Parc du Portugal


le chant

des oiseaux

que le soir agite


un souffle

dans les cheveux

la lumière oblique


nous sommes cent

ou peut-être mille

assis sous la maison

aux volets clos


dans l’attente

d’un vers

Caroline Dufour

Vers huit heures


et puis

c’est le jour

d’après


différent

un peu las peut-être


je me lève

le ciel

a la couleur bleue

qu’il portait hier

je reste un long moment

à le regarder


un oiseau passe


je ne souviens pas

de l’avoir vu

hier

 Caroline Dufour

(de) Contretemps

 

Mourir et puis renaître

et puis mourir encore

et ne renaître plus.

Aller d’îlot en îlot

sans se soucier du vent et de l’essence

sans se gâcher le corps

s’endormir dans les rochers ;

si j’étais femme ou herbe au moins

mais au fond

être homme n’est qu’une intermittence,

je vais me coucher avec les héros

et le temps ne me servira.

 

Franco Costantini

Fabien Fourcaud

 

(de) Matière solaire

 

Effleurer un corps

l’air,

la langue de la neige.

 

Effleurer l’herbe

mortelle et verte

de cinq nuits

et la mer.

 

Un corps nu.

et les plages battues

par le soleil et le regard.

 

Eugénio de Andrade

Patrick Zachmann

 

(de) L’Émotion l’Émeute

 

Toujours la même foule de miroirs

au-dessus des terrasses

la parole parlante

sauvagement présente

la beauté seule

les livres par milliers

c’est beaucoup de choses

l’émotion l’émeute

le mauve accentué autour du tilleul

ne rien dire

dire oui.

 

Pascal Boulanger

Jean-Paul Lefret

 

Plus tard

 

Le temps passé dans une chambre où tout est noir reviendra plus tard. Alors j’apporterai une petite lampe et je vous éclairerai. Les gestes confus se préciseront. Je pourrai donner un sens aux mots qui n’en avaient pas, et contempler l’enfant qui dort en souriant.

Est-il possible que ce soit nous-mêmes en vieillissant ? Il y a quelques morceaux de ruines qui tombent. Ceux-là ne se relèveront plus. Il y a aussi quelques fenêtres qui s’éclairent. Et devant la porte un homme solide et doux qui connaît sa force et qui attend. Il ne reconnaîtrait pas lui-même son visage.

 

Pierre Reverdy

Loreal Prystaj

La vie est ailleurs


dans

le salon tiède

où les hôtes attendent

dans des fauteuils

écaillés

le temps est arrêté

les tasses refroidissent

doucement

les voix ne quittent plus

la pièce

et si l’un d’entre eux

parfois se redresse

c’est pour voir

par la fenêtre

la mer s’éloigner

  Maria Svarbova

Homme et nature morte

 

La nature morte

ferme encore

plus profond les paupières

quand quelqu’un au mur

accroche la mer

pour s’absorber

dans la nage

 

Ooka Makoto

Julia Filipovscaia

 

Le saint ange


tu as peint

de couleurs primaires

le visage pâle

des statues


et au matin

les mains

encore couvertes

de lumière


tu étais

dans la foule

de ceux qui crient

au blasphème

terrain-vague

Antonnello Severini