(de) Veillées

 

C’est le repos éclairé, ni fièvre ni langueur, sur le lit ou sur le pré.

C’est l’ami ni ardent ni faible. L’ami.

C’est l’aimée ni tourmentante ni tourmentée. L’aimée.

L’air et le monde point cherchés. La vie.

– Était-ce donc ceci ?

– Et le rêve fraîchit.

 

Arthur Rimbaud

Antoine Henault

 

Trois haïkus de Kazuko Nishimura


Je taille une rose

redressant

sa tige

 

L’azur de mer fonce.

La terre commence

à faner

 

Les gens s’en vont.

Les arbres dépouillés

murmurent-ils

 

Kazuko Nishimura

Clay Maxwell Jordan

 

Si j’étais un arbre

 

et puis revient le jour

d’avant

 

différent

un peu usé peut-être

 

j’ouvre la porte

sans même savoir ce que je veux

je casse le vide de quelques mots

futiles

– il est lundi ou

mardi

 

je fais en sorte de croire

en ce qui n’existe plus

 Cornell Capa

Grille

 

Derrière les barreaux

on entrevoit

une figure en attente

Une jeune fille

un écolier

un prisonnier

Subrepticement

à la nuit tombante

lui faire passer

une lettre

une plume de geai

la clef des champs

 

Michel Butor

Nirav Patel

 

(de) Au bord de l’infini

 

Des pinces à linge

En situation périlleuse

Retenant une robe si parfaite

Dans son contentement suspendu

Des draps blancs maculés

Des seaux d’eau sale

Une femme balaie le vent

Un jour idéal

Pour laver

La mémoire

 

Carolyn Carlson

Natsumi Hayashi

 

 

Confinement

 

dans le jour exigüe

qui nous somme d’ouvrir

 

à l’endroit où rien ne rentre

et rien ne sort

 

des images sont suspendues

aux murs fabuleux

peu importe que les rêves soient ou non

en couleur

la pierre pousse les corps en avant

et nous calculons nos phrases

comme si le bon citoyen était

un héros

tv5

image Philip Holt

de « Parenthèses de la lumière »

 

Puis-je entrer

des êtres regardant le champ
comme des hommes : blé, vent

& la soie rouge des pensées
A perte de vie

(Pour chaque corolle)
Un espace se disjoint

Silence sur tes yeux
sur le front du hasard

je tresse une couronne de
coquelicots

avec un seul fil : blé, vent
qui s’engouffre à l’infini

 

Sophie Bressart

Francis Palanc

 

 

Mots

 

« Je te perdrai comme on perd un clair

jour de fête : – je le disais à l’ombre

que tu étais dans le vide de la pièce – attentive,

ma mémoire te chercha en ces années

florissantes, un nom, une apparence : pourtant,

tu te dissiperas et ce sera toujours l’oubli

de nous dans le monde. »

.                                            Tu regardais le jour,

évanoui dans le crépuscule, je parlais

de la paix infinie que le soir

étend sur les fleuves à la campagne.

 

Alfonso Gatto

David Roth

(de) Être en temps de guerre

 

 » Ne rien dire, rien faire, marquer un temps d’arrêt, ployer, se redresser, se faire un reproche, être debout, aller à la fenêtre, dans le mouvement changer d’avis, retourner à sa chaise, encore être debout, aller à la salle de bain, fermer la porte, ouvrir ensuite la porte, aller à la cuisine, ni manger ni boire, retourner à la table, être lasse, tenter quelques pas sur le tapis, se rapprocher de la cheminée, la regarder, la trouver terne, tourner à gauche jusqu’à la porte principale, revenir à la pièce, hésiter, continuer, juste un peu, un brin, s’arrêter, tirer le côté droit du rideau, puis l’autre côté, regarder le mur. » –

Etel Adnan

Olivia Arthur

 

 

Faux père

 

tu n’es pas

ce que nous sommes

ni même ce que nous voulions être

tu n’es pas non plus ce que désignent

nos mots et tes yeux

brillent d’un feu encore plus ardent

 

un peu plus chaque pas t’éloigne

mais il n’en reste pas moins que tu tires

ta peau jusqu’au sang

Paul Klee