(de) La moitié du geste

.

déterre-moi

dit à l’œil

le reflet

.

mais l’œil

ne voit en face 

ni le baiser désert

.

ni la mort de l’obscur

gelé

dans le volume faux

.

qui se tutoie

en l’air

sa langue y perd

.

car le tu

est sous la peau

la profondeur

.

Antoine Emaz

Philipp Schopke

(de) L’apprenti dans le soleil

.

la sensation désagréable

que vos oreilles

fonctionnaient de temps à autre

à l’envers

.

qu’elles ne percevaient plus

que ce qui se passait en vous

.

l’envie folle

que les songes fussent

presque tous étourdissants

.

les moments qui glissaient

.

à peine

.

manquaient même

de tomber

.

mais ce n’était pas une raison

pour les rejeter

.

Franck André Jamme

Damien Malonney

Poème quantique

.

par fulgurance

des ombres à travers

la chaussée

.

il est six heures

.

la voix d’une femme

dans le dos

.

aussi

des visages attentifs

quand d’autres sondent

la dureté

.

tu dis

.

la scène

par un nombre de fois incalculables

est rejouée

.

comme un surcroit

de tableaux que de petits détails

viennent à chaque fois

dissembler

Christina Coral

Fading

la mémoire

de l’œil s’éteint doucement

.

est une ombre

la nuit

qui erre dans un demi-sommeil

.

si loin du chemin

.

avec des mots épandus

dans une langue étrangère

et par une autre voix

Emily Graham

Entendrais-tu

 

Et si tu écrivais la chambre des ombres

entendrais-tu

 

la voix que menace

son propre écho, un murmure dressé

contre le silence

s’engouffre dans la nuit

et s’étonne du vent qui écorche

la fenêtre, entendrais-tu

 

tes mots au bout de l’aube

si tu écrivais

ce qui brûle en toi ?

 

La voix halète, étouffe presque

la parole sans écho, l’amour

sans amour, le désordre

planté dans le temps

qui s’obstine jusqu’à demain.

 

Hélène Dorion

Carlo

 

Appendice

.

corps et voix

s’entassent à l’autre bout 

de soi

 

sans l’appel du désir

l’œil ne peut ni les convoiter

ni les retenir

 

la  porte s’ouvre

et sous la couleur orange

ils vont

comme des ballons

ivres rejoindre

le néant

Kile Thomson

(de) L’écart qui existe

Perce un bruit de métal,

des volets qu’on tire.

Vent faible, ciel blanc démantelé.

J’aperçois la cour par les fentes,

le sapin encore haut contre le mur friable,

la pénombre, l’herbe rase.

Quelque chose encore

s’éloigne de ce que l’on sait.

Les nuée s’éventent lentement, les branches lisses.

Olivier Vossot

Olivier Debré

Mars

 

sans cesse

sous la ligne de pente

jeter les pieds

au devant de soi

 

jambes titubantes

de l’enfant au réveil

le souffle court et

du sable plein la tête

 

rendre l’endroit

qui révèle au regard

la mer

Après son départ

 

Doux nuages, douces collines et doux lac

 

mais toi, visage

pour ta beauté n’ont suffi l’harmonie

la clarté

et l’accord qu’entre elles

ont ces choses déjà

 

Humain regard

Qui s’est posé

et sans vouloir

et ne sais taire

 

Regarde où tous, nous,

sommes cachés – et dis son nom ;

autre est ta beauté :

 

et ainsi

sans savoir à l’instant  nous rendras

la mémoire où s’assemblent d’eux-mêmes

les instants

de douceur qui ne donnent en vain

 

Gérard Bayo

Jesse Boyd-Reid

Telle

.

à n’en plus finir

la façon du visage

dans le miroir des eaux

.

un œil en proie

à lui-même

aussi méfiant que la bouche

.

et l’écho de la voix

quand elle accouche d’une autre

que soi

Archeno