Sans me regarder
ma mère me voit
tel un paysage
où elle n’aurait pas grandi
« Tu es l’image
de ton père
dit-elle
en me lavant
comme un mort »
Mes os
radeaux de sauvetage
glissaient dans le sang
Anise Kolz
Kylet Thomson
Sans me regarder
ma mère me voit
tel un paysage
où elle n’aurait pas grandi
« Tu es l’image
de ton père
dit-elle
en me lavant
comme un mort »
Mes os
radeaux de sauvetage
glissaient dans le sang
Anise Kolz
Kylet Thomson
le ciel
oui
mais creusé
par d’autres mains
que les nôtres
je reviens
comme on vient
la première fois
transi
avec un peu de froid
sur les lèvres
ne sachant
si c’est l’air
plus vif
ou la distance
qui me rend
à moi-même

longtemps
je t’ai porté
comme un ciel
de braise
dans la bouche
tu ne brûlais pas
tu ne tarissais pas
tu éclairais
juste assez
les rues sans visage
la nuit
quand elle gagnait
parfois
sur nos voix

Erwin Olaf
la pie
fait ses pas coupés
comme si le temps venait
à lui manquer
bientôt
la lumière tombera au sol
se brisera
elle perdra ce vert
ensemble
que nous avons tant
aimé

Patxi Laskarai
je pars
vers un lieu
où la voix n’appelle plus
rien de certain
le passage
est nu
plus juste peut-être
le vide immense
mais le désir appelle
la lumière
et je veux apprendre
sans appel
à me tenir plus près
de ce qui me traverse

Édouard Taufenbach
Vers qui suis-je partie ?
Je n’entends plus l’appel
d’un nom ou d’un visage.
Il me suffit ici
d’une saison sans roses,
d’un beau temps de péril,
d’une pénurie grande,
d’un désir si brûlant
que l’espace y prend feu.
Anne-Marie Kegels
Valérie Belin
je n’habite
plus tes bras
ni ce lieu impossible
à faire exister
certes
je t’entends encore
respirer
mais ce souffle s’éloigne
comme une eau
sur la rive
qui ne revient
jamais

Francesca Woodman