Au réveil

 

le frisson des feuilles

à la force du vent

avec ce vol d’oiseaux qui occupe le gris

du ciel

 

jalousement

 

mutité

du jour qui se lève

l’air est douloureux mais

le poème bruit de

l’intérieur

Vadim Solovyov

Prison

 

Toutefois reste le vent dans les os

et le vent partout

lorsque la mer se retire

.             et que tu crois – mais un instant seulement ! –

que tout s’arrête là

et que tu fermes les yeux en attendant

de ce monde

ou d’un autre peut-être

un signe différent

.                     un réveil assuré

d’une possible béatitude, un jour

 

Roberto Veracini

Harry Gruyaert

 

Presque un souvenir

 

l’œil boit

la saison qui s’achève

 

il boit le ciel

les arbres et le fruit

 

les voix chères

les visages

 

il boit l’abondance

ou le manque d’envie

 

aussi les lumières

qui défont la nuit

  Pierro Percoco

(de) Neiges : on ne voit que dehors

 

Se laisser tel            à proximité du corps

         de l’autre du corps

– en avant des mots –


qu’en lui on ne voit rien

que si à l’étroit        on ne voit que dehors


et s’il s’ouvre           et reste ouvert

il ne signale que son parcours

comme il renouvelle la nuit


.                                              qu’il convoite

 

Pierre-Yves Soucy

Noah Wilson

 

 

 

Pluie la nuit

 

Quelque chose ment que je t’ai perdue,

je le croirais presque.

Il fait maussade et de l’humilité tout plein.

Le cœur se cabre,

l’œil brûle.

De larme aucune.

En pleurs n’est que la nuit dehors.

Isolement.

 

Texte et image de Paul Klee

Après que la blancheur

 

au matin

l’œil revient à ce qu’il a

de cher puis il échappe

au gardien

toujours

ce même appel

un creux sans cesse

la chose qui tord

l’intérieur

 

l’hiver

au tout début

Gyula Halász alias BrassaÏ

 

Poésie du chien

 

à l’heure dite

le corps solaire ne suffit plus

 

grise est la lumière

l’envers vaut l’endroit

 

et au vent monte

la belle odeur des pierres

 

le silence aussi

.                       on voit

le silence

déplier une aile par-dessus

les toits

Maude Schuyler Clay

Lettre

 

où es-tu ?

où sont  les promontoires de roses

la route qui traverse les flammes,

les crêtes parjures ?

où est la perle qui

se ferme comme une coquille

où sont les carnavals d’avant la fin du monde ?

où est l’astre victorieux sur le drapeau ?

où est le cœur du brouillard ?

où es-tu

Où sommes-nous ?

 

Bei Dao

William Hess

 

Habitance

 

ce que tu dis

et ce qui est tu

 

ce premier tu qui avance

à son pas

le visage clair et sans l’entrave

ou

l’autre

de ces mots

en petit nombre à chaque fois

ravis aux confins

du silence

 

et ce pendant – sais tu

à force de rien effile le mystère

ineffable

  Yean j Yue