Octobre blanc



chassée

par le vent

une page

autrefois arrachée

au cahier du jour

et aussitôt après

cet enfant –

moi ?

trempé de pluie

qui passe

sans un regard

devant

la closerie

terrain-vague

Kazuko Nishimura

Clay Maxwell Jordan

Vers onze heures


et puis

c’est le jour d’après

différent – plus las

peut-être

les rues sont vides

il manque

la joie la chair

le nombre

de quoi rattraper l’oubli

sur un mur

en retrait

à la craie j’écris –

si j’étais un arbre

j’ouvrirai mes bras

pour étouffer

la lumière

 Caroline Dufour

Grille

 

Derrière les barreaux

on entrevoit

une figure en attente

Une jeune fille

un écolier

un prisonnier

Subrepticement

à la nuit tombante

lui faire passer

une lettre

une plume de geai

la clef des champs

 

Michel Butor

Nirav Patel

 

(de) Au bord de l’infini

 

Des pinces à linge

En situation périlleuse

Retenant une robe si parfaite

Dans son contentement suspendu

Des draps blancs maculés

Des seaux d’eau sale

Une femme balaie le vent

Un jour idéal

Pour laver

La mémoire

 

Carolyn Carlson

Natsumi Hayashi

 

 

Confinement



ce qui

de l’intérieur

nous force à rompre

l’écorce des jours

ce sont ces images

accrochées au mur

fabuleux

car quelle que soit

le souffle

ou quelle que soit

la profondeur

des eaux

elles arborent encore

ce vers quoi

nous pourrions

aller

image Philip Holt

de « Parenthèses de la lumière »

 

Puis-je entrer

des êtres regardant le champ
comme des hommes : blé, vent

& la soie rouge des pensées
A perte de vie

(Pour chaque corolle)
Un espace se disjoint

Silence sur tes yeux
sur le front du hasard

je tresse une couronne de
coquelicots

avec un seul fil : blé, vent
qui s’engouffre à l’infini

 

Sophie Bressart

Francis Palanc

 

 

Mots

 

« Je te perdrai comme on perd un clair

jour de fête : – je le disais à l’ombre

que tu étais dans le vide de la pièce – attentive,

ma mémoire te chercha en ces années

florissantes, un nom, une apparence : pourtant,

tu te dissiperas et ce sera toujours l’oubli

de nous dans le monde. »

.                                            Tu regardais le jour,

évanoui dans le crépuscule, je parlais

de la paix infinie que le soir

étend sur les fleuves à la campagne.

 

Alfonso Gatto

David Roth

(de) Être en temps de guerre

 

 » Ne rien dire, rien faire, marquer un temps d’arrêt, ployer, se redresser, se faire un reproche, être debout, aller à la fenêtre, dans le mouvement changer d’avis, retourner à sa chaise, encore être debout, aller à la salle de bain, fermer la porte, ouvrir ensuite la porte, aller à la cuisine, ni manger ni boire, retourner à la table, être lasse, tenter quelques pas sur le tapis, se rapprocher de la cheminée, la regarder, la trouver terne, tourner à gauche jusqu’à la porte principale, revenir à la pièce, hésiter, continuer, juste un peu, un brin, s’arrêter, tirer le côté droit du rideau, puis l’autre côté, regarder le mur. » –

Etel Adnan

Olivia Arthur

 

 

Le faux père

.

tu n’es pas

ce que nous sommes

ni même

ce que nous voulions être

tu n’es pas non plus

ce que désignent les mots

tes yeux sont un volcan

et tu racles ta peau jusqu’

au sang

.

Paul Klee

(de) Poésies

 

Ne rien tirer d’une chose.

Ne pas pouvoir sentir quelqu’un.

As-tu réponse à la mer ?

A-t-elle réponse à la mer ?

 

Presqu’aussitôt les yeux que tu trouves beaux

sont en quartz fumé, le quartz

qui t’aime bien part en fumée.

 

N’avoir rien tiré d’une chose.

 

Ne jamais avoir à aller nulle part.

Ne rien pouvoir oublier.

Faire rien de rien.

 

Hans Favery

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