Terrarium



parfois

j’entends la nuit

respirer

dans le coin nu

de la chambre –

peut-être

n’est-ce qu’

une ombre éteinte

un silence

ouvert

ou mal refermé

Shuji Takashi


Anna



elle ajoute

un oiseau

dans la doublure

de sa veste

une poignée de graines

pour son sommeil

à la saison des orages

dit-elle

il en est toujours un

qui ouvre

la cage et s’échappe

dans le jardin

Holger Hoffmann

(de) Géographies de steppes et de lisières



Comment quitter le lac ?

Comment trouver un élément plus ferme

auquel s’accorder ?

On avait travaillé une route au cœur des nuits

froides. On avait élu domicile aux antipodes.

Le moteur tournait, mais la voiture ne quittait

jamais le lieu, des sapins avaient poussé dans

l’habitacle. Le lac persistait derrière la vitre,

avec son charme de premier abri.


Anna Milani

Yves Lacroix

Eva-Maria




ça tombe

juste à l’endroit

où la voix se fend

sans jamais céder

après ça tient

à presque rien

un souffle

un mot

un œil entrouvert –

comme si

dans la fêlure

le corps trouvait

encore de quoi

continuer

Marguerite Bornhauser

Avant la voix



un poème

là où la veille

il n’y avait que

miettes et poussières

nul visage

ne lui est promis

aucun nom

n’est écrit

mais

dans la blancheur

de l’air

quelque chose

avant la voix

la dit –


je te reconnais

Bertrand Delais

N’attends rien



l’ombre

dans le pli du jour

frôle le mur

la table

puis se répand

comme une eau froide

au fond du lit

je m’allonge

avec elle

sans rien dire

le drap attrape

un peu de nuit

le silence

est toujours plus vaste

que le sommeil

Kathleen Meier

espaces



des maisons

ici

et là se tiennent

fenêtres ouvertes pourquoi

ne se demande

pas un seul

passant

est-ce que je ne saute

pas

dans la vie

des espaces


Eva-Maria Berg

Gerd Luwig

(de) Somnambule du jour



Sans me regarder

ma mère me voit

tel un paysage

où elle n’aurait pas grandi


« Tu es l’image

de ton père

dit-elle

en me lavant

comme un mort »


Mes os

radeaux de sauvetage

glissaient dans le sang


Anise Kolz

Kylet Thomson

Esther



le ciel

oui

mais creusé

par d’autres mains

que les nôtres


je reviens

comme on vient

la première fois

transi

avec un peu de froid

sur les lèvres


ne sachant

si c’est l’air

plus vif

ou la distance

qui me rend

à moi-même

Caroline Dufour

Le même soir



longtemps

je t’ai porté

comme un ciel

de braise

dans la bouche

tu ne brûlais pas

tu ne tarissais pas

tu éclairais

juste assez

les rues sans visage

la nuit

quand elle gagnait

parfois

sur nos voix

Erwin Olaf