Presque un souvenir

 

l’œil boit

la saison qui s’achève

 

il boit le ciel

les arbres et le fruit

 

les voix chères

les visages

 

il boit l’abondance

ou le manque d’envie

 

aussi les lumières

qui défont la nuit

  Pierro Percoco

(de) Conférence sur un paysage

 

Comme quand le paysage glisse

sous la

peau. Comme quand l’hiver s’installe

dans un

 

puits. Celui qui s’en va

regarder

dedans

y trouve le ciel, qui se change en

 

nuit.

Et une étoile

qui scintille

dans le ciel véritable.

 

Jan Erik Vold

Robert Darch

 

Presque un millier

 

le chant des oiseaux

que le soir agite

 

à peine un souffle

pas même une ombre

au-dessous de soi

l’heure passe

 

davantage peut-être

il ne fait pas froid et

autour de nous

des corps graciles

que la voix du poème

disperse

 

Jeremy Smith

Si j’étais un arbre

 

et puis revient le jour

d’avant

 

différent

un peu usé peut-être

 

j’ouvre la porte

sans même savoir ce que je veux

je casse le vide de quelques mots

futiles – il est lundi ou

mardi

 

je fais en sorte de croire

en ce qui n’existe pas

 Cornell Capa

(de) Contretemps

 

Mourir et puis renaître

et puis mourir encore

et ne renaître plus.

Aller d’îlot en îlot

sans se soucier du vent et de l’essence

sans se gâcher le corps

s’endormir dans les rochers ;

si j’étais femme ou herbe au moins

mais au fond

être homme n’est qu’une intermittence,

je vais me coucher avec les héros

et le temps ne me servira.

 

Franco Costantini

Fabien Fourcaud

 

(de) Matière solaire

 

Effleurer un corps

l’air,

la langue de la neige.

 

Effleurer l’herbe

mortelle et verte

de cinq nuits

et la mer.

 

Un corps nu.

et les plages battues

par le soleil et le regard.

 

Eugénio de Andrade

Patrick Zachmann

 

(de) L’Émotion l’Émeute

 

Toujours la même foule de miroirs

au-dessus des terrasses

la parole parlante

sauvagement présente

la beauté seule

les livres par milliers

c’est beaucoup de choses

l’émotion l’émeute

le mauve accentué autour du tilleul

ne rien dire

dire oui.

 

Pascal Boulanger

Jean-Paul Lefret

 

La dame blanche

 

herbe dure

épines et silex

le jardin redevient

un désert

 

aurait-il fait beau

le jour d’avant

serions-nous ici

venus plus souvent

qui sait

 

de

leurs yeux gris

et fatigués, l’ombre de celle

qui nous observe

et le silence autour

qui protège

  Graciela Iturbe

Plus tard

 

Le temps passé dans une chambre où tout est noir reviendra plus tard. Alors j’apporterai une petite lampe et je vous éclairerai. Les gestes confus se préciseront. Je pourrai donner un sens aux mots qui n’en avaient pas, et contempler l’enfant qui dort en souriant.

Est-il possible que ce soit nous-mêmes en vieillissant ? Il y a quelques morceaux de ruines qui tombent. Ceux-là ne se relèveront plus. Il y a aussi quelques fenêtres qui s’éclairent. Et devant la porte un homme solide et doux qui connaît sa force et qui attend. Il ne reconnaîtrait pas lui-même son visage.

 

Pierre Reverdy

Loreal Prystaj

La vie est ailleurs

 

dans le salon

chaud du songe où tu vis

des hôtes assis

dans de gros fauteuils rouges regardent

le silence

une tasse à la main

ils n’ont pas d’histoire

à partager

et si parfois

l’un d’eux se redresse

c’est pour voir par la fenêtre

l’océan s’éloigner

  Maria Svarbova