de (A prix d’ombre)

 

Tombés plus bas que la nuit, mais un seul non

pour eux deux ; et le souffle du vent sur la terre

dure où s’est enfoncée leur maison.

Tout ce qui chante est entré dans leur sang, en

arracha la nuit et cette nuit d’outre noir a fait

monde qui les éloigne,

et les unit avec la mémoire d’un cœur qui se ferme

dans l’amour.

 

Joe Bousquet

 Gylian Hyland

Chemin de village

 

En automne se moquent les étourneaux

et parfois j’entends les portes

cogner deux fois,

dont une fois en rêve.

Qui nous a donné les images,

les pommes rouges,

dans le jardin du charbonnier,

absurdement, mais disposé

à se perdre avec nous.

 

Isle Aichinger

Jelka Von Langen

Antoine Emaz

 

 » Alors écrire, en plus ? Cela ne résout rien, ne guérit pas ; je vois cela plutôt comme une mise à plat, une façon d’y voir un peu plus clair, de respirer un peu mieux. Une sorte de prise d’écart, de distance : je ne suis plus muet, j’essaie de dire pour moi et l’autre ce qui, d’habitude, nous fait taire.

Écrire-vivre, c’est partir de ma vie jusqu’à ce qu’elle s’adresse, par le poème, aux autres, à leurs vies particulières. Le poète n’est pas devant tout le monde, guidant le peuple et voyant plus loin ; il est derrière, aussi aveugle que les autres, mais il dit son aveuglement, et son refus. Ce n’est pas refuser qui le distingue, mais son dire. Donc tout le travail consiste à rejoindre le commun en partant du singulier. Voilà le boulot d’écrire. Non pas exacerber l’individu, mais à partir d’une vie, que le poème sauve aussi comme vie personnelle, aller vers un vivre qui soit commun, collectif, une condition d’homme, si on veut. Si le lecteur ne se reconnaît pas dans le poème, j’ai raté ; si je ne me reconnais plus dans le poème, j’ai raté également. C’est assez simple. »

Antoine Emaz – les entretiens in-finis

 

 

 

Depuis le rivage

 

Depuis le rivage

semant ses bienfaits un nuage vole

puis un aigle, messager.

Seules les îles gémissent vers le rivage à leur départ,

quand le vent sous le gel se fige, pleurant sur leur sort.

Et la mort du nuage

et la fin de l’aigle

et le dernier cri

sont une suffisante genèse.

Les lueurs de l’Est ne dorent pas les eaux du rivage,

et les lumières de l’Ouest ne recouvrent pas l’homme qui

regarde.

Seul jusqu’au destin du rivage résonne le chant de ceux

qui s’en vont :

adieu, étranger aux visages enfouis.

 

Pentti Holappa

image-e1448366370628 Dimitris Michakis

espaces

 

des maisons

ici

et là se tiennent

fenêtres ouvertes pourquoi

ne se demande pas

un seul passant

est-ce-que je ne saute

pas

dans la vie

des espaces

 

Eva-Maria Berg

Elaine Mayes

L’icône Espérance

 

Il y a le bleu des brèches et des horizons pâles

Il y a que je pense à un figuier comme

A la perfection du sommeil

Il y a que le ciel penche au-dedans de nous

Et se relève : il y a la jeunesse des eaux.

Il y a une icône au fond d’un temple

Et le temps qui s’inscrit tout entier en toi

Il y a ce poème qui te ressemble

Une rose à jamais pure

Rose noire la rose de ta voix.

Il y a une arche au-dessus du froid

Quelque chose qui respire tout près d’ici

Je t’écoute est-ce toi est-ce moi

Il y a une source qui ne finit pas.

 

Lionel Ray

 Tania Franco Klein

(de) Boue

 

poser encore

quelque chose comme un ciel

ou un linoléum

quelque chose comme bleu

bleu débandé

et bleu encore ensuite après

sans pouvoir en finir

l’important n’est pas d’être là

on le saurait

mais d’être encore pourtant

sans être sûr

 

Antoine Emaz

Julia Grandperret Motin

Haruki Murakami

« Etre japonais, je ne sais pas ce que cela signifie. Je suis japonais de nationalité. Mes parents sont japonais. Je suis né ici. J’écris en japonais. J’aime les sushis… A part cela, je ne sais pas. J’ai découvert que j’étais japonais lorsque je vivais aux États-Unis où l’on me renvoyait sans cesse une image : celle « d’écrivain japonais ». Est-ce si important ? Sans doute la manière de penser, de regarder un paysage sont-elles marquées par une culture. Mais je ne pense pas que clarifier la différence soit si essentiel. C’est le message qui l’est – au-delà des particularités réelles ou supposées d’une appartenance culturelle. »

Haruki Murakami

L’inaltérable

 

Tu diras la vie qui t’a rejoint

dans le silence de l’aube et le fouillis

des choses entassées et des échecs,

amoureux soudain du souvenir des plages

et du soleil dans les pins, de l’inaltérable

jeunesse des instants où les bras

et la mer se comprennent

 

Paul de Roux

Jeanne Menetrier