Instants qualifiés

 

Sanguine issue

D’un très beau jardin

Mourant au nord,

 

De colline en colline

Espère la mer

 

Fibre violette

Au cœur de l’orange.

 

Jean Tortel

Shane Lynam

Oyonnax

 

cette lumière crue

sur les murs du pavillon

d’autrefois.

Rien ne change. Le vieux saule hirsute et

le fil à linge, ces flocons d’écume

sans en avoir l’air. Du doigt

J’envisage un peu plus

de matière mais

loin de grossir, le songe éclate

enfin

 

 

tv

Ian Kline

Le charmant Som

 

du ciel brouillé

une ombre par-dessus

nos têtes. Et en coup seul

de franchir les crêts qui bordent

le versant désert.

Ainsi perçons-nous le conte

mon amour : une vallée couchée

sous un banc de brume

du vent furieux et des bêtes à l’entour

dont nul ne sait vraiment

le nom

tv

 

saatchi art

 

(de) Journal de l’air

 

Mais demain a le même visage

un ciel peut-être un peu différent

pas assez pourtant pour qu’on comprenne

ce qu’on voudrait dire se retire

ce qui vient c’est toujours autre chose

tu ne t’y reconnais pas tu entres

dans ce qui au fond de la voix n’a

pas de voix tu restes là sans mots

comme la lumière sur les mains.

 

Jacques Ancet

 Lise Sarfati

 

 

Pas ceux qui vécurent ici

 

mais ceux qui y moururent

et pas quand

mais comment ;

pas

les grands connus

mais les grands morts inconnus

pas

l’histoire

des nations

mais la vie des hommes.

les fables sont des rêves,

pas des mensonges,

et

la vérité change

comme

les gens,

et quand la vérité se fait stable

les gens

se font

morts

et

l’insecte

et le feu et

le flot

se font

vérité.

 

Charles Bukowski

 Reagan Bird

Léonard Cohen

 

 » Chaque poème qui vous touche est comme un appel qui nécessite une réponse. On veut y répondre avec sa propre histoire. Les romans avaient tendance à me rendre silencieux : vous vivez avec un roman pendant tout un moment , vous devenez vous-même le roman. Je n’ai jamais éprouvé le besoin de répondre à un roman. Mais dans les poèmes, cette distillation du langage, cette espèce de rapidité et d’agilité coïncidait avec quelque chose de ma propre nature, de mon esprit.  »

.

Léonard Cohen (in « Les Inrocks, 10 ans, l’album »)

 

Yosano Tekkan

 

yeux fixés

sur le cou d’un chameau

qui se tient immobile

moi aussi j’attends tranquillement

l’approche de mon heure

 

Yosano Tekkan

Image Miro

Pour mourir

Un sou trop neuf qui roule dans l’ornière ou le soleil couchant. Maintenant, le ruisseau borde la route longue et la clarté secrète sursaute au carrefour en croix.

Les arbres étendent l’ombre. On entend que leur voix. Le feu s’éteint. Trop loin pour qu’on s’arrête. Il ne passera plus personne. La campagne est muette. Les pierres sèches. Un mur détruit. Le silence reprend. Un oiseau s’enfonce dans l’herbe pour mourir.

Pierre Reverdy

Image L’oiseau jaune – Georges Braque

 

De nulle part

.

d’où vient l’eau

qui coule sur ce visage ?

et que dit la voix

qui résonne au creux

de mon oreille ?

Pour l’heure, mon corps pèse

aussi lourd que la pierre

et je cherche

une accroche

au hasard de souvenirs.

Une lueur

parmi les ombres mortes.

.

Jacques Bonenfant

Image Takashi Shuji

Paraphes

 

Je dois passer

Le seuil obscur.

Une salle.

Blanc, le document rayonne.

Bien des ombres s’y déplacent.

Tous veulent le signer.

.

Jusqu’à ce que la lumière m’eut rattrapé

et qu’elle eut replié le temps.

.

Thomas Transtromer

Image Bruce Nauman