Marguerite



il arrive

parfois

que le vent renonce

avant la voile


alors la mer

recueille

en silence

ce qui n’a pas lieu


et rien

dis-tu

ne s’en plaint

(L’hôtel des roches noires)

Imminence




le vent d’orage

feuillette

l’arbre qui tremble


le ciel gris

entre les branches


une ombre

soudaine –


un oiseau nerveux

frôle

nos regards

Léonard Bourgois-Beaulieu

La sorcière



Tout le monde sait que je disparais

sauf toi.

Je dors à tes côtés, et la nuit je sors

du lit en laissant mes jambes près de toi.

Ce qui est sûr, c’est que je disparais

mais avec toi

(du moins laisse-moi le croire !)

Je suis la perle qui créée son âme rugueuse

et triste.


Carmen Boullosa

Hajime Kimura

Lisière



cette lueur

jaune

sous la porte –


peut-être

une âme en peine

peut-être un trouble

du sommeil

peut-être rien


la lueur

soudain s’éloigne


qui sait

ce que le cœur invente

ou reconnait

Kyle Tomson

Le verre



à la manière

dont tu tiens ton verre

je sais

que tout est déjà dit 


la nuit jette

des éclats de lune par-dessus

la terrasse


dans l’ombre

court le bruit d’un moteur

le vent faiblit


nous ne serons

rien de plus

Adèle Berthelin

Bei


sur le clavier

des heures

une note

demeure à mon insu

elle éclaire

un endroit que le cœur

n’atteint pas

dehors

un merle appelle le jour

je vis –

sais-tu

comme si rien

ne manquait

Hajime Kimura

Ô vent de l’ouest



Un monde autour d’elle comme une ombre

Elle déplace une chaise.

Quelque chose se crée –

Se prépare

Clair devant elle comme en plein air

L’espace qu’une femme engendre et emplit

Après toutes ces années

J’écris encore

Naturellement, sur ton visage

Tes grands et beaux

Yeux bleus

À travers l’ensemble de ma vision mais l’éclat de la chair

Les yeux bleus

Dans les itinéraires souterrains, dans les pluies fines

Les profils.


Georges Oppen

Lee Miller

Nuit close


dans sa chute

la lampe découpe

une ombre claire

contre le mur


la chambre vacille


un visage

peut-être


ou le souvenir

d’un visage revient 

sur mes lèvres

Nia Diedl

La cage



un nom

apparait dans le heurt

du jour


âpre

presque un cri


ce nom

me prend la bouche

comme si

la nuit remontait soudain

jusqu’aux lèvres

Francesca Woodman

En legs



puisque

le ciel s’éloigne

sans attendre

je donne à la nuit

ce qu’il me reste de mémoire

qu’elle en fasse

ce qu’elle veut –

des chemins d’ombre

ou des traits de lumière

que les rêves pourront

traverser

Alexandre Silberman