Ciel plus limpide
que nuit d’été.
On sent
le mouvement de la terre.
Insimulable, manque la senteur du foin,
la festive sirène
le murmure
des amants.
Antonio Osirio
Ciel plus limpide
que nuit d’été.
On sent
le mouvement de la terre.
Insimulable, manque la senteur du foin,
la festive sirène
le murmure
des amants.
Antonio Osirio
ce doux profil
à la lueur d’une lanterne –
on dirait le motif
d’un poisson
brossé sur de la porcelaine
mais voilà que
soudain le motif murmure
des mots
dans une langue ancienne
à peine soufflée

« La poésie est l’effet d’un certain besoin de faire, de réaliser avec les mots l’idée que l’on a eu de quelque chose. Il faut donc que l’imagination ait une idée vive et forte, quoique d’abord imparfaite et confuse, de l’objet qu’elle se propose de réaliser. Il faut en plus que notre sensibilité ait été placée à l’égard de cet objet dans un état de désir, que notre activité ait été provoquée par mille touches éparses et qu’elle soit pour ainsi dire, mise en demeure de répondre à l’impression par l’expression. »
Paul Claudel – Réflexions sur la poésie
Assassiné par le ciel,
entre les formes qui vont vers le serpent
et les formes qui cherchent le cristal,
je laisserai mes cheveux pousser.
Avec l’arbre à moignons qui ne chante pas
et l’enfant au blanc visage d’oeuf.
Avec les bestioles à la tête brisée
et l’eau haillonneuse aux pieds secs.
Avec tout ce qui est fatigue sourde-muette
et papillon noyé dans l’encrier.
Me heurtant à mon visage différent de chaque jour.
Assassiné par le ciel !
Frédérico Gabriel Lorca
le jour abandonné
a été rejeté sur la plage
de petites araignées travaillent sur le sable fin
sable fin autour du bateau abandonné
entre le métier
qui tisse les vagues
et sur le sable l’araignée
dont l’ombre est le seul compagnon
: le voilier à l’abandon
le jour à l’abandon
.
épaves recouvrant notre rivage à tous
Tomas Transtromer
Lapidaires pour user
pour résister.
Lapidaires et fermés
enclos sur eux-mêmes
secrets
serrés
pour s’opposer à la brisure
pour retenir l’implosion.
Plus subtils qu’un souffle
qu’un frisson de l’ange
impuissant à nous apaiser,
les mots.
Au-dedans
la densité
le poids
l’obscur qui cerne
la marée obsédante.
Au-dedans
poussières
espace émietté
rêves disjoints
discordants.
Nostalgie infinie
d’un creux encore tiède
d’un rire sous l’écorce
broyé.
Nostalgie d’une voix
multiple proche
coléreuse.
Agnès Schnell
Cet arbre et son frémissement
forêt sombre d’appels,
de cris,
mange le cœur obscur de la nuit.
Vinaigre et lait, le ciel, la mer,
la masse épaisse du firmament,
tout conspire à ce tremblement
qui gite au cœur de l’ombre.
Un cœur qui crève, un astre dur
qui se dédouble et fuse au ciel,
le ciel limpide qui se fend
à l’appel du soleil sonnant,
font le même bruit, font le même bruit,
que la nuit et l’arbre au centre du vent
Antonin Artaud
« L’Arbre aux échelles » de François Méchain
Me voici donc à mi-chemin, ayant eu vingt années
– en gros vingt années gaspillées, les années de l’entre-deux guerres –
Pour essayer d’apprendre à me servir des mots et chaque essai
Est un départ entièrement neuf, une différente espèce d’échec
Parce que l’on apprend à maitriser les mots
Que pour les choses que l’on a plus à dire, ou la manière
Dont on a plus envie de dire. Et c’est pourquoi chaque tentative
Est un nouveau commencement, un raid dans l’inarticulé
Avec un équipement miteux qui sans cesse se détériore
Parmi le fouillis général de l’impression du sentir,
Les escouades indisciplinées de l’émotion. (…)
Thomas Stearns Eliot – extrait de Quatre quatuors