(de Poésie)

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La terre toute entière visible

mesurable

pleine de temps

.

suspendue à une plume qui monte

de plus en plus lumineuse.

 

Philippe Jaccotet

 Riego Van Wersch

 

Oiseaux

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séraphiques

en costumes luisants, les yeux noirs,

ils observent nos membres sans plume

mais jamais ne nous recherchent

car nous sommes des corps :

le lieu de l’exil dans le monde.

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Torild Wardenaer

Loca Lee

 

 

Sa maison

 

Elle pensait peut-être que jamais

ce ne pourrait être une vraie catastrophe

si tout était propre et bien rangé

.

Elle pensait peut-être en entrant

dans une autre maison que ce pourrait

être la sienne car l’odeur lui était familière

.

Elle pensait peut-être que rien ne dure

pas même les murs de la maison

sans l’intervention d’un mensonge apaisant.

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Hanne Bramness

Stéphane Guillaume

 

 

 

(de) Matière solaire

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Le mur est blanc

et brusquement

sur le blanc du mur tombe la nuit.

Il y a un cheval proche du silence,

une pierre froide sur la bouche,

pierre aveuglée de sommeil.

Je t’aimerais si tu venais maintenant,

si tu penchais

ton visage sur le mien tellement pure

et tellement perdu.

O vie.

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Eugénio de Andrade

Image Jean-Christophe Philippi – Trinité février 2003

Descente

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Amère ma rosée

Sur les bouches tendues

N’abandonne pas

.

Ces lumières tremblantes

Ni cette densité

où germent la soif

La faim

.

Peut-être que dans les poitrines

Une rose

Veille à la stricte monotonie des astres

.

Peut-être un chien

Un buisson de fenêtres

Peut-être

Une femme buste lumineux

.

Peut-être une mort

Et la descente douce vers l’eau

De ceux qui savent.

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Gérald Neveu

Anonyme

(de) Lettres à un jeune poète

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« Fuyez donc les grands thèmes pour ceux que vous offre votre quotidien : dites vos tristesses et vos désirs, vos idées fugitives et votre foi en une beauté, quelle qu’elle soit. Dites tout cela avec une sincérité profonde, sereine, humble et, pour vous exprimer, utilisez les choses qui vous entourent, les images de vos songes et les objets de vos souvenirs (…) Tâchez de ramener à la surface les sensations englouties de votre passé ; votre personnalité s’en trouvera affermie, votre solitude s’amplifiera, elle deviendra une demeure de pénombre qu’épargneront le bruit des autres. Et si de ce retour au plus profond de vous même, de cette plongée dans votre propre monde naissent des « vers », vous n’aurez plus l’idée de demander à quelqu’un si ces « vers » sont bons.  »

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Rainer Maria Rilke – Lettres à un jeune poète

Là qu’est la terre

.

La

vie. L’indécision. Le doute. Le

vague à l’âme. Le désir

.

de repartir

avec

autant

de colère, de trancher le nœud

.

gordien et de faire voile

contre

le vent, si c’est là

qu’est la terre.

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Jan Erik Vold

Helen Levitt

 .

Conjectures

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Que ferions

– nous ensemble

dans ce canot ?

Me

dirais-tu

le jour d’avant ?

Saurais-je

encore armer

deux rames ?

Ou laisserions-nous

le soleil fléchir

nos corps blancs

et troublés ?

tv5

Emmanuel Correia

 

Visages dans les wagons

.

Peu

reviennent Ceux que la nuit relie

à leur destin informe se contentent

de dormir C’est là

.

fin de l’hiver Le ciel n’allume

que les étoiles qui dans la mer

se forment

Peu reviennent

.

au présent, berceau

du temps tout entier. Il n’est ni mémoire ni

mer ni main qui puisse recueillir

la lumière que perd la nuit,

chaux

dont elle mouille ceux qui s’en reviennent.

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Gastao Cruz

Étude au crayon de Edward Hopper pour « Nighthawks »

Le beau lac

 

à l’envers

la dent du chat qui frémit

sur l’eau grise

quand du ciel

un rai comme l’avent

d’une saison craintive

le train oblique

: d’une roselière

le nez d’un canot engourdi

les roches muettes et

la maison du poète qui ne pissait

jamais que l’eau claire

 

 

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©  tv

Andy Denzler