Névroses

 

sous la lune

qui perce au vent

un vieux chêne montre ses fesses.

Cinq heures sonnent.

Des enfants jouent sur l’herbe rase

non loin les mères délibèrent

: d’un buisson d’épines

les cris d’un chien

de couleur sable.

 

©  tv

Image Michel Berberian

 

 

 

En bas

 

Rapatrié dans l’oubli,
le dialogue convivial de nos
yeux lents.

Rapatrié syllabe après syllabe, réparti
sur les dés aveugles le jour, vers quoi
se tend la main du joueur, grande,
dans l’éveil.

Et le trop de mes paroles :
déposé sur le petit
cristal dans le fardeau de ton silence.

 

Paul Celan

Image Florence Levy

 

 

 

 

Plâtre

 

Blanc comme le gel un nu

Était suspendu à mon rêve

Les traces du ciseau qui en avaient taillé les formes

Étaient caressées par le vent de mon rêve

Et à mes yeux débordant de tristesse

Ce visage n’était pas inconnu

Ah !

Quel mystère que tu aies un corps.

Takayuki Kiooka

Image Eikoh Hosoe

Sur le quai

 

ce doux profil

sous la lueur froide

d’une lanterne

: on dirait le motif

d’un poisson couché

sur une porcelaine.

J’étire le cou

pour découvrir l’oreille

mais sous des mèches

de cheveux rouges

un puits rempli de mots

inconnus.

©  tv

Image Michel Berberian

Paul Claudel

« La poésie est l’effet d’un certain besoin de faire, de réaliser avec les mots l’idée que l’on a eu de quelque chose. Il faut donc que l’imagination ait une idée vive et forte, quoique d’abord imparfaite et confuse, de l’objet qu’elle se propose de réaliser. Il faut en plus que notre sensibilité ait été placée à l’égard de cet objet dans un état de désir, que notre activité ait été provoquée par mille touches éparses et qu’elle soit pour ainsi dire, mise en demeure de répondre à l’impression par l’expression. »

Paul Claudel – Réflexions sur la poésie

Sans titre

 

Cette porte, ce jour,

L’année dernière, ton visage rougissant,

Et les visages rougissants

Des fleurs de pécher

Reflétant

Le tien.

Cette porte, ce jour

cette année, où est-tu

Toi, dans les fleurs de pécher ?

Les fleurs de pécher encore

ici riant

A la base du printemps.

 

Cui Hu (dynastie des Tang – 618/907)

Image Mathurin Meheut

Retour de promenade

 

Assassiné par le ciel,

entre les formes qui vont vers le serpent
et les formes qui cherchent le cristal,
je laisserai mes cheveux pousser.

Avec l’arbre à moignons qui ne chante pas
et l’enfant au blanc visage d’oeuf.

Avec les bestioles à la tête brisée
et l’eau haillonneuse aux pieds secs.

Avec tout ce qui est fatigue sourde-muette
et papillon noyé dans l’encrier.

Me heurtant à mon visage différent de chaque jour.
Assassiné par le ciel !

 

Frédérico Gabriel Lorca

ImageJesse Reno

lento

 

le jour abandonné

a été rejeté sur la plage

 

de petites araignées travaillent sur le sable fin

sable fin autour du bateau abandonné

 

entre le métier

qui tisse les vagues

 

et sur le sable l’araignée

dont l’ombre est le seul compagnon

 

: le voilier à l’abandon

le jour à l’abandon

.

épaves recouvrant notre rivage à tous

Tomas Transtromer

Image Expo « Dinard, l’amour atomique »

La saison froide

pressées l’une

à l’autre

nos chairs nues

sur un tapis de laine

la pulpe d’un doigt

qui court sur une peau blême

puis un souffle puis

une légère pression

de l’abdomen

Matin d’amour

deux petites cuillères

rangées au fond

d’un tiroir.

©  tv

Image Four trees – Egon Schiele (1917)