Cinquième élément



je marche

seul

dans une lumière

qui ne tient rien

les visages

doucement s’effacent

les mots se défont

en chemin

la trace se brouille

la main gauche écrit –

me reste-t-il assez

de ciel

pour avancer ?

Jonathan Bertin

Un chemin



Un chemin qui est un chemin

sans être un chemin

porte ce qui passe

et aussi ce qui ne passe pas


Ce qui passe est déjà passé

au moment où je le dis

Ce qui passera

je ne l’attends plus je ne l’atteins pas


Je tremble de nommer les choses

car chacune prend vie

et meurt à l’instant même

où je l’écris.


Moi-même je m’efface

comme les choses que je dis

dans un fort tumulte

de bruits, de cris.


Jean Tardieu

Erwin Olaf

Persistance



je pense

à toutes ces choses

qui tiennent

sans qu’on sache

comment

la main

sur la rampe

le souffle dans l’écharpe

la maison

encore là

ses vitres jaunes

et la chat endormi

Emmanuele Ravagnani

Muse / 11


dans le repli

du jour

entre deux gestes

là où les choses

parfois

s’égarent

le ciel se tait

le bleu est indifférent

nos mains se trouvent –

soudain

tout est vrai

Sophie Alyz

De mars



la boue

contient

encore un peu de ciel

les arbres hésitent

à reprendre place

chaque pierre

attend une main

traversant

je respire

un peu comme on ment –

juste assez

pour que la ville nous

revienne

Sara Silk

L’entre-deux


le jour

par touches

successives

sur le trottoir usé


puis

une pensée

sans poids

omise

à peine engagée


la terre

sous nos pas

continue

de tourner

Trent Parke

(de) Sombre ménagerie



Je me souviens

de poèmes sauvages

peu nombreux

telles des plantes nouées

qui naissent

sous la véranda

je les récite

sans bouger les lèvres

sous l’eau

ma peau a changé

je ne crois pas aux baisers



Elise Turcotte

Caroline Dufour

Levant



avant

de tendre la page

au regard de l’Autre

je me plie

à la forme qui cherche

à naître

un oiseau

plus haut s’échappe –

peut-être

voit-il lui ce jardin

que nos yeux ne sauraient

reconnaitre

j’y Beaujean

(de) Selon les sources


Il y a longtemps

nous fumes

avec la chevelure

et le serpent.

Nous avions inventé

des fables

superposé

les promesses

célébré l’alliance

voulu peindre

l’encre et le rose


Esther Tellerman

Dominique Cahier

Sans poids



à force

le pas s’ajuste

à la pierre

je marche

dans le vent

seul

un mouvement

sans entrave

et sans poids

je me dis –

ainsi

le temps reste

habitable

Grade Salomon