Christian Boltanski

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 » Je pense qu’il est important d’être quelque part, d’avoir simplement une histoire à soi. Ça peut être avoir un père corse et une mère auvergnate, habiter dans le XVe arrondissement. Il est  important de se connaitre, de travailler sur quelque chose qui est soi. Le rêve, c’est de parler de son village et que ce village devienne celui de tous les autres parce que c’est celui qui regarde qui fait l’oeuvre. On parle d’une chose très personnelle que l’autre s’approprie, transforme et modifie. L’avantage des images à ce niveau, c’est qu’elles sont moins précieuses que les mots : chacun peut y prendre ce qu’il veut, c’est une auberge espagnole. »

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Christian Boltanski – Les Inrockupitibles Hors série / Interviews

Imagehttp://www.grazia.fr/culture/expos/articles/boltanski-l-artiste-simple-et-mortel-793520

Je ne suis pas ici

 

Je ne suis pas ici

ici n’est pas

il n’y a pas d’ici

si ici était

je ne pourrais

marcher

ni faire paroles

ici est un prétexte

dire : je pars

est un mensonge

Il y a tant d’ici

qu’aucun ici n’est

et ne s’arrête

mais volatil

on ne l’attrape

ni s’y couche

ou s’endort

ici est un mot.

 

Jean Todrani

Image Olivier Debré à Shanghai

 

l’Homme-marron


le ciel

ne retient rien

ni la chaleur ni l’ombre

des nuage


le vent hésite

entre deux rives

à chaque fois

il oublie l’adresse


l’homme

surveille le fleuve

la picolette elle

chante dans sa cage

 

Le dernier gibier (extrait)

 

Bien plus bas que ces jeux aveugles

où meurt l’espace

la gorge d’un lézard où la vie s’ensoleille

et le mur qui palpite au couchant

un brin d’herbe porte le secret

d’un monde disparu, intact

 

A la verticale soudain

le vent rit follement

qui est ce messager heureux

 

Pierre Albert Jourdan

Paul Gaugin – Paysage près Arles 1888

 

Chanson diverse

 

Même chez soi, la vie part à la dérive et sur les vagues

nous flottons sans vraiment savoir où nous allons.

 

Anonyme – extrait du Man’yōshū (8ème siècle)

Imagine

 .

le gout aigre

du café

enroulé

sur lui-même

 .

there’s no countries

 .

ses doigts

crochés

à une prise

de tabac

.

It isn’t hard to do  

.

un bord de mer

en suspens

rincé

à l’aquarelle…

.

Nothing to kill or die for

.

nos regards

plongeant

de part et d’autre

de l’horizon

.

And no religion too

Image www.virusphoto.com/

A quelqu’un

 

Hier je t’ai vu en rêve et c’était la deuxième fois.

Mais six fois déjà j’ai rêvé de ton mari.

Même en rêve je ne peux parler longtemps avec toi.

Mais avec lui je parle, je me promène dans mes rêves.

Les rêves sont contre moi. Ah,

Je doute de l’autre monde !

Quand je t’ai vu en rêve, je me suis aussitôt éveillé

Et j’ai mis du temps pour me rendormir.

Mais les rêves de ton mari s’éternisent

Et le lendemain, oh, j’ai mal à la tête…

Faut-il le dire ? Une fois au moins je voudrais en rêve

Tuer ton mari, voir ce qui se passerait

Si j’en aurais quelque regret

Aru Hito Ni

Traduction d’Yves Marie Allioux

Image http://lesphotosdejielbe.fr/index?/category/165-musee_art_contemporain

Philippe Jacottet

 » Simplement, il est sûr que tout poème, pour moi, est toujours donné par un choc émotif, imprévisible, une surprise, et ne saurait exister sans cette impulsion initiale. Il s’écrit plus que je ne l’écris vraiment, dans un état de disponibilité intérieure, comme entre veille et sommeil. Certes, il peut y avoir ensuite des retouches, mais jamais un travail acharné qui ne pourrait que le détruire. »

Philippe JACCOTTET

Couchant



ces silhouettes

qui se détachent

sur la grève

ombres vouées

à disparaître

avalées par la rumeur

qui avance

lentement sous la ligne de feu

et les enfants

joyeux

courant après les vagues

et toi debout

baignée de lumières

qui les voit

s’éloigner


de loin en loin

le silence

devient le cœur-même

du paysage

Image Charles ATAMIAN

(de) Sable mouvant

 

(…) Alors
Je prie le ciel
que nul ne me regarde
Si ce n’est au travers d’un verre d’illusion
Retenant seulement
Sur l’écran glacé d’un horizon qui boude
Ce fin profil de fil de fer amer
Si délicatement délavé
Par l’eau qui coule
Les larmes de rosée
Les gouttes de soleil
Les embruns de la mer.

Pierre REVERDY

Image Tsuruko Yamazaki