Bal à l’ambassade



d’un corps

de notables fabulant

les pieds dans l’eau

sort une femme –


chignon gris

visage maigre et la voix

perchée haut


qui me tend

une veste

appartenant dit-elle

à Monsieur le Préfet

 Oleg Oprisco

Anise Koltz

 

« Dès que j’écris une phrase, je suis désorientée et embarrassée, déjà j’ai envie de la rejeter pour dire dans la suivante le contraire. C’est que j’ai toujours l’impression que l’essentiel m’échappe. La double face, le coté caché des choses.

D’autant plus que la poésie doit témoigner du mouvement de notre époque.

Or jamais dans l’histoire de l’humanité, il n’y a eu siècle plus barbare que le notre. Et les horreurs continuent et se multiplient dans tous les coins du monde. Nous sommes impuissants face à tant de misère, de corruption et de manipulation. Faut-il passer devant les drames qui ont lieu, les yeux fermés de peur d’être soi-même broyés par la violence ?

Le poète doit donc aussi prendre positon face au monde qui l’entoure.

Finis fleurs et petits oiseaux, Dieu est mort. »

Anise Koltz – in Somnambule du jour

 

Au loin

 

Mutité à nouveau, spacieuse, une maison – :

Viens, tu dois habiter.

 

Heures, qui s’échelonnent, belles comme malédiction : atteignable

est l’asile.

 

Plus mordant que jamais l’air qui reste : tu dois respirer,

respirer et être toi.

 

Paul Celan

Jeff Wall

 

 

Un morceau de lumière

 

J’écris des dates

le temps qui les traverse

ne laisse qu’un peu de poudre humide

parfois les feuilles remuent

le ciel n’est pas le ciel

le jour est un reste de regard

 

Jacques Ancet

 Cristina Coral

 

 

 

La maison du vide


j’habite

un vieux fauteuil

rouge

près de la fenêtre


ma vie

est immobile


mes yeux

à peine

atteignent le jour


ces voix

qui ont une part d’ombre

je les écoute traverser

la pièce


en moi

quelque chose

se déplace

alors que rien ne bouge

Fernanda Frazão

Armure du matin

 

Je ne sors plus

de moi. Je traverse

mes lèvres

sans voir que le soleil

déchire l’air

des murs

J’invente des couloirs

où le froid s’accumule

courbe

jusqu’à ce cri.

 

Claude Esteban

 Amy Colebrook

Raymond Queneau

 

Ce soir

si j’écrivais un poème

pour la postérité ?

fichtre

la belle idée

je me sens sûr de moi

j’y vas

et

à

la

postérité

j’y dis merde et remerde

et reremerde

drôlement feintée

la postérité

qui attendait son poème

ah mais.

 

Raymond Queneau

 

 

(de) S’il descend vers un monde

 

entouré de mystères ce qui file

au tréfonds de lui-même ce sont des ces rêves que sans doute

il ne pourra réaliser

ces passions sans fondement auxquelles sa faim aspire

un amour sur le point d’être effacé

et lui qui a connu la honte de ce qui s’écrit sur la page blanche

lui s’embarquera dans le futur

 

Yoshimoto Takaaki

Émilie Keener

 

 

Voie morte

 

Adieu, dit-elle. Rendant close la ville.

Hier même, par son extrême absence,

ma chérie, la poupée d’argile,

sans autre avertissement s’est jetée dans le vide.

La bibliothèque s’effeuille. Les tableaux

se réduisent à de simples taches çà et là.

 

J’entends de tous côtés le grillon de la Lune.

 

Je descends, le cœur sur la main, par la voie morte

d’un mauvais rêve dont on ne peut plus se réveiller.

 

Roberto Sosa

 Aimée Hoving

« Über allen Gipfeln ist Ruh »

 

La lune s’envase

jusqu’aux yeux

elle est à peine visible

 

je veux la guetter

écorcher son ventre blanc

et la préparer

 

sa viande a la saveur

du poisson de mer

 

Anise Koltz

image-e1448366370628 Ade Adekola