Le voyage d’hiver

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Surgissant sans prévenir devant moi dans un jardin enneigé

Cette fleur d’un bleu tempête dont j’ignore le nom

Il suffit de me pencher pour qu’elle réapparaisse

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Allongée de tout mon long sur la steppe

Dans le bleu du ciel

Le monde, lui et moi, nous deux

Nous sommes très jeunes, encore plus jeunes

Notre sourire

A un goût d’école buissonnière

.

Est-ce le retour, un rêve ou avons-nous vieilli

Cette fleur bleu tempête placée entre nous

Nous deux, le monde et moi

Ne cessons de revenir.

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Gullen Akin

Image Antonio Silverini

Névroses

 

sous la lune

qui perce au vent

un vieux chêne montre

ses fesses

cinq heures

des enfants jouent sur l’herbe jaune

non loin délibèrent leurs mères

quand d’un fourré

les cris d’un chien

errant

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Image Michel Berberian

 

 

 

Plâtre

 

Blanc comme le gel un nu

Était suspendu à mon rêve

Les traces du ciseau qui en avaient taillé les formes

Étaient caressées par le vent de mon rêve

Et à mes yeux débordant de tristesse

Ce visage n’était pas inconnu

Ah !

Quel mystère que tu aies un corps.

Takayuki Kiooka

Image Eikoh Hosoe

Sur le quai

 

ce profil

sous la lueur froide

d’une lanterne

: on dirait le motif

d’un poisson couché

sur une porcelaine.

J’étire le cou

pour découvrir l’oreille

mais sous une mèche rouge

un puits plein de mots

inconnus

tv5

Image Michel Berberian

Paul Claudel

« La poésie est l’effet d’un certain besoin de faire, de réaliser avec les mots l’idée que l’on a eu de quelque chose. Il faut donc que l’imagination ait une idée vive et forte, quoique d’abord imparfaite et confuse, de l’objet qu’elle se propose de réaliser. Il faut en plus que notre sensibilité ait été placée à l’égard de cet objet dans un état de désir, que notre activité ait été provoquée par mille touches éparses et qu’elle soit pour ainsi dire, mise en demeure de répondre à l’impression par l’expression. »

Paul Claudel – Réflexions sur la poésie

Sans titre

 

Cette porte, ce jour,

L’année dernière, ton visage rougissant,

Et les visages rougissants

Des fleurs de pécher

Reflétant

Le tien.

Cette porte, ce jour

cette année, où est-tu

Toi, dans les fleurs de pécher ?

Les fleurs de pécher encore

ici riant

A la base du printemps.

 

Cui Hu (dynastie des Tang – 618/907)

Image Mathurin Meheut

Retour de promenade

 

Assassiné par le ciel,

entre les formes qui vont vers le serpent
et les formes qui cherchent le cristal,
je laisserai mes cheveux pousser.

Avec l’arbre à moignons qui ne chante pas
et l’enfant au blanc visage d’oeuf.

Avec les bestioles à la tête brisée
et l’eau haillonneuse aux pieds secs.

Avec tout ce qui est fatigue sourde-muette
et papillon noyé dans l’encrier.

Me heurtant à mon visage différent de chaque jour.
Assassiné par le ciel !

 

Frédérico Gabriel Lorca

ImageJesse Reno

lento

 

le jour abandonné

a été rejeté sur la plage

 

de petites araignées travaillent sur le sable fin

sable fin autour du bateau abandonné

 

entre le métier

qui tisse les vagues

 

et sur le sable l’araignée

dont l’ombre est le seul compagnon

 

: le voilier à l’abandon

le jour à l’abandon

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épaves recouvrant notre rivage à tous

Tomas Transtromer

Image Expo « Dinard, l’amour atomique »

La saison froide

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pressées l’une

contre l’autre

nos chairs nues

sur le tapis de laine

la pulpe d’un doigt

sur ma peau

un souffle puis

une pression légère

de l’abdomen

 

Matin d’amour

deux cuillères rangées

au fond du tiroir

tv5

Image Egon Schiele (1917)