Landscape

 

ce tirage t’appartient

je crois

: des pierres de repère

levées sur un sol aride

avec un muret bas qui fuit

à l’horizon

 

l’hiver

rien de plus

à la force du vent

jusqu’à sentir

l’esprit se vider

entièrement

 

 Fay Godwin

 

(de) Noce de Kmar Bendana

 

Donne moi ce murmure

ce chemin en écho

où commence ce dire

Mon cœur incendié remue une cendre noire

Rumeur rêche d’une corne d’or

Chimère de mercure et de chrome

 

Une déchirure inconnue de douceur

Mienne, comme mon émoi-même

 

Georges PEREC

image-e1448366370628 Cédric Van Turtelboom

 

(de) Agenda

 

Incertitude. Où la voix

dira le mot, la vie

recommencera. Pour l’instant

rien qu’une attente. Un désir

qui n’ose s’avouer

désir. Une aube

oublieuse de la nuit

mais qui doute du jour.

Tout pourrait rester ainsi

entre rêve et sang,

souffle et pierre.

N’avoir qu’une conscience,

l’angoisse. N’être qu’un remous

de néant. Mais, la parole

enfin gorgée de silence,

voici que sur le fond

blême du matin se lève

un soleil sur de sa fin.

 

Louis Guillaume

Jacopo Rufo

« Je est un autre »

 

longue étoffe

de soie tirée par les eaux

et sur laquelle dort

un corps ocré

l’œil ne s’ouvre ni se ferme

les traits du visage sont effacés

il n’y a plus d’âge

ni ombre accrochée aux pieds

mais à mesure

que s’éloigne le rivage

l’illusion approche la vérité

 Maurizio Anzeri

Fontaines du temps

 

Ici près des fontaines

je revivrai ma vie

Ici près des fontaines

on partira dès l’aube

comme les ouvriers

La maison sera belle

Et le pont chantera

sous les vieux tramways

On entendra les foulques

On entendra l’eau douce

nous parler du bonheur

dont tous avaient rêvé

mais que nul n’a connu

Et seul subsistera

le carillon des heures

sur les quais détrempés

et sur les jardins nus

 

Georges Haldas

Conrad Felixmuller

 

 

 

 

Antoine Emaz

 

 » Alors écrire, en plus ? Cela ne résout rien, ne guérit pas ; je vois cela plutôt comme une mise à plat, une façon d’y voir un peu plus clair, de respirer un peu mieux. Une sorte de prise d’écart, de distance : je ne suis plus muet, j’essaie de dire pour moi et l’autre ce qui, d’habitude, nous fait taire.

Écrire-vivre, c’est partir de ma vie jusqu’à ce qu’elle s’adresse, par le poème, aux autres, à leurs vies particulières. Le poète n’est pas devant tout le monde, guidant le peuple et voyant plus loin ; il est derrière, aussi aveugle que les autres, mais il dit son aveuglement, et son refus. Ce n’est pas refuser qui le distingue, mais son dire. Donc tout le travail consiste à rejoindre le commun en partant du singulier. Voilà le boulot d’écrire. Non pas exacerber l’individu, mais à partir d’une vie, que le poème sauve aussi comme vie personnelle, aller vers un vivre qui soit commun, collectif, une condition d’homme, si on veut. Si le lecteur ne se reconnaît pas dans le poème, j’ai raté ; si je ne me reconnais plus dans le poème, j’ai raté également. C’est assez simple. »

Antoine Emaz – les entretiens in-finis

 

 

 

L’icône Espérance

 

Il y a le bleu des brèches et des horizons pâles

Il y a que je pense à un figuier comme

A la perfection du sommeil

Il y a que le ciel penche au-dedans de nous

Et se relève : il y a la jeunesse des eaux.

Il y a une icône au fond d’un temple

Et le temps qui s’inscrit tout entier en toi

Il y a ce poème qui te ressemble

Une rose à jamais pure

Rose noire la rose de ta voix.

Il y a une arche au-dessus du froid

Quelque chose qui respire tout près d’ici

Je t’écoute est-ce toi est-ce moi

Il y a une source qui ne finit pas.

 

Lionel Ray

 Tania Franco Klein

Ombres roses ombres

 

Sous un ciel étranger

ombres roses

ombres

sur une terre étrangère

entre roses et ombres

dans une eau étrangère

mon ombre.

 

Ingeborg Bachmann

 

 

 

 

Un morceau de lumière

 

J’écris des dates

le temps qui les traverse

ne laisse qu’un peu de poudre humide

parfois les feuilles remuent

le ciel n’est pas le ciel

le jour est un reste de regard

 

Jacques Ancet

 Cristina Coral

 

 

 

Instants qualifiés

 

Sanguine issue

D’un très beau jardin

Mourant au nord,

 

De colline en colline

Espère la mer

 

Fibre violette

Au cœur de l’orange.

 

Jean Tortel

Shane Lynam