Apocalypse dans les feuilles

 

Un jour on s’est dit que l’aventure

était peut-être plus belle ainsi :

tout disparaîtra

– les choucas aussi et la falaise

où ils rentrent le soir avec de petits cris

et l’eau vive et les guerres

intestines où s’usent la vie

– cela c’est le vent qui l’inspire

en jouant dans les feuilles

à la fin d’un beau jour

lumineux sur la terre.

 

Paul de Roux

Sarah Bobineau

 

 

 

 

La matinale

 

ces voix

qui entravent la douceur

du matin

 

inlassablement

elles disent le livre de la fin

On y voit le jour rendre

du sang

la terre est trop petite

et l’espoir fond comme neige

au printemps

 

en même temps

je me creuse pour trouver

un prénom

Marijane Ceruti

de (LES CRIS VAINS)

 

Personne à qui pouvoir dire

que nous n’avons rien à dire

et que le rien que nous nous disons

continuellement

nous nous le disons

comme si nous ne nous disions rien

comme si personne ne nous disait

même pas nous

que nous n’avons rien à dire

personne

à qui pouvoir le dire

même pas à nous

 

Gherasim Luca

 

Clarté intérieure

 

La mer,

seule

au bout du ciel

 

écroulée en nous

comme  une pluie

limpide de l’été,

 

sous le clair de lune,

elle hume l’encens

et la myrrhe en nous.

 

Sonia Elvireanu

Vers les abysses

 

avant

l’endroit grouillait

de ces femmes-poissons

que les marins disent sirènes

 

il y avait des épaves pleines

de mauvais or

 

on y entendait

des chants peints de joie

et d’ivresse

 

la lumière semblait proche

tv5

 Trent Park

(de) Contretemps

 

Mourir et puis renaître

et puis mourir encore

et ne renaître plus.

Aller d’îlot en îlot

sans se soucier du vent et de l’essence

sans se gâcher le corps

s’endormir dans les rochers ;

si j’étais femme ou herbe au moins

mais au fond

être homme n’est qu’une intermittence,

je vais me coucher avec les héros

et le temps ne me servira.

 

Franco Costantini

Fabien Fourcaud

 

(de) Dans les branches

 

D’elle j’attends ce dessin presqu’un oiseau

une branche ce quelque chose entre le ciel

et ma main

et ce caillou qui ne m’arrête pas

est-il autre chose pour s’éloigner

que d’avoir grandi où elle aura passé

Ainsi chaque jour un travail

perché sur mon épaule

la terre en vue retournée

par la mort

un instant

de ce qui brille

les yeux fermés

 

Paupière une écriture

si fine frissonne de recueillement

dans les branches

d’un oiseau gavé de lumière

comme un fruit

 

Thierry Metz

Mandy Wu

Le grand vélo

 

les allées

bordées d’arbres nus

et la brume qui colle

au visage

parfois une ombre

furtive

riche errance

on ne dit rien

tes yeux derrière les miens

la Seine au loin

qui vascille

Cy Twombly

(de) Les chiens romantiques

 

Et parfois je rentrais en moi

et je rendais visite au rêve

: statue qui s’éternise

en des pensées liquides,

un ver blanc qui se tord

dans l’amour.

Un amour débridé.

Un rêve dans un autre rêve.

Et le cauchemar me disait : tu grandiras.

Tu laisseras derrière toi les images de la douleur et du labyrinthe

et tu oublieras.

Mais en ce temps-là grandir aurait été un crime.

Je suis ici, dis-je, avec les chiens romantiques

et c’est ici que je vais rester.

 

Roberto Bolano

Sohrab Hura

 

 

(de) Matière solaire

 

Effleurer un corps

l’air,

la langue de la neige.

 

Effleurer l’herbe

mortelle et verte

de cinq nuits

et la mer.

 

Un corps nu.

et les plages battues

par le soleil et le regard.

 

Eugénio de Andrade

Patrick Zachmann