L’icône Espérance

 

Il y a le bleu des brèches et des horizons pâles

Il y a que je pense à un figuier comme

A la perfection du sommeil

Il y a que le ciel penche au-dedans de nous

Et se relève : il y a la jeunesse des eaux.

Il y a une icône au fond d’un temple

Et le temps qui s’inscrit tout entier en toi

Il y a ce poème qui te ressemble

Une rose à jamais pure

Rose noire la rose de ta voix.

Il y a une arche au-dessus du froid

Quelque chose qui respire tout près d’ici

Je t’écoute est-ce toi est-ce moi

Il y a une source qui ne finit pas.

 

Lionel Ray

 Tania Franco Klein

(de) Boue

 

poser encore

quelque chose comme un ciel

ou un linoléum

quelque chose comme bleu

bleu débandé

et bleu encore ensuite après

sans pouvoir en finir

l’important n’est pas d’être là

on le saurait

mais d’être encore pourtant

là

sans être sûr

 

Antoine Emaz

Julia Grandperret Motin

Haruki Murakami

« Etre japonais, je ne sais pas ce que cela signifie. Je suis japonais de nationalité. Mes parents sont japonais. Je suis né ici. J’écris en japonais. J’aime les sushis… A part cela, je ne sais pas. J’ai découvert que j’étais japonais lorsque je vivais aux États-Unis où l’on me renvoyait sans cesse une image : celle « d’écrivain japonais ». Est-ce si important ? Sans doute la manière de penser, de regarder un paysage sont-elles marquées par une culture. Mais je ne pense pas que clarifier la différence soit si essentiel. C’est le message qui l’est – au-delà des particularités réelles ou supposées d’une appartenance culturelle. »

Haruki Murakami

L’inaltérable

 

Tu diras la vie qui t’a rejoint

dans le silence de l’aube et le fouillis

des choses entassées et des échecs,

amoureux soudain du souvenir des plages

et du soleil dans les pins, de l’inaltérable

jeunesse des instants où les bras

et la mer se comprennent

 

Paul de Roux

Jeanne Menetrier

(de) dédale et le vent

 

S’il est vrai

que « lorsque tout autour

est sombre, les yeux

commencent à voir »

alors je vois

très bien.

J’écoute ce vent

qui me ramène à toi,

cette tempête

de cris

au travers des murs de la nuit,

des portes,

des branches, des feuilles mortes,

des pas,

solitaires, j’écoute

cet hiver

sans firmament,

ce cortège de songes

jetés en plein vol…

 

Roberto Veracini

  Jean Dubuffet

 

Ombres roses ombres

 

Sous un ciel étranger

ombres roses

ombres

sur une terre étrangère

entre roses et ombres

dans une eau étrangère

mon ombre.

 

Ingeborg Bachmann

 

 

 

 

(de) L’absente

 

Dans une barque éteinte

Je dors à petit feu

La vie me porte

et je la porte Une voix tremble

La maison se recueille

Le jour n’a pas de nom

 

Georges Haldas

 Karla Leyva

 

 

Venise n’existe pas



de nos rires

idiots

toi et moi

avançant à l’aveugle


si près

qu’on ne sait pas

lequel de nous porte

l’autre


ni même

celui qui tombera

le premier

Boris Mikhailov

(de) Face à la nuit

 

Il y a terreur, mais

aujourd’hui,  je peux marcher :

bien travaillé, aplani les jours et

les coups, je me souviens, la voix

de l’autre coté : tu n’as rien vu et

terreur, encore, a frappé, mais

les cris, ce jour, se sont éloignés et

là-bas, comme elle se resserre,

je marche, elle crie

je marche dans l’écho,

jusqu’au bout de sa parole.

 

Alain Veinsten

Mauricio Alejo

 

Hiver

 

Au cœur de l’hiver,

Contrairement à toute attente,

Au milieu des arbres

On croirait voir des fleurs

Tant il est tombé de neige.

 

Ki no Tsurayuki

 Lau BLOU