(de) L’apprenti dans le soleil

.

la sensation désagréable

que vos oreilles

fonctionnaient de temps à autre

à l’envers

.

qu’elles ne percevaient plus

que ce qui se passait en vous

.

l’envie folle

que les songes fussent

presque tous étourdissants

.

les moments qui glissaient

.

à peine

.

manquaient même

de tomber

.

mais ce n’était pas une raison

pour les rejeter

.

Franck André Jamme

Damien Malonney

Appendice

.

corps et voix

s’entassent à l’autre bout 

de soi

 

sans l’appel du désir

l’œil ne peut ni les convoiter

ni les retenir

 

la  porte s’ouvre

et sous la couleur orange

ils vont

comme des ballons

ivres rejoindre

le néant

Kile Thomson

Mars

 

sans cesse

sous la ligne de pente

jeter les pieds

au devant de soi

 

jambes titubantes

de l’enfant au réveil

le souffle court et

du sable plein la tête

 

rendre l’endroit

qui révèle au regard

la mer

Presque un souvenir

 

l’œil boit

la saison qui s’achève

 

il boit le ciel

les arbres et le fruit

 

les voix chères

les visages

 

il boit l’abondance

ou le manque d’envie

 

aussi les lumières

qui défont la nuit

  Pierro Percoco

(de) Conférence sur un paysage

 

Comme quand le paysage glisse

sous la

peau. Comme quand l’hiver s’installe

dans un

 

puits. Celui qui s’en va

regarder

dedans

y trouve le ciel, qui se change en

 

nuit.

Et une étoile

qui scintille

dans le ciel véritable.

 

Jan Erik Vold

Robert Darch

 

Presque un millier

 

le chant des oiseaux

que le soir agite

 

à peine un souffle

pas même une ombre

au-dessous de soi

l’heure passe

 

davantage peut-être

il ne fait pas froid et

autour de nous

des corps graciles

que la voix du poème

disperse

 

Jeremy Smith

Si j’étais un arbre

 

et puis revient le jour

d’avant

 

différent

un peu usé peut-être

 

j’ouvre la porte

sans même savoir ce que je veux

je casse le vide de quelques mots

futiles – il est lundi ou

mardi

 

je fais en sorte de croire

en ce qui n’existe pas

 Cornell Capa

(de) Contretemps

 

Mourir et puis renaître

et puis mourir encore

et ne renaître plus.

Aller d’îlot en îlot

sans se soucier du vent et de l’essence

sans se gâcher le corps

s’endormir dans les rochers ;

si j’étais femme ou herbe au moins

mais au fond

être homme n’est qu’une intermittence,

je vais me coucher avec les héros

et le temps ne me servira.

 

Franco Costantini

Fabien Fourcaud

 

(de) Matière solaire

 

Effleurer un corps

l’air,

la langue de la neige.

 

Effleurer l’herbe

mortelle et verte

de cinq nuits

et la mer.

 

Un corps nu.

et les plages battues

par le soleil et le regard.

 

Eugénio de Andrade

Patrick Zachmann

 

(de) L’Émotion l’Émeute

 

Toujours la même foule de miroirs

au-dessus des terrasses

la parole parlante

sauvagement présente

la beauté seule

les livres par milliers

c’est beaucoup de choses

l’émotion l’émeute

le mauve accentué autour du tilleul

ne rien dire

dire oui.

 

Pascal Boulanger

Jean-Paul Lefret