allongés
sur le lit
l’un contre
l’autre
à ne rien dire
s’échapper
mutité
d’un jour
sans partage
le voyage n’est plus
se devoir aux siens
quand l’ombre
tangible
nous tend
la main
Donne moi ce murmure
ce chemin en écho
où commence ce dire
Mon cœur incendié remue une cendre noire
Rumeur rêche d’une corne d’or
Chimère de mercure et de chrome
Une déchirure inconnue de douceur
Mienne, comme mon émoi-même
Georges PEREC
Cédric Van Turtelboom
Incertitude. Où la voix
dira le mot, la vie
recommencera. Pour l’instant
rien qu’une attente. Un désir
qui n’ose s’avouer
désir. Une aube
oublieuse de la nuit
mais qui doute du jour.
Tout pourrait rester ainsi
entre rêve et sang,
souffle et pierre.
N’avoir qu’une conscience,
l’angoisse. N’être qu’un remous
de néant. Mais, la parole
enfin gorgée de silence,
voici que sur le fond
blême du matin se lève
un soleil sur de sa fin.
Louis Guillaume
Ici près des fontaines
je revivrai ma vie
Ici près des fontaines
on partira dès l’aube
comme les ouvriers
La maison sera belle
Et le pont chantera
sous les vieux tramways
On entendra les foulques
On entendra l’eau douce
nous parler du bonheur
dont tous avaient rêvé
mais que nul n’a connu
Et seul subsistera
le carillon des heures
sur les quais détrempés
et sur les jardins nus
Georges Haldas
» Alors écrire, en plus ? Cela ne résout rien, ne guérit pas ; je vois cela plutôt comme une mise à plat, une façon d’y voir un peu plus clair, de respirer un peu mieux. Une sorte de prise d’écart, de distance : je ne suis plus muet, j’essaie de dire pour moi et l’autre ce qui, d’habitude, nous fait taire.
Écrire-vivre, c’est partir de ma vie jusqu’à ce qu’elle s’adresse, par le poème, aux autres, à leurs vies particulières. Le poète n’est pas devant tout le monde, guidant le peuple et voyant plus loin ; il est derrière, aussi aveugle que les autres, mais il dit son aveuglement, et son refus. Ce n’est pas refuser qui le distingue, mais son dire. Donc tout le travail consiste à rejoindre le commun en partant du singulier. Voilà le boulot d’écrire. Non pas exacerber l’individu, mais à partir d’une vie, que le poème sauve aussi comme vie personnelle, aller vers un vivre qui soit commun, collectif, une condition d’homme, si on veut. Si le lecteur ne se reconnaît pas dans le poème, j’ai raté ; si je ne me reconnais plus dans le poème, j’ai raté également. C’est assez simple. »
Antoine Emaz – les entretiens in-finis