Écoute

.

je vole dans les nuits

les roses de ta bouche,

afin qu’aucune femelle ne puisse y boire.

Celle qui t’enlace

me dépouille de mes frissons,

ceux que j’avais peint sur tes membres.

je suis la bordure de route

qui t’effleure,

te jette à terre.

Sens-tu ma vie autour

partout

comme un bord lointain ?

.

Else Lasker-Schüle

(Traduction d’Alain Suied)

Armineh Hovanesian

Signe de quoi

.

ce geste épeuré

au bout de sa tige

à s’y méprendre

comme une ronce

qu’un doigt écarte

sur le côté

le froid passe sous

la peau

l’œil se tasse

de l’envers nait

un endroit

la tête sous une épaule

.

il n’y a plus de mot

Robert Van der Hils

(de) la photo d’un génie

.

voici le passant

le chaud du jour sur le mur

le soleil dans la vitre des lunettes

la barbe blanche

le trou dans la joue droite

.

a vécu et a travaillé là

.

les mortels ont les doigts bavards

leurs secrets tombent dans l’œil

les morts serrent les paupières

ils jouissent de ce qu’ils ne savent plus

.

et le cœur attaché aux petites choses

comme l’enfant à ses jouets

une vie

qu’est qu’une vie

.

Bernard Noël

Benoit Courti

(de) La moitié du geste

.

déterre-moi

dit à l’œil

le reflet

.

mais l’œil

ne voit en face 

ni le baiser désert

.

ni la mort de l’obscur

gelé

dans le volume faux

.

qui se tutoie

en l’air

sa langue y perd

.

car le tu

est sous la peau

la profondeur

.

Antoine Emaz

Philipp Schopke

(de) L’apprenti dans le soleil

.

la sensation désagréable

que vos oreilles

fonctionnaient de temps à autre

à l’envers

.

qu’elles ne percevaient plus

que ce qui se passait en vous

.

l’envie folle

que les songes fussent

presque tous étourdissants

.

les moments qui glissaient

.

à peine

.

manquaient même

de tomber

.

mais ce n’était pas une raison

pour les rejeter

.

Franck André Jamme

Damien Malonney

Poème quantique

.

par fulgurance

des ombres à travers

la chaussée

.

il est six heures

.

la voix d’une femme

dans le dos

.

aussi

des visages attentifs

quand d’autres sondent

la dureté

.

tu dis

.

la scène

par un nombre de fois incalculables

est rejouée

.

comme un surcroit

de tableaux que de petits détails

viennent à chaque fois

dissembler

Christina Coral

Fading

la mémoire

de l’œil s’éteint doucement

.

est une ombre

la nuit

qui erre dans un demi-sommeil

.

si loin du chemin

.

avec des mots épandus

dans une langue étrangère

et par une autre voix

Emily Graham

Entendrais-tu

 

Et si tu écrivais la chambre des ombres

entendrais-tu

 

la voix que menace

son propre écho, un murmure dressé

contre le silence

s’engouffre dans la nuit

et s’étonne du vent qui écorche

la fenêtre, entendrais-tu

 

tes mots au bout de l’aube

si tu écrivais

ce qui brûle en toi ?

 

La voix halète, étouffe presque

la parole sans écho, l’amour

sans amour, le désordre

planté dans le temps

qui s’obstine jusqu’à demain.

 

Hélène Dorion

Carlo

 

Appendice

.

corps et voix

s’entassent à l’autre bout 

de soi

 

sans l’appel du désir

l’œil ne peut ni les convoiter

ni les retenir

 

la  porte s’ouvre

et sous la couleur orange

ils vont

comme des ballons

ivres rejoindre

le néant

Kile Thomson

(de) L’écart qui existe

Perce un bruit de métal,

des volets qu’on tire.

Vent faible, ciel blanc démantelé.

J’aperçois la cour par les fentes,

le sapin encore haut contre le mur friable,

la pénombre, l’herbe rase.

Quelque chose encore

s’éloigne de ce que l’on sait.

Les nuée s’éventent lentement, les branches lisses.

Olivier Vossot

Olivier Debré