L’avent

.

sans cesse

la lumière retourne

au point d’origine

sont là

.

les mains roses

et les visages ouverts

les mots ignorants

la gêne

.

ce qui prête

à la partie infirme

du soi

Polina Washnington

Amours en chemin

.

le corps ne sait plus

ce qu’il est

.

honni

du lieu de l’habitude

il retourne

sans relâche

au récit du jour

d’avant

.

aussi

des visages à l’envers

insensiblement

qui perdent la couleur

.

et une ombre qui danse dans

le couchant

Hervey Stein

Lésion

.

La couleur afflue à cet endroit, rouge morne.

Tout le reste du corps est sans tache,

Couleur perle

.

C’est dans une cavité de roc

Que la mer vient aspirer,

Un seul creux suffit à la concentrer tout entière.

.

De la taille d’une mouche

La marque du destin

Rampe le long de la paroi.

.

Le cœur se ferme,

La mer se retire,

Les miroirs sont voilés.

.

Sylvia Plath

Morton Bartlett

(note bleue)

.

bas et lourd
ce couvercle

son poids de détresse
de peurs qui s’amoncellent

sans peine
les oiseaux le soulèvent

ou simplement
ils l’ignorent

leur chant est ici
et déjà ailleurs

dans le jour qui court à sa perte
ils écoutent

plus loin que ce qui est perdu

.

Marc Dugardin

Youngna Park

(de) Nature morte

.

Arbre. Ombre. Terre

sous l’ombre pour les racines.

Monogrammes enlacés.

Argile. Rangée de pierre.

.

Racines. Leurs entrelacs.

Pierre dont le propre poids

arrive à libérer de

tout ce système de nœuds.

.

Elle ne bouge pas. Impossible

De la déplacer, de l’emporter.

Ombre. Homme dans l’ombre,

comme un poisson dans la nasse.

.

Joseph Brodski

Robert Darch

Le dénouement

.

par petits bouts

le vent te disperse

dans le ciel d’été

.

après

ce sont des choses

d’une grande banalité

de place en place

.

ces lettres attachées les unes

aux autres

.

les images que l’œil veut

fourguer

Will Hooper

Subside

.

dans le lieu

où la voix n’est plus

.

ne peut plus être

le venir tombe

des mains

.

de quelques mots écrits

sur le verre

indubitablement

se produit

ce que le corps ne parvient

à défaire

.

et l’ombre à nouveau

de manifester

entière

.

de qui la vie s’abime

on pressent quelquefois

le néant

Martha Skiro

(de) Dormir sept ans

.

Tu as laissé ton corps

arrêté quelque part

bien des années

avant déluge,

désastre.

Mais tu fais semblant

de rire et de bouger,

quand la vie est absente

.

Jacques Izoard

Myriam Marlène Waldner

(de) Les signes sont là

.

Il me faut une assise

peu importe dans quel élément

Si je pouvais trouver en l’homme

la fibre à laquelle m’agripper

Si ma tête

était moins lourde à porter

Si le verre

aidait vraiment à oublier

Si l’amour

S’avérait enfin prophétique

.

Et si la seule assise

n’était que dans le si…

.

Abdellatif LAABI

George Byrne

De nouveau en 90

.

Ai rêvé que j’ai fait deux cent kilomètres pour rien.

Lorsque tout a grandi. Des moineaux gros comme

des poules

qui chantaient à vous crever les tympans.

Ai rêvé que je dessinais les touches d’un piano

sur la table de la cuisine. Sur lesquelles je jouais, en

silence.

Les voisins entraient pour m’écouter.

.

Thomas Transtromer

Makoto Fukui