Névrose

sous la lune

qui perce au vent

un vieux chêne

montre ses fesses

seize heures

des enfants rient

dans l’herbe jaune

non loin

en cercle leurs mères

délibèrent –

d’un buisson

soudain

le cri roux d’un chien

sans nom

tv5

Image Michel Berberian

Sur un quai


ce doux profil

à la lueur d’une lanterne –

on dirait le motif

d’un poisson

brossé sur de la porcelaine

mais voilà que

soudain le motif murmure

des mots

dans une langue ancienne

à peine soufflée

tv5

Image Michel Berberian

Paul Claudel

« La poésie est l’effet d’un certain besoin de faire, de réaliser avec les mots l’idée que l’on a eu de quelque chose. Il faut donc que l’imagination ait une idée vive et forte, quoique d’abord imparfaite et confuse, de l’objet qu’elle se propose de réaliser. Il faut en plus que notre sensibilité ait été placée à l’égard de cet objet dans un état de désir, que notre activité ait été provoquée par mille touches éparses et qu’elle soit pour ainsi dire, mise en demeure de répondre à l’impression par l’expression. »

Paul Claudel – Réflexions sur la poésie

Le lotus rose

.


papier

de cellulose

en pure pâte

vierge

doublé sur l’épaisseur

et soufflé à l’air chaud

avec son mandrin

exempte de tout parfum

qui aisément

s’éteint dans l’eau

des broyeurs

ou des fosses

septiques

Vu d’en haut

.

un pavement

polychrome

avec de longs fils de soie

sur lesquels fièrement

montent de petites chiures

mordorées

le vermeille des toits

des flaques de terre sombre

et à l’écart

un petit carré

qui se réchauffe au soleil –

sans doute

le cimetière

terrain-vague

Image Moebius (alias Jean Giraud)

Montmartre

 

indifférente

à la foule

qui languit

sur le garde-corps

tu te hisses –

ma belle

pour saisir du regard

tout Paris

soleil de mars –

l’hydre engloutit

l’horizon

et la ville –

dis-tu

n’en est que plus

belle

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Yves Bonnefoy

« Écrire, en poésie, disons plutôt en direction de la poésie, c’est assurément tenter de forcer sa voie vers l’immédiat dans la chose, vers ce que j’appelle la présence, et cela prend et reprend sans cesse, ou devrait sans cesse reprendre, l’aspect d’une sorte de théologie négative : celle-ci est la déconstruction des représentations dont sont faites nos idées du monde et des autres, conceptuelles et donc abstraites et réductrices. Ce négatif est le début de la poésie et quand quelqu’un est parvenu en ce point, réellement, c’est parce que depuis un moment déjà, il a fait de ce travail sa grande entreprise, abandonnant les affirmations naïves de son lyrisme d’adolescent pour entrer ainsi dans les mots par en dessous du réseau de leur signification, au risque d’ailleurs de ne rien dire au sens habituel du mot dire ».

Yves Bonnefoy – in « L’inachevable ».

Vertige


d’où vient

l’eau qui coule

sur mon visage

et pourquoi

ces doux murmures

à mon oreille

mon corps

sur l’herbe détrempée

pèse la pierre

la nuit

est pleine de phares

et de cris


on dirait une mère

qui voudrait

reprendre un petit

Takashi Shuji

Mourir d’aimer



allongée

sur le coté

tu grattes

les peaux mortes

d’une jambe efflanquée

une lumière blanche

filtre à travers les volets

nos ombres sont

inapparentes

nous entendons

de temps en temps

le bruit d’un pas feutré

derrière la cloison

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Image Edward Hopper

Christian Boltanski

.

 » Je pense qu’il est important d’être quelque part, d’avoir simplement une histoire à soi. Ça peut être avoir un père corse et une mère auvergnate, habiter dans le XVe arrondissement. Il est  important de se connaitre, de travailler sur quelque chose qui est soi. Le rêve, c’est de parler de son village et que ce village devienne celui de tous les autres parce que c’est celui qui regarde qui fait l’oeuvre. On parle d’une chose très personnelle que l’autre s’approprie, transforme et modifie. L’avantage des images à ce niveau, c’est qu’elles sont moins précieuses que les mots : chacun peut y prendre ce qu’il veut, c’est une auberge espagnole. »

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Christian Boltanski – Les Inrockupitibles Hors série / Interviews

Imagehttp://www.grazia.fr/culture/expos/articles/boltanski-l-artiste-simple-et-mortel-793520