La grande beauté

.

par endroits

un visage remonte

à la surface

.

qui

pour un geste ou

une histoire de mots cousus de

l’intérieur

.

parfois  

c’est le corps qui émerge

.

presque nu

de s’allonger sur un coté

et de m’observer en train

de songer

.

est dans la puissance

de l’image

ces êtres qui ne vieilliront

jamais

James Reddinton

(de) Oberland

.

J’ai tout dit à la montagne. Notamment que je n’arrivais plus à vivre. Elle m’a répondu négligemment en soufflant sur mon feu que ce n’était pas grave, que vivre n’était qu’une idée, que la nuit  venait tous les jours, qu’il fallait s’allumer une cigarette, laisser bruler lentement, le mauvais bois, le mauvais sang. Le temps ici change vite.

José Gsell

Joseph Mallord William Turner

Au cinquième temps

.

qui

sur un mot erre

et sitôt de s’ouvrir à

l’évidence

puis

la rue et le froid

des visages par accès

qui n’en sont pas

je me dis

être

ou n’être que

le souvenir d’un autre

aller sans posséder

ce qui vient

Caroline Dufour

Le Pont

.

Et tout en bas l’Inn avec son eau et l’enfant qui

court sur le pont couvert

et s’arrête près d’une des petites ouvertures.

Alors le pont se met lentement en mouvement,

puis toujours plus vite, il s’en va lui-aussi avec l’eau

de l’Inn vers la grande courbe, et après

la courbe, c’est la mer.

Quelqu’un appelle, l’enfant se retourne,

le pont s’arrête et revient aussitôt à sa place.

Seule l’Inn poursuit son cours.

.

Rut Plouda

Erich Heckel

Enfant

.

Ton œil clair seul est d’absolue beauté

Je veux y couler des coqs, des couleurs,

Toute une jonglerie clinquante

.

Dont tu médites les syllabes –

Calumet, jonquille,

Minuscule

.

Plant sans ride

Mare où les images

Devraient se parer de grandeur classique

.

Non pas ce trouble,

Ces mains tordues, ce noir

Plafond sans étoile.

.

Sylvia Plath

Samson Chen

Je te reconnais

.

Je te reconnais

visage affolé

buée sur la vitre

.

dehors je ne sais pas

mais dedans

tu cries

.

me diras-tu ta vie ?

cela t’aidera-t-il ?

aimer peut-il aider ?

.

je suis là maintenant

je revis avec toi

tu peux avec moi – revivre

.

Frédéric Worms

Deux langues de feu

.

Vous avez laissé dans mes yeux

une étoile obscure,

l’odeur des hivers

entre les pages éteintes

de mes vieux cahiers.

Moi, j’ai vécu au cœur

de votre ciel ardent,

brulant comme vous

ma vie pour rien.

.

Léonardo Sinisgalli

Danielle Jacqui

Et c’est miracle

.

doux

est l’instant

où nous pouvons

nous voir les yeux fermés

car plus haut

que le mot donné

ou la chose qui s’organise

la force invisible qui nous

détient

. Florent van Roeckel

(de) Récits des images

.

Je rêve de pleurs et de froid

J’écoute

Le gel couvrir la neige

Et le matin

Est lenteur de plantes,

Immobilité de la ténèbres.

Qui loge dans ma maison

Sinon le murmure

Et la foudre ?

Aujourd’hui je m’appelle poussière.

Je suis habillé

Par des losanges, des yeux.

Je regarde mes paumes

Et Quelqu’un me fixe

Qui ne dit mot.

.

Pierre Dalle Nogare

Jordi Ruiz Cicera

Les visiteurs

.

dès le jour éteint

les voix réclament

les choses naguère enfouies là

et de venir

en plus grand nombre

si disent-elles

les choses

je ne les dis pas

Ted Gordon