Georges Emmanuel Clancier

« Entendre la poésie comme un salut. Sauver sa vie là où se devinent des frontières : l’une tendant à la nuit, l’autre à quelque matin où le temps se fait cristal – ce sont deux faces d’un même feuillage.

Sauver sa vie. Et ce salut par la poésie serait-il signe ou accueil pour mes inconnus?

Des visages viennent d’abord. Le souvenir amène toute chose à la dignité du visage. »

Georges Emmanuel Clancier

Au soir

 

Ronde et bleue

cette larme allongée

sur ton cil. Puis une autre

encore plus épaisse

que tu essuies

d’un revers de main.

Par-dessus ton épaule

la pointe d’un pinceau tendre

mais de partout

le chiendent de l’hiver

et la voix de l’enfant qui sort

de sa chambre.

 

©  tv

Image Vanessa Vercel

 

 

(de) Nuits

Écris la parole

éteins la pensée

et va ! tombe !

sans haut ni bas

aspiré, foulé

dans les failles de l’air

entre courbures d’une mélodie

que personne ne joue –

 

Lorand Gaspar

ImageAtaa Oko

(de) cheveux emmêlés

 

Des cinq vêtements

Qu’elle portait l’un sur l’autre

Le souvenir d’un col

Où fleurissaient sur fond rose

Des chrysanthèmes en fil d’or

 

Yosano Akiko

Image Olivier Metzger

 

 

Simone Weil

« Ne jamais faire de violence à sa propre âme ; ne jamais chercher ni consolation, ni tourment ; contempler la chose, quelle qu’elle soit, qui suscite une émotion, jusqu’à ce que l’on parvienne au point secret où douleur et joie, à force d’être pures, sont une seule et même chose : c’est la vertu même de la poésie. »

Simone WEIL – « Écrits historiques et politiques »

Névroses

 

sous la lune

qui perce au vent

un vieux chêne montre ses fesses.

Cinq heures sonnent.

Des enfants jouent sur l’herbe rase

non loin les mères délibèrent

: d’un buisson d’épines

les cris d’un chien

de couleur sable.

 

©  tv

Image Michel Berberian

 

 

 

En bas

 

Rapatrié dans l’oubli,
le dialogue convivial de nos
yeux lents.

Rapatrié syllabe après syllabe, réparti
sur les dés aveugles le jour, vers quoi
se tend la main du joueur, grande,
dans l’éveil.

Et le trop de mes paroles :
déposé sur le petit
cristal dans le fardeau de ton silence.

 

Paul Celan

Image Florence Levy

 

 

 

 

Plâtre

 

Blanc comme le gel un nu

Était suspendu à mon rêve

Les traces du ciseau qui en avaient taillé les formes

Étaient caressées par le vent de mon rêve

Et à mes yeux débordant de tristesse

Ce visage n’était pas inconnu

Ah !

Quel mystère que tu aies un corps.

Takayuki Kiooka

Image Eikoh Hosoe