Mont-Royal

 

plus tard

tu as songé

à un corps qui résisterait à

l’appel du vide

à des mains posées sur

un tapis de cimes à

ce ciel mêlant l’or

à la poussière

puis dix fois

vingt fois tu as repris

la scène

jusqu’à défaire l’instant

de la douleur

Juliette Atbibol

 

Ruses de vivant

 

ce bout de route

devant moi

plus proche de la nuit

la vraie

la véridique

l’incontournable

je ralentis le pas

je fais semblant

d’admirer le paysage

ruse de vivant

 

Abdellatif Laâbi

image Ed Van der Elsken

fatum

 

allongés

sur le couvre-lit

l’un vers l’autre

à ne rien dire

s’échapper

mutité en partage

le voyage n’est plus

se devoir aux siens

alors que l’ombre

tangible

vous tient la main

Francesca Woodman

(de) Un privé à Tanger

 

Le trait

le pli

est toujours plus sombre

que la couleur

la plus sombre.

Dans ma  maison

La couleur et la voix

ne se touchent pas

plus que le regard ne touche

la lumière

L’obscurité n’est pas une limite.

 

Emmanuel Hocquard

shoji Ueda

 

A dessein

 

ombre claire

tu marches

à fleur d’eau

les yeux cerclés

de lumière et le corps

dans toute sa nudité.

Sol alors qui se dérobe

sous nos pieds et

de part en part

le bruit des vagues

qui battent les murs

de l’appartement

kathleen Meier

 

 

Inversion

 

quand

pour rire

tu t’inverses

la tête alors rondit

le regard s’étire

tes cheveux tombent

au sol

et le monde revêt enfin

sa lumière

Georg Baselitz

Au pied des montagnes

 

il y a

près d’un massif

en fleurs

mille paires d’yeux

sous l’eau qui regardent

le ciel travailler

 

puis

ne sais où

le chant des arbres

au cœur fier et

les premières bêtes

qui viennent licher

la rosée

image-e1448366370628Neil Aldridge

 

(de) Uiesh / Quelque part

 

Tu tournes autour de moi

Toi qui contes ma vie

Dans cet élan, j’essaie d’exister

 

Ne persiste pas à nier

 

J’écris

Ma présence

 

Joséphine Bacon

Diana Taman

 

 

 

 

Landscape

 

des pierres de repère levées

sur un sol aride

avec un muret bas qui fuit

à l’horizon

 

c’est l’hiver

rien de plus

à la force du vent

jusqu’à sentir l’esprit se vider

entièrement

 Fay Godwin

 

(de) Noce de Kmar Bendana

 

Donne moi ce murmure

ce chemin en écho

où commence ce dire

Mon cœur incendié remue une cendre noire

Rumeur rêche d’une corne d’or

Chimère de mercure et de chrome

 

Une déchirure inconnue de douceur

Mienne, comme mon émoi-même

 

Georges PEREC

image-e1448366370628 Cédric Van Turtelboom