(de) La mort à distance

.

J’ai cru qu’on m’appelait

par mon nom

.

qu’on me tendait une main

mais c’était moi marchant

avec moi

.

nulle part au monde

.

Claude Estéban

Ataa Oko

Le thé

.

tu n’as plus soif

ni faim

ni même peur

tu n’auras rien

.

le geste précis

de l’eau

du feu

et de l’homme

te sauvera

.

tu ne seras pas l’eau

ni le jeu

tu ne seras même plus l’homme

tu

seras le miracle

peut-être même le miraculé

.

tu seras celui qui revient

le revenant

.

Arezki Metref

Jean Louis Saiz

Subside

.

dans le lieu

où la voix n’est plus

.

ne peut plus être

le venir tombe

des mains

.

de quelques mots écrits

sur le verre

indubitablement

se produit

ce que le corps ne parvient

à défaire

.

et l’ombre à nouveau

de manifester

entière

.

de qui la vie s’abime

on pressent quelquefois

le néant

Martha Skiro

(de) L’apprenti dans le soleil

.

la sensation désagréable

que vos oreilles

fonctionnaient de temps à autre

à l’envers

.

qu’elles ne percevaient plus

que ce qui se passait en vous

.

l’envie folle

que les songes fussent

presque tous étourdissants

.

les moments qui glissaient

.

à peine

.

manquaient même

de tomber

.

mais ce n’était pas une raison

pour les rejeter

.

Franck André Jamme

Damien Malonney

Appendice

.

corps et voix

s’entassent à l’autre bout

de soi

 .

sans l’appel du désir

l’œil ne peut ni convoiter

ni retenir

 .

alors

la porte s’ouvre

et comme des ballons ivres

tous s’en vont rejoindre  

le néant

Kile Thomson

Mars

sans cesse

sous la ligne de pente

jeter les pieds

au devant de soi

.

jambes titubantes

de l’enfant au réveil

le souffle court et du sable plein

la tête

aller vers

l’endroit qui révèle au regard

la mer

Presque un souvenir

 

l’œil boit

la saison qui s’achève

 

il boit le ciel

les arbres et le fruit

 

les voix chères

les visages

 

il boit l’abondance

ou le manque d’envie

 

aussi les lumières

qui défont la nuit

  Pierro Percoco

(de) Conférence sur un paysage

 

Comme quand le paysage glisse

sous la

peau. Comme quand l’hiver s’installe

dans un

 

puits. Celui qui s’en va

regarder

dedans

y trouve le ciel, qui se change en

 

nuit.

Et une étoile

qui scintille

dans le ciel véritable.

 

Jan Erik Vold

Robert Darch

 

Presque un millier

 

le chant des oiseaux

que le soir agite

 

à peine un souffle

pas même une ombre

au-dessous de soi

l’heure passe

 

davantage peut-être

il ne fait pas froid et

autour de nous

des corps graciles

que la voix du poème

disperse

 

Jeremy Smith

Si j’étais un arbre

et puis revient le jour

d’après

différent

un peu usé peut-être

j’ouvre la porte

sans même savoir ce que je veux

je casse le vide de quelques mots

inutiles – il est lundi ou

mardi

je fais en sorte de croire

en ce qui n’existe pas

 Cornell Capa