(de) Les signes sont là

.

Il me faut une assise

peu importe dans quel élément

Si je pouvais trouver en l’homme

la fibre à laquelle m’agripper

Si ma tête

était moins lourde à porter

Si le verre

aidait vraiment à oublier

Si l’amour

S’avérait enfin prophétique

.

Et si la seule assise

n’était que dans le si…

.

Abdellatif LAABI

George Byrne

De nouveau en 90

.

Ai rêvé que j’ai fait deux cent kilomètres pour rien.

Lorsque tout a grandi. Des moineaux gros comme

des poules

qui chantaient à vous crever les tympans.

Ai rêvé que je dessinais les touches d’un piano

sur la table de la cuisine. Sur lesquelles je jouais, en

silence.

Les voisins entraient pour m’écouter.

.

Thomas Transtromer

Makoto Fukui

Matière lunaire

.

au bout du chemin

l’esprit devient ce que

le ciel observe

visage

après visage

.

en silence

irraisonnable

à épier un nom

quand ce n’est pas l’enfant

qui joue dehors

.

à moi-aussi

la terre manque

que sa propre tête

et des étoiles qui partent

au vent

Kavavawao Mannome

Agony

.

vois l’ombre que

la lune continue

de blanchir

.

qui marche

sur l’été pour trouver

un lieu commun

.

sans cesse la voix

de l’être qui manque

la maison perdue

.

et l’avant

qu’il faudrait fondre pour

épuiser la force

Toshio Okamato

(de) Le Temps au crible

.

C’est derrière la vitre

que tout se joue et se dévoile :

un jardin et sa haie,

un pommier presque en fleurs

et les rumeurs qui bruissent :

tout se joue et s’évanouit

comme le monde à portée de souffle

perdu dans le regard inaccessible

et pourtant si proche

.

Max Alhau

Noah Kalina

La pluie

.

Sa vieille

Âme

Grégaire


Chaque

Goutte

Tombée

Est la masse

D’une autre

Est l’abîme

D’une autre

Comme un miroir

Se regardant

A l’infini

.

Gilbert Trolliet

Skurktur

Vient la nuit

.

assis

sur un banc

le corps enroulé dans la lueur jaune

mollement

jusqu’au chant du dernier oiseau

ailleurs

rien ni personne attend

juste le frisson des feuilles

et la ville qui s’éloigne

dans un silence

à moitié

Margherita Chiarva

Sauf demain

.

les jours partout enquêtent sur l’incident

j’ai l’esprit tranquille

.

le cours d’eau entré au cœur de demain

me quitte, exposition à la lumière

.

je grimpe au sommet du brouillard observe

le clair de lune assailli de doutes

.

pourtant le chemin est là, inéluctable

et le fer des sabots est poème immortel

.

Bei Dao

Louise Bourgeois

(de) Matière solaire

.

Tu pourrais apprendre à la main

un autre art

celui de traverser le verre ;

.

tu pourrais lui apprendre

à creuser la terre

sur laquelle tu suffoques syllabe après syllabe ;

.

et même à devenir eau

là où, à force d’être regardées

les étoiles sont tombées

.

Eugénio de Andrade

Eugénio de Andrade – Portrait de Augusto Gomes

(de) Beaupré

.

je ne sais pas

ce qui m’aurait vraiment aidée

assise (et toujours je t’attends) on s’est dit

ces choses

qu’on oublie

ce n’est déjà plus rien

et moi seule au jardin

qui n’ai fait que t’attendre

.

Eric Sautou

Sarah Jarrett