La vie sans fin

.

suis ces bêtes

qui traversent avec

leurs prairies

les orées

le ciel et l’ombre sous

les nuages

aussi la flache

pleine de petits têtards

et le sentier pierreux

sur lequel un bâton te tient

par la main

.

tout est encore là

Albert Louden

(de) Poésie verticale

.

Une vitre opaque dérange parfois la matière du monde

 élague le rêve du regard

et nous fait toucher ce que nous ne voyons pas

.

La réalité se concentre alors sur un insecte

apparemment exclu,

sur sa mort sans style,

sur le calice inerte de sa minime histoire.

.

La réalité s’égoutte,

patiente distillation

qui mouille la vitre opaque

et aussi nos doigts.

.

La réalité est une histoire

minime et voilée.

.

Roberto Juarroz

Dan Mattews

Le pain dur

.

si longtemps

que la main bouge

la somme reste la même

le corps est dans la tête

il y souffle le feu

mais dans le débord de mots

qui mangent la bouche

ou du commis en dedans

à son insu

on l’entend

Jean-Christophe Béchet

(de) La mort à distance

.

J’ai cru qu’on m’appelait

par mon nom

.

qu’on me tendait une main

mais c’était moi marchant

avec moi

.

nulle part au monde

.

Claude Estéban

Ataa Oko

Soi-même comme un autre

.

ce visage

qui n’est pas le mien

ni tout à fait autre

qui n’est pas non plus celui que je quitte

au matin quand la lumière

s’éteint

Egon Schiele

(de) Renverse du souffle

.

TENIR DEBOUT, dans l’ombre

du stigmate des blessures en l’air.

.

Tenir-debout-pour-personne-et-pour-rien.

Non reconnu,

pour toi

seul.

.

Avec tout ce qui a ici de l’espace,

et même sans parole

.

Paul Célan

Willem Van Genk

Le thé

.

tu n’as plus soif

ni faim

ni même peur

tu n’auras rien

.

le geste précis

de l’eau

du feu

et de l’homme

te sauvera

.

tu ne seras pas l’eau

ni le jeu

tu ne seras même plus l’homme

tu

seras le miracle

peut-être même le miraculé

.

tu seras celui qui revient

le revenant

.

Arezki Metref

Jean Louis Saiz

(de) Le conte immergé

.

à semer des étoiles

il pourrait apparaitre des images

plus étonnantes que des rêves

des animaux

plus monstrueux que nos malheurs

.

tenir closes plus longtemps nos paupières

nous risquerons de n’avoir plus

dans l’âtre

que le tison du conte

refermé

.

Jamel-Eddine Bencheikh

André Steiner

(de) Concernant la latte

.

Pendant la nuit

ils ont remplacé la forêt

par de la forêt

les oiseaux

par des oiseaux, le renard

par un renard.

Dehors

à l’aube

la neige tombe, une carcasse

de voiture devient blanche

près du lac, au jardin

ni abeille ni

libellule ni

enfant –

Nous partons.

Le dernier

éteint le feu.

La bougie qui s’éteint

est un soleil

qui meurt.

.

Lewin Westermann

Tessa Verde

La grande beauté

.

par endroits

un visage remonte

à la surface

.

qui

pour un geste ou

une histoire de mots cousus de

l’intérieur

.

parfois  

c’est le corps qui émerge

.

presque nu

de s’allonger sur un coté

et de m’observer en train

de songer

.

est dans la puissance

de l’image

ces êtres qui ne vieilliront

jamais

James Reddinton