Après le pas

.

ici l’heure

ne garde

ni s’égare

 

ici l’herbe

se repose

des ruines

 

que j’arrive

ou que je

parte

 

rien ne se

modifie

 

ne change

l’éternité

 

(in « Après le pas »)

Sylvia Baron Supervielle

Patricia Cartereau

Où es-tu ?

 

Où es-tu :

Qui ?

Sous la lampe, entourée de noir, je te dispose :

En deux dimensions.

Du noir tombe

Sous les ongles, comme une poussière :

Image sans épaisseur, voix sans épaisseur

La terre

Qui te frotte

Le monde

Dont plus rien ne te sépare

Sous la lampe. dans la nuit. entourée de noir. contre

la porte.

 

Jacques Roubaud

 Christina Coral

 

 

XXXIII

 

J’ai entendu

Un cri de coq

Dans une feuille

Que j’ai froissée.

Je me suis penché

J’ai vu que la feuille

Avait une forme de crête.

 

Malcom de Chazal

image-e1448366370628 Len Jessome

 

 

 

(de) L’oiseau

.

Volant ainsi

Dans un ciel voilé

On finit par ne plus discerner les pays lointains

Qu’on croyait bien connaître

Par ne plus discerner les bois flottés dérivant au loin.

Leur moitié sèche

Leur moitié humide

L’une comme l’autre

On ne peut plus les distinguer.

Ni les haies vives des haies lointaines.

Ni les ciels lointains.

Ni les cœurs lointains.

Et à force

De ne plus rien distinguer,

Je me retrouve à voler

dans un miroir volé.

.

Yasumizu Toshikazu (extrait de l’oiseau)

David Stewart

 

 

Eric Chevillard

.

 » Le poète d’aujourd’hui lit encore (un peu) ses pairs ; c’est l’amère condition pour être lu par eux (un peu) à son tour. Mais la désaffection plus vaste des lecteurs épris de littérature semble définitive et sans recours. Rimbaud reste notre héros, nous affirmons encore volontiers que la poésie est l’expression la plus haute la plus du génie humain, la plus belle incarnation du verbe : de là à mettre  le nez dans un de ces recueils abscons, il y a un gouffre. »

Eric Chevillard – Préface de « Etude de l’objet » de Zbigniew Herbert

Autoportrait à six ans

.

Une vitre séparait le mont Altamirano

de mes mains.

Une porte tenait éloignée la salle de classe

de l’escalier qui se précipitait vers le village.

Tous désiraient participer à la classe d’espagnol :

le moineau, les pierres, le frêne et l’azur du ciel.

Mon crayon dessinait la maitresse campagnarde :

sa robe râpée, ses chaussures béantes.

J’apprenais à lire comme on apprend à être  :

toi, moi, frère, l’ombre sur le mur.

.

Homero Aridjis

Annelie Vandendael

 

Rien de beau

.

Rien de beau

des planches de la peinture

des clous de la colle

de la ficelle du papier

 

monsieur l’artiste

bâtit le monde

non d’atomes

mais de résidus

 

la foret d’ardenne

avec un parasol

la mer ionienne

avec de l’encre

 

il suffit

d’une mine fière

il suffit d’une main sûre

 

– et déjà le monde –

 

sur les épingles d’herbes

les crochets de fleurs

les nuages de fil de fer

étirés par le vent

 

Zbigniew Herbert

Tadeuz Rolke

 

Simple

.

Une trouée dans les nuages. Le contour

bleu des montagnes.

Le jaune sombre des champs.

La rivière noire. Que fais-je ici

seul et plein de remords ?

.

Je continue de manger distraitement

les framboises. Si j’étais mort,

ça me fait penser, je ne

les mangerais pas. Ce n’est pas si simple.

C’est aussi simple.

.

Raymond Carver

image-e1448366370628 Len Jessome

Nuit

.

Ne sais où aller

ici ou là

singuliers tournants dénudés

suffit de courir !

tenir mes tresses de nuit tombée

pellicules et eau de Cologne

rose allumette brûlée de la cire

création sincère en sillons de cheveux

la nuit dénoue ses bagages

de blancs et noirs

arrêter de jeter son avenir

 

 

.

Alejandra Pizarnik

 Montague Fendt

 

Le jour d’après


ce jour demeure

dans les brumes

d’un paysage intérieur


la pluie battait

contre les carreaux


le long des murs

des fleurs montaient

sans bruit


en silence

nos âmes se nouaient

l’une à l’autre

Yota Yioshida