(de) Renverse du souffle

.

TENIR DEBOUT, dans l’ombre

du stigmate des blessures en l’air.

.

Tenir-debout-pour-personne-et-pour-rien.

Non reconnu,

pour toi

seul.

.

Avec tout ce qui a ici de l’espace,

et même sans parole

.

Paul Célan

Willem Van Genk

Le thé

.

tu n’as plus soif

ni faim

ni même peur

tu n’auras rien

.

le geste précis

de l’eau

du feu

et de l’homme

te sauvera

.

tu ne seras pas l’eau

ni le jeu

tu ne seras même plus l’homme

tu

seras le miracle

peut-être même le miraculé

.

tu seras celui qui revient

le revenant

.

Arezki Metref

Jean Louis Saiz

(de) Le conte immergé

.

à semer des étoiles

il pourrait apparaitre des images

plus étonnantes que des rêves

des animaux

plus monstrueux que nos malheurs

.

tenir closes plus longtemps nos paupières

nous risquerons de n’avoir plus

dans l’âtre

que le tison du conte

refermé

.

Jamel-Eddine Bencheikh

André Steiner

(de) Concernant la latte

.

Pendant la nuit

ils ont remplacé la forêt

par de la forêt

les oiseaux

par des oiseaux, le renard

par un renard.

Dehors

à l’aube

la neige tombe, une carcasse

de voiture devient blanche

près du lac, au jardin

ni abeille ni

libellule ni

enfant –

Nous partons.

Le dernier

éteint le feu.

La bougie qui s’éteint

est un soleil

qui meurt.

.

Lewin Westermann

Tessa Verde

La grande beauté

.

par endroits

un visage remonte

à la surface

.

qui

pour un geste ou

une histoire de mots cousus de

l’intérieur

.

parfois  

c’est le corps qui émerge

.

presque nu

de s’allonger sur un coté

et de m’observer en train

de songer

.

est dans la puissance

de l’image

ces êtres qui ne vieilliront

jamais

James Reddinton

(de) Oberland

.

J’ai tout dit à la montagne. Notamment que je n’arrivais plus à vivre. Elle m’a répondu négligemment en soufflant sur mon feu que ce n’était pas grave, que vivre n’était qu’une idée, que la nuit  venait tous les jours, qu’il fallait s’allumer une cigarette, laisser bruler lentement, le mauvais bois, le mauvais sang. Le temps ici change vite.

José Gsell

Joseph Mallord William Turner

Au cinquième temps

.

qui

sur un mot erre

et sitôt de s’ouvrir à

l’évidence

puis

la rue et le froid

des visages par accès

qui n’en sont pas

je me dis

être

ou n’être que

le souvenir d’un autre

aller sans posséder

ce qui vient

Caroline Dufour

Le Pont

.

Et tout en bas l’Inn avec son eau et l’enfant qui

court sur le pont couvert

et s’arrête près d’une des petites ouvertures.

Alors le pont se met lentement en mouvement,

puis toujours plus vite, il s’en va lui-aussi avec l’eau

de l’Inn vers la grande courbe, et après

la courbe, c’est la mer.

Quelqu’un appelle, l’enfant se retourne,

le pont s’arrête et revient aussitôt à sa place.

Seule l’Inn poursuit son cours.

.

Rut Plouda

Erich Heckel

Enfant

.

Ton œil clair seul est d’absolue beauté

Je veux y couler des coqs, des couleurs,

Toute une jonglerie clinquante

.

Dont tu médites les syllabes –

Calumet, jonquille,

Minuscule

.

Plant sans ride

Mare où les images

Devraient se parer de grandeur classique

.

Non pas ce trouble,

Ces mains tordues, ce noir

Plafond sans étoile.

.

Sylvia Plath

Samson Chen

Je te reconnais

.

Je te reconnais

visage affolé

buée sur la vitre

.

dehors je ne sais pas

mais dedans

tu cries

.

me diras-tu ta vie ?

cela t’aidera-t-il ?

aimer peut-il aider ?

.

je suis là maintenant

je revis avec toi

tu peux avec moi – revivre

.

Frédéric Worms