Ô vent de l’ouest



Un monde autour d’elle comme une ombre

Elle déplace une chaise.

Quelque chose se crée –

Se prépare

Clair devant elle comme en plein air

L’espace qu’une femme engendre et emplit

Après toutes ces années

J’écris encore

Naturellement, sur ton visage

Tes grands et beaux

Yeux bleus

À travers l’ensemble de ma vision mais l’éclat de la chair

Les yeux bleus

Dans les itinéraires souterrains, dans les pluies fines

Les profils.


Georges Oppen

Lee Miller

sans titre

.

te laisse œuvrer sans contrainte

à l’extrème du blanc

.

plus de ciel mensongé

plus de faiblesse

une veine de voix irrigue ton front

d’une eau nouvelle

.

tu surgis du bosquet de cendres

nu

.

aiguisé

.

Alain Brissiaud

Un vieux papier

.

elle ne se soucie pas de politique

ne se soucie pas, sous la pluie

qu’un poisson transporte ailleurs un îlot, la géographie ne l’intéresse pas

au sortir du village, le soleil se lève sur tant d’horizons

que rien ne l’empêche d’atteindre le numéro 54 de la ruelle des amoureux, alors

elle ne se préoccupera pas du corps d’un homme, ni à marée basse

du poisson sur la plage — mort

.

elle se soucie moins encore de la mort, du coût des sépultures qui chaque année

grimpe

malade, elle n’y réfléchit guère, jusqu’à ne plus pouvoir bouger

ne plus pouvoir attraper le linge sur le balcon

le boire et le manger, elle n’en fait pas grand cas, les pesticides dans les légumes,

les huiles usagées, la mélamine tout cela est bien plus léger qu’une tristesse véritable

que crois-tu pouvoir contre moi? demande-t-elle comme à un amour passé

.

de quoi donc te soucies-tu ? questionne-t-il sans relâche

elle baisse la tête, aperçoit un vieux papier dans la corbeille

quelques traits de couleur

des caractères

tout chiffonnés

comme si ce papier

jamais n’avait été immaculé

.

YU Xiuhua

Aaron Canipe

(de) La mort à distance

.

J’ai cru qu’on m’appelait

par mon nom

.

qu’on me tendait une main

mais c’était moi marchant

avec moi

.

nulle part au monde

.

Claude Estéban

Ataa Oko

Le thé

.

tu n’as plus soif

ni faim

ni même peur

tu n’auras rien

.

le geste précis

de l’eau

du feu

et de l’homme

te sauvera

.

tu ne seras pas l’eau

ni le jeu

tu ne seras même plus l’homme

tu

seras le miracle

peut-être même le miraculé

.

tu seras celui qui revient

le revenant

.

Arezki Metref

Jean Louis Saiz

(de) L’apprenti dans le soleil

.

la sensation désagréable

que vos oreilles

fonctionnaient de temps à autre

à l’envers

.

qu’elles ne percevaient plus

que ce qui se passait en vous

.

l’envie folle

que les songes fussent

presque tous étourdissants

.

les moments qui glissaient

.

à peine

.

manquaient même

de tomber

.

mais ce n’était pas une raison

pour les rejeter

.

Franck André Jamme

Damien Malonney

Appendice



tant que

le désir ne dit pas

son vrai nom

corps et voix

restent en lisière

un rire traverse

le jardin

la fenêtre est ouverte

la lumière le rejoint

un peu plus loin

Kyle Thomson

Mars


plus bas

sous la ligne de pente

il existe un endroit

où la mer s’imagine

au regard

Presque un souvenir


l’œil

boit les voix

avant qu’elles disparaissent

il laisse les visages

dans la lumière du soir

la douceur d’une main

tout ce qui tremble

un instant

avant de tomber

  Pierro Percoco

(de) Conférence sur un paysage

 

Comme quand le paysage glisse

sous la

peau. Comme quand l’hiver s’installe

dans un

 

puits. Celui qui s’en va

regarder

dedans

y trouve le ciel, qui se change en

 

nuit.

Et une étoile

qui scintille

dans le ciel véritable.

 

Jan Erik Vold

Robert Darch