(de Poésie)

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La terre toute entière visible

mesurable

pleine de temps

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suspendue à une plume qui monte

de plus en plus lumineuse.

 

Philippe Jaccotet

 Riego Van Wersch

 

Coutumes

ce n’est pas pour y habiter que nous construisons une maison
ce n’est pas pour habiter l’amour que nous aimons
et nous ne mourons pas pour mourir
nous avons une soif
et une patience d’animal.

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Juan Gelman

 Geoff Brown

Andrée Chédid

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« Au fond, qu’est-ce que la poésie sinon l’interrogation sur les choses décisives de la vie, l’amour, la mort ? Je crois que j’ai écrit des romans pour essayer de dire ce que je fais en poésie ! [Rires.] Les gens s’imaginent que la poésie c’est obscur, un truc éthéré, un machin qui virevolte dans l’air. Alors qu’elle touche à l’essence de l’homme. Écrire un poème, c’est prendre la vie à bras-le-corps, en tirer tout le vif. Le vif de la vie c’est aussi accepter la mort. »

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Andrée ChédidTélérama, octobre 2000

Trou d’étoile

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Je m’assois

tout au bord

d’une étoile

et regarde la lumière

se déverser

de mon coté.

Elle passe

à travers

un petit trou

dans le ciel.

Je ne suis pas très heureux

mais je peux voir

comment sont les choses

au loin.

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Richard Brautigan

Image John Brosio

Aylan

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à peine

étions-nous partis

que la mer revint effacer

nos empreintes

sur le sable.

Le ciel était gonflé

de larmes, nous avancions

tête basse ; et le bruit des vagues refluait

vers les grands arbres,

à l’endroit même de nos habitudes.

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© tv

Maryam Alakbarli

 

(de) habertstrass

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Jeunes vieux

passants que la nuit traverse

la mer et ses feux.

 

les uns rient plus haut que les toits

et parfois trébuchent

comme si leur ombre même

brulait à l’intérieur.

 

Guy Goffette

Daniel Soares

 

Boulevard de la Colonne

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le corps baigné

d’une douce écume,

à marcher au hasard

parmi les ombres basses.

L’esprit palpite

du bruit

que font les objets

inutiles, l’astre rigole

et on entrevoit

au loin

des corps que la lumière

consomme.

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©  tv

Carlo Zinelli

 

On voit

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Par le monde on voit

chambres rouges

avenues à flambeaux

femmes aux orteils posés

sur des terres chaudes

invitations à mourir

faites la nuit comme le jour

parfois près de l’usine atomique

des glaneuses penchées

jusqu’au soir.

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Jean Follain

Ole Marius Joergensen

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Oiseaux

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séraphiques

en costumes luisants, les yeux noirs,

ils observent nos membres sans plume

mais jamais ne nous recherchent

car nous sommes des corps :

le lieu de l’exil dans le monde.

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Torild Wardenaer

Loca Lee

 

 

Sa maison

 

Elle pensait peut-être que jamais

ce ne pourrait être une vraie catastrophe

si tout était propre et bien rangé

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Elle pensait peut-être en entrant

dans une autre maison que ce pourrait

être la sienne car l’odeur lui était familière

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Elle pensait peut-être que rien ne dure

pas même les murs de la maison

sans l’intervention d’un mensonge apaisant.

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Hanne Bramness

Stéphane Guillaume