne tarit, en quelle

nuit où je dormais ?

Ô sombre, sombre ta livrée

Plus noire que la nuit.


Notre douleur est ta tendresse,

et maladroit ton chant

emplit la rue, ô matinale

soulé. En quelle nuit de mon sommeil

emplit notre destin

l’oraison ivre de celui-

là qui sans avoir précède


oiseau de midi pour la seconde mort


Gérard Bayo

Andoni Beristain

Muse – 12


la nuit

se déplie

et rend l’œil

à sa propre lumière

je n’ai rien

à vouloir de plus

je suis

le lent détour

du rêve

un visage me regarde –

c’est le tien

Jonathan Bertin

La pièce



un peu

de poussière


un reste de pain

durci


la lumière

qui effleure la table


la chaise

à son tour

avant que la main

ne la pousse sur le côté

les choses ne

disent rien

elles n’en pensent

pas moins

Jack Davison

Un chemin



Un chemin qui est un chemin

sans être un chemin

porte ce qui passe

et aussi ce qui ne passe pas


Ce qui passe est déjà passé

au moment où je le dis

Ce qui passera

je ne l’attends plus je ne l’atteins pas


Je tremble de nommer les choses

car chacune prend vie

et meurt à l’instant même

où je l’écris.


Moi-même je m’efface

comme les choses que je dis

dans un fort tumulte

de bruits, de cris.


Jean Tardieu

Erwin Olaf

Persistance



certains soirs

j’aperçois

encore la maison aux vitres

jaunes


je ne sais

jamais

ce qui la ramène

jusqu’ici


derrière les vitres

rien ne bouge

la lumière est allumée


longtemps

après son départ

je regarde l’endroit par

où elle est passée

Emmanuele Ravagnani

Muse / 11


dans le repli

du jour

entre deux gestes

là où les choses

parfois

s’égarent

le ciel se tait

le bleu est indifférent

nos mains se trouvent –

soudain

tout est vrai

Sophie Alyz

Encore un peu



des bris de ciel

ça et là

sur un sentier rentré –

l’eau attend

avant de s’infiltrer


je marche sur le côté


au-dessus les arbres

s’ébrouent

la lumière les traverse


leurs feuilles tremblent encore

dans le vent

Sara Silk

Avec ou sans moi



un jour

ordinaire


quelques pensées

flottent


à la lisière

sans savoir où

se poser


à voix basse

j’écris –


avec ou sans moi

la terre

continue de voyager

Trent Parke

(de) Sombre ménagerie



Je me souviens

de poèmes sauvages

peu nombreux

telles des plantes nouées

qui naissent

sous la véranda

je les récite

sans bouger les lèvres

sous l’eau

ma peau a changé

je ne crois pas aux baisers



Elise Turcotte

Caroline Dufour

Avant la page



je reviens

là où quelque chose

cherche à naitre


j’y reste

longtemps

sans rien faire

dans la blancheur

du silence

mon corps se replie

sur lui-même

jusqu’à ce mot

que mes yeux seuls

n’auraient pu

reconnaître

j’y Beaujean