La vie est ailleurs

 

dans le salon

chaud du songe où

tu vis

les hôtes attendent

en silence

 

assis

dans de gros fauteuils

rouges

une tasse à la main

l’éternité leur est promise

l’un d’eux parfois se dresse

à la fenêtre pour voir

la mer s’éloigner

ou reprendre le récit

d’une vie passée

  Maria Svarbova

Homme et nature morte

 

La nature morte

ferme encore

plus profond les paupières

quand quelqu’un au mur

accroche la mer

pour s’absorber

dans la nage

 

Ooka Makoto

Julia Filipovscaia

 

Double Je

 

tu es l’ange

assis dans l’embrasure

qui peint la vierge

de deux couleurs primaires

et dans le même temps

tu bats le pavé

avec ceux qui crient

au blasphème

 

Ying Wang

Mont-Royal

 

plus tard

tu as songé

à un corps qui résisterait à

l’appel du vide

à des mains posées sur

un tapis de cimes

un ciel mêlant l’or

à la poussière

puis dix fois

vingt fois tu as repris

la scène

jusqu’à défaire l’instant

de la douleur

Juliette Atbibol

 

Ruses de vivant

 

ce bout de route

devant moi

plus proche de la nuit

la vraie

la véridique

l’incontournable

je ralentis le pas

je fais semblant

d’admirer le paysage

ruse de vivant

 

Abdellatif Laâbi

image Ed Van der Elsken

fatum

 

allongés

sur le couvre-lit

l’un vers l’autre

à ne rien dire

s’échapper

mutité en partage

le voyage n’est plus

se devoir aux siens

alors que l’ombre

tangible

vous tient la main

Francesca Woodman

(de) Un privé à Tanger

 

Le trait

le pli

est toujours plus sombre

que la couleur

la plus sombre.

Dans ma  maison

La couleur et la voix

ne se touchent pas

plus que le regard ne touche

la lumière

L’obscurité n’est pas une limite.

 

Emmanuel Hocquard

shoji Ueda

 

A dessein

 

ombre claire

tu marches

à fleur d’eau

les yeux cerclés

de lumière et le corps

dans toute sa nudité.

Sol alors qui se dérobe

et sous nos pieds

le bruit des vagues

qui battent les murs

de l’appartement

kathleen Meier

 

 

Inversion

 

quand

pour rire

tu t’inverses

la tête alors rondit

le regard s’étire

tes cheveux tombent

au sol

et le monde revêt enfin

sa lumière

Georg Baselitz