je marche
seul
dans une lumière
qui ne tient rien
les visages
doucement s’effacent
les mots se défont
en chemin
la trace se brouille
la main gauche écrit –
me reste-t-il assez
de ciel
pour avancer ?

Jonathan Bertin
je marche
seul
dans une lumière
qui ne tient rien
les visages
doucement s’effacent
les mots se défont
en chemin
la trace se brouille
la main gauche écrit –
me reste-t-il assez
de ciel
pour avancer ?

Jonathan Bertin
Un chemin qui est un chemin
sans être un chemin
porte ce qui passe
et aussi ce qui ne passe pas
Ce qui passe est déjà passé
au moment où je le dis
Ce qui passera
je ne l’attends plus je ne l’atteins pas
Je tremble de nommer les choses
car chacune prend vie
et meurt à l’instant même
où je l’écris.
Moi-même je m’efface
comme les choses que je dis
dans un fort tumulte
de bruits, de cris.
Jean Tardieu
Erwin Olaf
je pense
à toutes ces choses
qui tiennent
sans qu’on sache
comment
la main
sur la rampe
le souffle dans l’écharpe
la maison
encore là
ses vitres jaunes
et la chat endormi

Emmanuele Ravagnani
la boue
contient
encore un peu de ciel
les arbres hésitent
à reprendre place
chaque pierre
attend une main
traversant
je respire
un peu comme on ment –
juste assez
pour que la ville nous
revienne

Sara Silk
le jour
par touches
successives
sur le trottoir usé
puis
une pensée
sans poids
omise
à peine engagée
la terre
sous nos pas
continue
de tourner

Trent Parke
Je me souviens
de poèmes sauvages
peu nombreux
telles des plantes nouées
qui naissent
sous la véranda
je les récite
sans bouger les lèvres
sous l’eau
ma peau a changé
je ne crois pas aux baisers
Elise Turcotte
avant
de tendre la page
au regard de l’Autre
je me plie
à la forme qui cherche
à naître
un oiseau
plus haut s’échappe –
peut-être
voit-il lui ce jardin
que nos yeux ne sauraient
reconnaitre

Il y a longtemps
nous fumes
avec la chevelure
et le serpent.
Nous avions inventé
des fables
superposé
les promesses
célébré l’alliance
voulu peindre
l’encre et le rose
Esther Tellerman
Dominique Cahier
à force
le pas s’ajuste
à la pierre
je marche
dans le vent
seul
un mouvement
sans entrave
et sans poids
je me dis –
ainsi
le temps reste
habitable

Grade Salomon