(de) Prairial

 

Irions-nous jusqu’au dépliement

dernier du ciel ?

Alors que de chaos azurés,

de troupeaux prestigieux,

de hardes !

Tout se module

selon nos prévisions,

quand nous repérons

à marée basse

celui qui s’invalide ;

en s’éloignant,

il s’épuise à l’infini.

 

Pour le rattraper

il faudra enjamber le présent.

 

Michel Fardoulis-Lagranges

Mark Forbes

Insomnie

 

ce corps

au plafond qui s’allonge

sur un ciseau de brasse

on dirait le tien. Indifférent

aux voix qui poussent

sur le rivage, lui

sans cesse de creuser

sa ligne d’écume

sur les fonds noirs

d’un océan

Carole A. Fuerman

Sainte Catherine

 

Pise lointaine, sirocco

bohémien de la plaine

et l’onde au pont

et les feuilles et les troncs

vifs

Tous ces jardins que nous ne connaissions pas

et qui nous reconnaissent, ces arbres obscurs

et si grands qui se rapprochent, se laissent

toucher, comme si il était possible

de toucher la terre, le temps, la vie

 

Roberto Veracini

Hugo Pratt

 

Lorand Gaspar

 

Éteins la parole

éteins la pensée

et va ! vole ! tombe !

sans haut ni bas

aspiré, foulé

dans les failles de l’air

entre courbures d’une mélodie

que personne ne joue

 

Lorand Gaspar

(texte et image)

 

 

 

fatum

 

allongés

sur le couvre-lit

l’un vers l’autre

à ne rien dire

s’échapper

mutité en partage

le voyage n’est plus

se devoir aux siens

alors que l’ombre

tangible

vous tient la main

Francesca Woodman

(de) la mémoire des branchies

 

rabâcher

le poème qu’en est-il

de l’image

quand elle nage

toute

trempée

se gonfle

noie

épuisé

isolé mot

après mot

introuvable

privé

de couleur

 

Eva-Maria Berg

 Luis Garvan

Tu me demandes

 

ce que je veux

je ne le sais pas

 

je sais seulement que je rêve

que le rêve me fait vie

et que je plane dans un nuage

 

je sais seulement que j’aime

humains montagnes jardins la mer

je sais seulement

que beaucoup de morts habitent en moi

je bois mes instants

je sais

seulement

que c’est le jeu du temps

haut et bas

derrière tous les mots le silence

qui bat

 

Rose Ausländer

 Marta Bevacqua

 

 

 

Médieuse

 

La rosée la pluie la vague la barque

La reine servante

Médieuse

 

La perle la terre

Perle refusée terre consentante

 

Le départ entre deux feux

Le voyage sans chemin

D’un oui à un autre oui

Le retour entre les mains

De la plus fine des reines

Que même le froid mûrit

 

Paul Eluard

Łukasz Spychała

Coquillage

 

Rien, rien du tout

est né,

meurt, le coquillage dit encore

et encore

depuis la profondeur des creux de rocher.

Son corps

balayé par la saison – donc quoi ?

Il dort

dans le sable, séchant à la lumière du soleil,

se baignant

à la clarté lunaire. Rien à faire

avec la mer

ou quelque chose d’autre. Dessus

et dessus

 

Shinkichi Takahashi

(de) Guillaume Apollinaire

 

 » Je donnerai un détail amusant de cette conversation que le hasard me fit avoir avoir la mère d’Apollinaire. Elle était venue au Mercure demander si on voulait bien lui donner les livres de son fils, livres dont elle n’avait jamais lu une ligne et dont elle venait seulement de découvrir l’existence. Elle ne savait rien de la réputation qu’il s’était acquise et il avait fallu sa mort pour qu’elle en devint curieuse. Je la renseignais comme il convenait et quand je lui eus donné à comprendre à sa grande surprise, ce qu’était Apollinaire, elle eut ce mot presque orgueilleux dans sa naïveté  :  » Mon autre fils aussi est écrivain. Il écrit des articles financiers dans un journal de New York. »

Paul Léautaud