J’ai grandi avec l’espace
Les voix sont simples
Parfois j’emprunterais
Les mots des poètes
Tu es là
Je suis là
C’est chez toi
Que tu me fais
Entendre la terre
Joséphine Bacon
Jean Paul Riopelle
J’ai grandi avec l’espace
Les voix sont simples
Parfois j’emprunterais
Les mots des poètes
Tu es là
Je suis là
C’est chez toi
Que tu me fais
Entendre la terre
Joséphine Bacon
Jean Paul Riopelle
dans un coin nu
de la chambre
j’entends
parfois la nuit
respirer
je me dis –
ce n’est peut-être
qu’une ombre passante
un songe encore
ouvert
un souffle égaré

Shuji Takashi
Comment quitter le lac ?
Comment trouver un élément plus ferme
auquel s’accorder ?
On avait travaillé une route au cœur des nuits
froides. On avait élu domicile aux antipodes.
Le moteur tournait, mais la voiture ne quittait
jamais le lieu, des sapins avaient poussé dans
l’habitacle. Le lac persistait derrière la vitre,
avec son charme de premier abri.
Anna Milani
Yves Lacroix
un poème
surgit
là où la veille
il n’y avait que
vent et poussières
nul visage promis
aucun nom écrit
mais
dans la blancheur de l’air
juste avant la voix
ce souffle léger –
je te reconnais

Bertrand Delais
dans le repli
du jour
une ombre frôle le mur
puis se répand
comme l’eau froide
au fond du lit
silencieux
je m’allonge près d’elle
le drap perd
un peu de sommeil
le silence
ma parait plus vaste
que la nuit

Kathleen Meier
des maisons
ici
et là se tiennent
fenêtres ouvertes pourquoi
ne se demande
pas un seul
passant
est-ce que je ne saute
pas
dans la vie
des espaces
Eva-Maria Berg
Gerd Luwig
Sans me regarder
ma mère me voit
tel un paysage
où elle n’aurait pas grandi
« Tu es l’image
de ton père
dit-elle
en me lavant
comme un mort »
Mes os
radeaux de sauvetage
glissaient dans le sang
Anise Kolz
Kylet Thomson
le ciel
oui
mais creusé
par d’autres mains
que les nôtres
je reviens
comme on vient
la première fois
transi
avec un peu de froid
sur les lèvres
ne sachant
si c’est l’air
plus vif
ou la distance
qui me rend
à moi-même
