chambre
en friche
au bord du fossé
ni signe
ni promesse
seule
une ombre
appuyée contre un mur
muette
la lumière s’éteint –
quelque chose
comme une parole
revient

Kathleen Meier
chambre
en friche
au bord du fossé
ni signe
ni promesse
seule
une ombre
appuyée contre un mur
muette
la lumière s’éteint –
quelque chose
comme une parole
revient

Kathleen Meier
En quelle nuit
de mon sommeil as-tu
bu jusqu’à l’ivresse à la source
qui jamais ne tarit, en quelle
nuit où je dormais ?
Ô sombre, sombre ta livrée
Plus noire que la nuit.
Notre douleur est ta tendresse,
et maladroit ton chant
emplit la rue, ô matinale
soulé. En quelle nuit de mon sommeil
emplit notre destin
l’oraison ivre de celui-
là qui sans avoir précède
oiseau de midi pour la seconde mort
Gérard Bayo
Andoni Beristain
je marche
seul
dans une lumière
qui ne tient rien
les visages
doucement s’effacent
les rires se défont
en chemin
la trace se brouille
de la main gauche
j’écris –
me reste-t-il assez
de ciel
pour avancer ?

Hervey Stein
la lumière glisse
sans rien retenir
sans dévier
et les jours ainsi
passent dans l’air
immobile
un peu plus de poussière
sur la table
un morceau de pain durci
et le silence de nos vies
placé au milieu
des choses

Jack Davison
Un chemin qui est un chemin
sans être un chemin
porte ce qui passe
et aussi ce qui ne passe pas
Ce qui passe est déjà passé
au moment où je le dis
Ce qui passera
je ne l’attends plus je ne l’atteins pas
Je tremble de nommer les choses
car chacune prend vie
et meurt à l’instant même
où je l’écris.
Moi-même je m’efface
comme les choses que je dis
dans un fort tumulte
de bruits, de cris.
Jean Tardieu
Erwin Olaf
je pense
à toutes ces choses
qui tiennent
sans qu’on sache
comment
la main
sur la rampe
le souffle dans l’écharpe
la maison
encore là
ses vitres jaunes
et la chat endormi

Emmanuele Ravagnani
la boue
contient
encore un peu de ciel
les arbres hésitent
à reprendre place
chaque pierre
attend une main
traversant
je respire
un peu comme on ment –
juste assez
pour que la ville nous
revienne

Sara Silk
le jour
par touches
successives
sur le trottoir usé
puis
une pensée
sans poids
omise
à peine engagée
la terre
sous nos pas
continue
de tourner

Trent Parke